Treize développeurs photovoltaïques demandent au gouvernement de publier deux appels d’offres « bâtiment » de 300 MWc d’ici à l’élection présidentielle de 2027, conformément à la PPE 3. En cause : la généralisation des appels d’offres « neutres », qui prive selon eux le solaire sur toitures et ombrières de toute voie de financement.
Après une première note d’alerte au cours de l’été, le collectif élargi de développeurs — représentant plus de 4 GW de capacités renouvelables déjà installées ou en exploitation, et plusieurs gigawatts de projets en développement à horizon 2030 — estime que le calendrier des appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie « revient à condamner à mort la filière du photovoltaïque sur bâtiments, toitures et ombrières, en contradiction avec plusieurs années de politiques publiques nationales et avec les stratégies de transition énergétique priorisées dans les territoires ».
Deux reproches sont formulés. D’une part, les volumes appelés seraient très inférieurs aux engagements pris lors de la publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) en février 2026. D’autre part, la généralisation brutale des appels d’offres dits « neutres » — où toutes les technologies concourent ensemble — créerait un moratoire de fait sur un segment qui ne dispose plus de voie de financement propre.
Le collectif rappelle que dans leur rapport sur l’optimisation du soutien financier public aux énergies renouvelables, Jean-Bernard Levy et Thierry Tuot avaient eux-mêmes appelé le gouvernement à une généralisation « progressive » des appels d’offres neutres, afin de laisser à la profession le temps de s’adapter. « L’absence totale de concertation et la soudaineté de cette généralisation ne sont pas compatibles avec la réalité des délais de développement et des conditions économiques des installations photovoltaïques », écrit le collectif, alors que des dépenses d’études et des autorisations d’urbanisme ont déjà été engagées sur les projets en cours.
La France a connu son été le plus chaud, avec 53 jours en vague de chaleur, des incendies ayant ravagé des milliers d’hectares et une sécheresse des sols sans précédent. Le plan de soutien aux agriculteurs annoncé à hauteur d’un milliard d’euros illustre, pour les signataires, le coût de l’inaction climatique pour les finances publiques.
Les développeurs mettent aussi en avant le comportement du système électrique : de nouveaux arrêts de réacteurs nucléaires liés à la température des fleuves ou à l’afflux de méduses dans la Manche sont survenus au moment même où la demande d’électricité augmentait sous l’effet des fortes chaleurs. La hausse des prix constatée cet été, liée au recours accru au gaz pour équilibrer le réseau, illustre selon eux le coût du ralentissement des renouvelables. Le solaire sur bâtiment produit précisément au plus près des besoins pendant les heures les plus chaudes.
Le collectif indique par ailleurs que des agriculteurs équipés de serres ou d’ombrières agrivoltaïques leur ont remonté des résultats montrant une protection directe des rendements — et donc des revenus — en période de canicule et de sécheresse.
Depuis les années 2010, la doctrine administrative constante consiste à prioriser le photovoltaïque sur toitures et sites artificialisés, une orientation partagée par de nombreux élus locaux, acteurs agricoles et associations environnementales. « Il est totalement incohérent de fragiliser la filière du photovoltaïque sur bâtiments alors même que les mesures issues de la loi APER (2023) obligent de nombreuses entreprises à équiper leurs toitures et parkings en installations photovoltaïques à l’horizon 2027, et que la loi Climat et résilience (2021) lutte contre l’artificialisation des sols », souligne le communiqué. Au 1er juillet 2026, seuls 10 à 15 % des sites concernés par ces obligations étaient en conformité.

Le solaire sur bâtiment présente en outre des délais de développement plus courts, sans artificialisation, avec des raccordements généralement simples et une forte acceptabilité sociale. Les signataires craignent qu’il soit très difficile de relancer la filière dans deux ou trois ans, lorsque l’électrification reprendra de l’élan — un scénario anticipé notamment par les bilans prévisionnels de RTE.
Le secteur photovoltaïque représente environ 45 000 emplois directs en France, majoritairement dans des activités aval caractéristiques des projets sur toitures : développement, installation et maintenance. Ces emplois sont portés par des TPE et PME locales, non délocalisables. Une dizaine de moyennes et grandes entreprises de la filière ont déjà annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi, auxquels s’ajoutent des suppressions non communiquées dans les plus petites structures. Les signataires citent également l’abandon du projet de gigafactory « Carbon » à Fos-sur-Mer comme un signal envoyé aux efforts de réindustrialisation.
La publication de deux appels d’offres « bâtiment » de 300 MWc d’ici à l’élection présidentielle de 2027, dans le respect de la PPE 3 publiée en février 2026, au lieu du seul appel d’offres neutre de 500 MW actuellement prévu d’ici la fin de l’année.
Il s’agit d’un appel d’offres où les projets concourent sans distinction de technologie ou de type d’implantation. Les développeurs estiment que sa généralisation défavorise mécaniquement le solaire sur toitures et ombrières, dont les coûts diffèrent de ceux des centrales au sol, et le prive de fait d’une voie de financement.
Le photovoltaïque représente environ 45 000 emplois directs en France, dont la majorité sur des activités liées aux projets sur bâtiment. À la date du communiqué, une dizaine de moyennes et grandes entreprises du secteur avaient annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi.
La loi APER de 2023 impose à de nombreuses entreprises d’équiper leurs toitures et parkings en installations photovoltaïques à l’horizon 2027. Au 1er juillet 2026, seulement 10 à 15 % des sites concernés étaient en conformité, ce qui rend l’affaiblissement du segment bâtiment particulièrement contradictoire selon le collectif.
En résumé — le collectif de développeurs pose une question de cohérence : l’État impose la solarisation des toitures et parkings via la loi APER, tout en supprimant le dispositif de soutien qui permettait de financer ces projets. Deux appels d’offres « bâtiment » de 300 MWc avant 2027 constituent leur demande minimale pour éviter que le segment ne s’arrête, alors que la filière compte déjà une dizaine de plans sociaux.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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