L’annonce a été faite par Roland Lescure devant le Medef, lors de la Rencontre des entrepreneurs de France, le jeudi 29 août 2024. Le crédit d’impôt pour les investissements dans l’industrie verte, plus connu sous son acronyme C3IV, voit son périmètre s’élargir à quatre nouveaux secteurs stratégiques. Parmi eux, le solaire thermique fait une entrée remarquée et attendue depuis longtemps par les professionnels du secteur. Cette décision met fin à une anomalie française : un pays qui dispose d’une industrie solaire thermique structurée, exportatrice et créatrice d’emplois, mais qui restait écartée d’un dispositif pensé précisément pour soutenir les technologies vertes.
Cette extension intervient quelques semaines après la publication de l’arrêté du 10 août 2024, qui détaille précisément les équipements, composants essentiels et matières premières éligibles au titre du C3IV. Le texte initial concernait déjà quatre grandes filières de la transition énergétique : le photovoltaïque, les batteries électriques, les éoliennes et les pompes à chaleur. L’intégration du solaire thermique constitue donc un élargissement significatif du dispositif, même si sa mise en application complète dépendra des prochains textes réglementaires.
Le C3IV, ou crédit d’impôt pour les investissements dans l’industrie verte, est un dispositif fiscal mis en place par l’État pour encourager l’implantation et le développement, sur le territoire français, des industries qui produisent des équipements essentiels à la transition énergétique. Ce mécanisme s’inscrit dans une logique de réindustrialisation verte : il ne s’agit plus seulement de subventionner l’achat d’énergies renouvelables, mais de soutenir directement les usines qui fabriquent les panneaux solaires, les batteries, les éoliennes, les pompes à chaleur et désormais les capteurs solaires thermiques.
Le crédit d’impôt permet de prendre en charge une partie des investissements consacrés à la construction de bâtiments industriels, à l’achat d’équipements de production, ou encore aux actifs immatériels nécessaires à l’activité. Son taux varie en fonction de la taille de l’entreprise et de la localisation géographique du projet, avec des niveaux de soutien majorés dans les zones qui connaissent des difficultés économiques ou qui accueillent des sites industriels en reconversion. Ce dispositif est devenu un outil central de la politique industrielle française, dans un contexte de concurrence internationale accrue, notamment face aux États-Unis et à leurs propres dispositifs d’incitation.
Lors de son discours, Roland Lescure, alors ministre délégué chargé de l’Économie, a confirmé l’arrivée de quatre nouveaux secteurs dans le périmètre du C3IV :
Ce choix marque une volonté de cohérence : soutenir l’ensemble de la chaîne de valeur de la transition énergétique, et non plus seulement quelques segments bien identifiés. L’annonce a été accueillie positivement par les industriels concernés, même si certains points d’attention subsistent sur les critères d’éligibilité précis.
Le solaire thermique repose sur un principe simple : capter le rayonnement du soleil pour produire directement de la chaleur, sans passer par une conversion en électricité. Cette chaleur peut ensuite être utilisée pour la production d’eau chaude sanitaire, le chauffage des bâtiments, des process industriels ou encore l’alimentation de réseaux de chaleur urbains. La France dispose d’une industrie solaire thermique complète et diversifiée : fabricants de capteurs, de systèmes hybrides photovoltaïques-thermiques, de ballons de stockage, de chauffe-eau solaires individuels ou collectifs, et d’équipements de régulation.
Contrairement à l’industrie photovoltaïque française, très fortement dépendante des importations asiatiques, le secteur du solaire thermique est une filière exportatrice nette. Selon les données compilées par Enerplan, le syndicat professionnel des énergies solaires, les exportations de cette industrie ont dépassé 170 millions d’euros en 2024. Le secteur représente également près de 3 000 emplois directs, répartis sur plusieurs bassins industriels, de l’Auvergne-Rhône-Alpes à l’Occitanie en passant par la Nouvelle-Aquitaine. Cette assise industrielle constitue un atout majeur pour la souveraineté énergétique française.
L’enjeu dépasse largement la simple production d’eau chaude sanitaire. Le solaire thermique se déploie désormais dans des installations de grande taille : centrales solaires thermiques pour l’industrie agroalimentaire, réseaux de chaleur solaires pour les écoquartiers, ou encore systèmes de refroidissement solaire dans les zones chaudes. La chaleur représente environ 45 % de la consommation finale d’énergie en France, et sa décarbonation est un chantier colossal.
Le solaire thermique permet de substituer une énergie locale, renouvelable et gratuite à des combustibles fossiles comme le gaz, le fioul ou le charbon, mais aussi à l’électricité utilisée pour produire de la chaleur. De ce point de vue, son intégration au C3IV rétablit une forme d’équité entre les différentes technologies renouvelables. Jusqu’à présent, les fabricants de composants pour panneaux photovoltaïques et pompes à chaleur pouvaient prétendre au crédit d’impôt, tandis que ceux produisant des capteurs thermiques ou des chauffe-eau solaires en étaient privés.

Pour Enerplan, cette annonce constitue l’aboutissement de plusieurs années de mobilisation. Dès la préparation du dispositif C3IV, le syndicat professionnel avait interpellé les pouvoirs publics sur l’exclusion incompréhensible du solaire thermique d’un dispositif destiné à soutenir les technologies de la transition énergétique. Dans ses courriers et ses rencontres avec l’administration, Enerplan soulignait régulièrement le paradoxe : une filière française performante, exportatrice et créatrice d’emplois était privée d’un soutien fiscal pourtant accessible à ses concurrents directs, notamment les fabricants de panneaux photovoltaïques.
Cette exclusion était d’autant plus difficile à justifier que la chaleur représente une part majeure des consommations énergétiques des bâtiments et de l’industrie. En contribuant à la décarbonation directe de la chaleur, le solaire thermique agit sur les pointes de consommation électrique, notamment en été pour la production d’eau chaude, et réduit la pression sur le réseau électrique national.
L’entrée du solaire thermique dans le champ du C3IV ouvre des perspectives concrètes pour les industriels. Le crédit d’impôt pourra financer une partie significative des investissements visant à :
Le soutien apporté par le C3IV peut s’avérer déterminant pour engager ces mutations industrielles, dans un marché européen où la demande de solutions de décarbonation de la chaleur est appelée à croître fortement dans les prochaines années, notamment dans le cadre de la directive européenne sur l’efficacité énergétique des bâtiments.
L’annonce du ministre de l’Économie ne constitue toutefois qu’une première étape. Pour que le solaire thermique soit effectivement éligible au C3IV, il faudra que l’arrêté du 10 août 2024 soit modifié ou complété afin d’intégrer les équipements, composants et matières premières spécifiques à la filière : capteurs solaires, absorbeurs, vitrages spécifiques, ballons de stockage, régulations et modules hybrides. Les professionnels suivront de près la rédaction de ce texte, dont la précision déterminera la portée réelle du dispositif.
Il s’agit également de s’assurer que la définition des dépenses éligibles couvre suffisamment largement la chaîne de valeur française, afin que l’ensemble des acteurs puisse bénéficier de ce soutien. Enerplan a d’ores et déjà indiqué qu’elle resterait vigilante sur ce point et qu’elle se tenait prête à apporter son expertise technique à l’administration.
Au-delà de l’aspect purement fiscal, cette décision porte une vraie reconnaissance symbolique et stratégique. Elle signifie que le solaire thermique n’est plus considéré comme une technologie de niche, mais bien comme une industrie d’avenir, au même titre que le photovoltaïque ou les batteries. Dans un contexte où la France cherche à renforcer sa souveraineté industrielle et énergétique, ce signal s’avère précieux pour les industriels qui ont fait le choix de produire sur le territoire national.
Le chemin est encore long, et les textes d’application seront déterminants pour concrétiser cette avancée. Mais une chose est désormais acquise : le solaire thermique a gagné sa place dans la stratégie industrielle verte de la France. Une victoire pour les professionnels du secteur, mais aussi pour tous ceux qui considèrent que la décarbonation de la chaleur est un enjeu aussi stratégique que la décarbonation de l’électricité.
Pour aller plus loin, le détail du dispositif C3IV est consultable sur le site du ministère de l’Économie, tandis que les données sur la filière solaire thermique française sont disponibles auprès d’Enerplan. Des informations complémentaires sur les énergies renouvelables et le solaire thermique sont également publiées par l’ADEME.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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