Le paysage énergétique sud-africain franchit une étape décisive avec l’entrée en service de la centrale solaire de Graspan, un projet de 75 mégawatts (MW) développé par le groupe français Engie. Située dans la province du Cap-Nord, cette installation photovoltaïque est raccordée au réseau national depuis plusieurs mois. Son inauguration récente confirme une tendance lourde : l’Afrique du Sud accélère sa transition vers les énergies renouvelables tout en devant composer avec les réalités techniques de son réseau électrique.
La centrale de Graspan est le fruit d’un partenariat entre Engie et le développeur sud-africain Pele Green Energy. Implantée dans la province du Cap-Nord, une région réputée pour son ensoleillement exceptionnel, cette infrastructure s’inscrit dans le cadre du programme national sud-africain d’approvisionnement en énergies renouvelables, communément désigné sous l’acronyme REIPPPP (Renewable Energy Independent Power Producer Procurement Programme).
Le parc solaire de Graspan a été construit par l’entreprise EPC Aurex Constructors, qui a lancé les travaux en juin 2024. La mise en service technique a été réalisée en février 2026, avec une inauguration officielle intervenue au mois d’avril de la même année. Le délai de construction, inférieur à deux ans, témoigne de la maturité des filières solaires dans la région et de la capacité des acteurs industriels à livrer des projets complexes dans des délais maîtrisés.
Le projet Graspan bénéficie d’un contrat d’achat d’électricité d’une durée de vingt ans conclu avec Eskom, l’électricien public sud-africain. Ce contrat a été sécurisé dans le cadre du cinquième appel d’offres du REIPPPP, un dispositif qui a joué un rôle clé dans le développement des énergies renouvelables en Afrique du Sud depuis son lancement en 2011. Le tarif attribué au projet s’élève à environ 470 rands par mégawattheure, soit approximativement 23 euros par mégawattheure.
Ce niveau de prix illustre la compétitivité croissante du solaire photovoltaïque sur le continent africain. En quelques années, les coûts des installations solaires ont considérablement baissé, rendant ces projets économiquement viables sans subventions publiques directes. Le REIPPPP, qui impose des critères stricts de performance et de développement local, a permis l’émergence d’une filière industrielle dynamique, attirant des investisseurs internationaux comme Engie mais aussi des acteurs locaux.
Avec l’entrée en service de Graspan, Engie se concentre désormais sur les défis de l’exploitation. Un enjeu de taille : le réseau sud-africain est particulièrement contraint, notamment dans les provinces du Cap où se concentrent la majorité des projets solaires et éoliens. Les infrastructures de transport d’électricité, souvent vieillissantes et insuffisamment dimensionnées, peinent à absorber l’ensemble de la production renouvelable disponible.
Ce phénomène, appelé curtailment ou limitation d’injection, conduit les opérateurs à réduire volontairement la production de certaines centrales lorsque les lignes électriques ou les postes de transformation ne peuvent pas évacuer toute l’électricité générée. Ce mécanisme, déjà observé dans d’autres provinces sud-africaines, risque de se généraliser dans les années à venir si les investissements dans le réseau ne suivent pas le rythme du développement des énergies renouvelables.
Pour Engie, ces contraintes techniques représentent un paramètre stratégique essentiel. La gestion optimisée de la production, la maintenance prédictive et l’intégration de solutions de stockage par batteries figurent parmi les leviers envisagés pour maximiser la valeur des actifs solaires tout en contribuant à la stabilité du réseau national.
Graspan ne constitue pas un cas isolé. Il s’agit en réalité de l’un des deux projets photovoltaïques de 75 MW développés par Engie dans le cadre du cinquième appel d’offres du REIPPPP. Son jumeau, la centrale de Grootspruit, est situé dans la province de l’État libre, à environ 300 kilomètres au sud-est de Johannesburg. Ces deux installations, mises en service à quelques mois d’intervalle, portent la capacité renouvelable d’Engie en Afrique du Sud à un niveau significatif.

La coexistence de ces deux projets expose l’opérateur français aux évolutions de l’intégration de la production renouvelable à l’échelle nationale. Cette exposition renforce la nécessité de développer des solutions de flexibilité, notamment le stockage par batteries, afin de sécuriser les revenus et de participer activement à la modernisation du réseau sud-africain.
L’inauguration de Graspan s’inscrit dans une stratégie de long terme pour Engie sur le marché sud-africain. À la tête d’Engie South Africa, Sanjeev Mungroo, directeur général des énergies renouvelables et des batteries de l’entité, souligne que « Graspan s’inscrit dans un portefeuille plus large reflétant notre engagement à long terme envers l’Afrique du Sud ». Il ajoute que « l’objectif n’est plus seulement d’augmenter la capacité, mais aussi de veiller à ce que les projets soient menés à bien, intégrés et exploités de manière à garantir la fiabilité, la croissance et la résilience du réseau sur le long terme ».
Cette déclaration traduit un changement de paradigme au sein de l’industrie électrique sud-africaine. Après une phase marquée par la construction massive de capacités renouvelables, l’accent porte désormais sur l’optimisation des actifs existants et l’intégration intelligente des énergies intermittentes dans un mix électrique en pleine mutation. Engie, qui a fait du stockage par batteries l’une de ses priorités stratégiques en Afrique, positionne l’Afrique du Sud comme un marché clé pour le déploiement de solutions innovantes.
L’Afrique du Sud demeure l’un des marchés les plus attractifs du continent pour les énergies renouvelables. Le pays, qui dépendait historiquement du charbon pour plus de 80 % de sa production électrique, s’est engagé dans une transition énergétique ambitieuse. Le REIPPPP a déjà permis d’attribuer plus de 6 000 MW de capacités renouvelables à des producteurs indépendants, et de nouveaux appels d’offres sont régulièrement lancés pour accroître encore cette dynamique.
Les défis restent considérables. Le réseau de transport, les procédures d’autorisation, l’accès au foncier et la participation des communautés locales constituent des points d’attention permanents pour les développeurs. Néanmoins, les avancées technologiques, la baisse continue des coûts des modules photovoltaïques et l’émergence de solutions de stockage à grande échelle laissent entrevoir un avenir où le solaire pourrait jouer un rôle central dans la sécurisation énergétique de la nation arc-en-ciel.
La centrale de Graspan incarne cette dynamique. Au-delà de ses 75 MW de puissance installée, elle symbolise la montée en compétence des acteurs industriels et la capacité du secteur privé à accompagner la transformation du système électrique sud-africain. Le pays tourne une page, au sens propre comme au figuré, en s’appuyant sur des infrastructures modernes pour répondre aux besoins croissants d’une économie en quête de stabilité énergétique.
Alors que l’exploitation de la centrale ne fait que commencer, les regards se tournent déjà vers les prochaines étapes : le renforcement des infrastructures de transport, le déploiement de systèmes de stockage et la poursuite de la libéralisation du marché électrique sud-africain. Dans ce contexte, Graspan représente bien plus qu’un simple projet solaire : c’est une brique essentielle de la résilience énergétique de l’Afrique du Sud.
Pour en savoir plus sur le programme REIPPPP et les opportunités du marché sud-africain, vous pouvez consulter les ressources publiées par le site officiel d’Eskom, ainsi que les informations détaillées sur les activités d’Engie en Afrique.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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