Le fabricant indien Websol Energy System a obtenu 21,9 hectares au parc industriel de Falta, au Bengale-Occidental, pour y construire une usine de 4 GW de cellules et 4 GW de modules photovoltaïques par an. Le projet sera réalisé en deux phases de 2 GW, à proximité immédiate de son site existant.
Le rapport entre l’existant et le projet donne la mesure de l’annonce : 1,2 GW de cellules aujourd’hui, 4 GW visés — et surtout 550 MW de modules contre 4 GW annoncés, soit une multiplication par plus de sept sur ce maillon. Le découpage en deux phases de 2 GW est la réponse habituelle à ce type d’écart : il permet de faire monter l’outil industriel progressivement plutôt que d’engager la totalité de l’investissement d’un coup.
L’attribution du terrain s’inscrit dans l’expansion des activités du groupe au Bengale-Occidental, où il exploite déjà une usine de cellules et de modules dans la zone économique spéciale de Falta. L’entreprise met en avant l’accès à une main-d’œuvre qualifiée, des relations établies avec ses fournisseurs et une bonne connaissance de l’écosystème industriel local — des facteurs qui pèsent lourd dans le calendrier de démarrage d’une usine de cellules, l’étape la plus délicate de la chaîne.
Produire 4 GW de cellules et 4 GW de modules signifie couvrir deux maillons distincts : la transformation des wafers en cellules, très exigeante en procédés et en capitaux, puis leur assemblage en modules, nettement plus accessible. Peu de fabricants indiens maîtrisent les deux à cette échelle, ce qui explique que la production de cellules soit le véritable enjeu de souveraineté industrielle du pays. Ces dynamiques de relocalisation sont suivies à l’échelle internationale par l’Agence internationale de l’énergie.
Fondée en 1990, l’entreprise fournit principalement des cellules au marché indien, notamment à des fabricants de modules cherchant à respecter les règles de contenu national (DCR). Elle commercialise également ses modules en Inde et à l’étranger.
C’est un point clé pour comprendre la logique de l’investissement : en Inde, plusieurs dispositifs de soutien conditionnent l’éligibilité des projets à l’emploi de composants produits localement, et la liste ALMM restreint les modèles et fabricants admis. Un producteur de cellules figurant sur cette liste dispose donc d’un marché captif constitué d’assembleurs de modules qui, sans cellules domestiques, ne peuvent pas satisfaire ces exigences. La question du contenu local se pose dans des termes comparables en Europe avec les débats sur le « Made in Europe », dont les enjeux pour la filière française sont relayés par le régulateur et les organisations professionnelles.
« Lorsque Websol s’est lancée dans la fabrication de produits solaires au milieu des années 1990, l’industrie indienne en était encore à ses tout débuts », rappelle Sohan Lal Agarwal, président et directeur général. « Aujourd’hui, le solaire devient une composante de plus en plus importante des infrastructures énergétiques du pays, et la nécessité de disposer d’une solide industrie manufacturière nationale n’a jamais été aussi évidente. »

Il souligne que l’attribution permet de « construire à une échelle nettement plus importante tout en restant proches d’un écosystème, d’une main-d’œuvre et d’une base opérationnelle » déjà connus. Sanjana Khaitan, directrice exécutive, indique que l’entreprise se concentre désormais sur le passage de l’attribution du terrain aux étapes de construction, de mise en service et de démarrage de la production — l’étape où se vérifient, ou non, les annonces de capacité.
4 GW de cellules photovoltaïques et 4 GW de modules par an, construits en deux phases de 2 GW, sur 21,9 hectares au parc industriel de Falta, au Bengale-Occidental.
1,2 GW de cellules et 550 MW de modules par an sur son site existant de la zone économique spéciale de Falta, avec des lignes capables de traiter des wafers jusqu’à 210 mm.
C’est la liste approuvée des modèles et fabricants en vigueur en Inde. Y figurer conditionne l’accès de nombreux projets soutenus publiquement aux équipements concernés, ce qui en fait un avantage commercial déterminant pour un fabricant local.
Parce que l’assemblage de modules est relativement accessible, tandis que la fabrication de cellules exige des procédés complexes et des investissements élevés. Sans production domestique de cellules, un assembleur reste dépendant des importations et ne peut pas satisfaire les exigences de contenu national.
En résumé — l’annonce reste à ce stade une attribution de terrain, pas une usine en fonctionnement. Elle illustre néanmoins le ressort de la réindustrialisation solaire indienne : ce ne sont pas les objectifs de capacité installée qui tirent l’investissement, mais les règles de contenu local qui garantissent un débouché aux cellules produites sur place.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Saisissez le code reçu par SMS :
Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.