Comment un bailleur social devient-il producteur d’électricité solaire sans internaliser un nouveau métier ? L’Alliance Hlm pour les énergies renouvelables a apporté un début de réponse le 11 septembre à Paris, autour de la centrale en toiture de l’Hôtel d’entreprises Le Cargo : une location croisée entre la toiture et la centrale, exploitée avec la coopérative citoyenne Enercitif.
L’objectif de la rencontre était de montrer concrètement la diversité des montages permettant à un bailleur social de devenir producteur ou consommateur d’énergie renouvelable, en intégrant les enjeux économiques, juridiques et sociaux propres au logement collectif.
Au Cargo, le schéma retenu repose sur une location croisée entre la toiture et la centrale photovoltaïque, qui permet à la RIVP d’endosser le statut de producteur. L’électricité produite est ensuite refacturée aux locataires du site. L’intérêt, souligné par l’Alliance, est que le bailleur accède à ce statut sans développer en interne une nouvelle complexité opérationnelle, tout en conservant une logique économique directement liée aux usages du bâtiment.
« Nous sommes heureux de vous accueillir sur ce site, qui est l’un des premiers où nous avons développé massivement des installations solaires. C’est un exemple probant de ce que les bailleurs sociaux peuvent faire », a indiqué Simon Molesin, directeur du patrimoine de la RIVP.
La visite a mis en avant l’apport des coopératives dans l’acceptabilité des projets : la participation locale et l’ancrage territorial facilitent l’appropriation des installations par les habitants et les usagers. « L’autoconsommation est un modèle gagnant-gagnant : le bailleur social réduit sa facture et in fine celle de ses locataires, et l’exploitant valorise mieux sa production », résume Gilles Wintrebert, coprésident d’Enercitif.
Les échanges ont aussi rappelé les obstacles : intégration technique, diversité et complexité des montages juridiques, financement des opérations et cadre réglementaire de l’autoconsommation collective. Manon Nagy, experte énergie de Plaine Commune Habitat, a cité les limites liées au périmètre géographique réglementaire de l’ACC — dont les conditions sont précisées par Enedis — ainsi que la question de la récupération de l’investissement dans les charges : « Notre plan solaire prévoit des objectifs ambitieux de développement de l’autoconsommation collective sur notre patrimoine, mais nous faisons face à différents freins ».
La dimension sociale a occupé une place centrale dans les discussions. Président de l’association Sol Solidaire, André Joffre a rappelé que le photovoltaïque dans le logement social ne devait pas être vu sous le seul angle énergétique : « Face au constat de la précarité énergétique, nous devons agir. À ce titre, le solaire n’est pas cher, c’est un objet social ». La lutte contre la précarité énergétique fait par ailleurs l’objet de travaux réguliers de l’ADEME.

La prochaine étape de l’Alliance sera une visite consacrée au gaz renouvelable, prévue en octobre 2026. Un premier bilan d’étape doit être présenté lors du Congrès des Hlm à Bordeaux, le 23 septembre à 14 heures.
Le montage présenté au Cargo repose sur une location croisée entre la toiture et la centrale photovoltaïque : le bailleur endosse le statut de producteur et refacture l’électricité aux locataires du site, sans avoir à internaliser l’exploitation technique de l’installation.
Elles exploitent les installations et apportent un ancrage territorial qui facilite l’acceptabilité des projets. Enercitif, partenaire de l’opération parisienne, exploite 22 installations photovoltaïques, dont six sur le patrimoine de bailleurs sociaux.
Le périmètre géographique réglementaire de l’autoconsommation collective, la complexité et la diversité des montages juridiques, le financement des opérations, et la question de la récupération de l’investissement dans les charges locatives.
Parce qu’il intervient directement sur la facture des ménages en situation de précarité énergétique : la production locale réduit la facture du bailleur et, in fine, celle des locataires, ce qui en fait un levier de pouvoir d’achat autant qu’un outil de transition.
En résumé — le verrou du solaire en logement social n’est pas technique mais contractuel : c’est la répartition des rôles entre bailleur, exploitant et locataires qui conditionne la faisabilité. Le montage en location croisée du Cargo offre un modèle transposable, mais le périmètre réglementaire de l’autoconsommation collective et le traitement de l’investissement dans les charges restent les deux points qui limitent aujourd’hui le passage à l’échelle.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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