Le marché photovoltaïque français bat un nouveau record en 2025 : l’analyse de l’IEA PVPS

Un déploiement photovoltaïque sans précédent en France

La France a franchi une étape majeure dans sa transition énergétique en 2025. Selon le dernier rapport national de l’IEA PVPS, le pays a raccordé environ 7,4 GW de nouvelles capacités photovoltaïques au cours de l’année, surpassant ainsi le précédent record de 6 GW établi en 2024. Cette dynamique remarquable confirme l’essor accéléré du solaire sur le territoire national.

À la fin du mois de décembre 2025, la puissance photovoltaïque cumulée installée atteignait 37,6 GW. Ce volume permet désormais au solaire de devenir la première filière renouvelable française en termes de capacité installée, devançant l’hydroélectricité et l’éolien terrestre. Cette position de leader marque un tournant symbolique dans le mix électrique national, longtemps dominé par le nucléaire et l’hydraulique.

Une production solaire en forte hausse portée par tous les segments

La production d’électricité solaire a progressé de 46 % sur un an, représentant environ 37 TWh injectés sur le réseau. Ce volume correspond à 7,3 % de la consommation nationale d’électricité en 2025, une part qui ne cesse d’augmenter année après année. Cette croissance s’explique à la fois par l’essor des projets décentralisés et par la mise en service de grandes centrales au sol raccordées au réseau de transport géré par RTE.

L’accélération du déploiement repose sur une combinaison de facteurs : la baisse continue des coûts des équipements, une meilleure acceptabilité sociale des projets et un cadre réglementaire qui, malgré des ajustements, reste globalement incitatif pour les acteurs industriels. Toutefois, l’analyse de l’IEA PVPS révèle des disparités importantes entre les segments de marché, reflet des évolutions réglementaires récentes.

Une profonde recomposition des segments de marché

Le recul du segment résidentiel de moins de 9 kW

Les installations de petite puissance, notamment celles inférieures à 9 kW, ont connu un recul significatif en 2025. Cette baisse résulte directement de la réforme du dispositif d’obligation d’achat S21, entrée en vigueur en 2025. Cette réforme a supprimé la vente en totalité pour les installations résidentielles de moins de 9 kW, une mesure qui a profondément modifié les conditions économiques des projets.

La baisse de la prime à l’autoconsommation et la diminution du tarif de rachat du surplus ont également contribué à ce désintérêt relatif. En l’espace d’un an, le tarif du surplus est passé de 12,7 c€/kWh au quatrième trimestre 2024 à seulement 4 c€/kWh un an plus tard, soit une division par plus de trois. Cette évolution tarifaire a mécaniquement réduit la rentabilité des installations résidentielles, dissuadant une partie des ménages de s’équiper.

Le segment intermédiaire de 100 à 500 kW en pleine expansion

À l’inverse, les installations comprises entre 100 et 500 kW ont bénéficié d’un effet d’anticipation significatif avant leur sortie progressive du guichet tarifaire ouvert. Cette transition réglementaire a poussé les porteurs de projets à accélérer leurs démarches de raccordement, faisant passer la part de ce segment dans les volumes nouvellement raccordés de 36 % en 2024 à 44 % en 2025.

Les installations de plus de 500 kW ont quant à elles maintenu une part relativement stable, représentant environ un tiers du total des nouvelles capacités mises en service. Ce segment comprend les grandes centrales au sol et les ombrières de parking, qui continuent d’attirer les investisseurs institutionnels et les fonds spécialisés dans les énergies renouvelables.

Un appel d’offres simplifié encore sous-exploité

Les installations de 100 à 500 kW relèvent désormais d’un appel d’offres simplifié, une nouvelle procédure destinée à remplacer progressivement le guichet tarifaire ouvert. Toutefois, la première période de cet appel d’offres a été largement sous-souscrite : seulement 43,5 MW ont été attribués pour 192 MW mis en concurrence.

Ce taux de souscription décevant s’explique par plusieurs facteurs, notamment des conditions de candidature moins favorables, la baisse des prix de gros de l’électricité et l’incertitude pesant sur les futurs revenus des installations. Les acteurs du secteur appellent à un ajustement des paramètres de cet appel d’offres pour le rendre plus attractif lors des prochaines périodes.

La stabilisation des coûts des modules photovoltaïques

Après une période de turbulences, les prix des modules photovoltaïques ont fini par se stabiliser entre 0,07 et 0,14 €/Wc, sous l’effet d’une offre chinoise toujours abondante. Cette stabilisation a des conséquences directes sur le coût global des installations. Le coût moyen d’une installation résidentielle de 5 à 10 kW est ainsi tombé à 1,55 €/W hors TVA, tandis qu’une centrale au sol de 10 MW s’établit autour de 0,72 €/W hors TVA.

Ces niveaux de coûts placent le photovoltaïque français parmi les plus compétitifs d’Europe, même si les prix constatés restent supérieurs à ceux de certains pays voisins en raison des coûts de main-d’œuvre et des contraintes administratives locales. La poursuite de la baisse des coûts reste un enjeu majeur pour soutenir le déploiement à grande échelle du solaire, comme le souligne le rapport de la Commission de régulation de l’énergie sur les coûts de production.

Le marché photovoltaïque français bat un nouveau record en 2025 : l'analyse de l'IEA PVPS

Le marché des PPA marque le pas

Le marché des contrats d’achat direct d’électricité (PPA) a perdu de son dynamisme en 2025. La France a comptabilisé 21 contrats annoncés, contre 33 l’année précédente. Parmi eux, seulement sept concernaient des projets photovoltaïques, contre 19 en 2024. Cette baisse significative reflète les difficultés structurelles rencontrées par ce segment en pleine maturité.

La baisse des prix de gros de l’électricité, la multiplication des heures à prix négatifs et le risque de cannibalisation de la production solaire pèsent sur l’intérêt des acheteurs pour des engagements de long terme. Les entreprises hésitent à signer des contrats indexés sur des prix qui baissent, tandis que les producteurs peinent à offrir des garanties compétitives face à des coûts de production encore volatils.

Les perspectives de la PPE 3 pour la filière photovoltaïque

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3), publiée en février 2026, fixe un cadre ambitieux pour le développement du photovoltaïque français. Elle prévoit une trajectoire de 48 GW de capacité installée à l’horizon 2030, puis un objectif compris entre 55 et 80 GW à l’horizon 2035. Ces objectifs laissent au secteur une marge de croissance soutenue, mais dans des conditions de marché encore instables.

Pour atteindre ces cibles, la France devra maintenir un rythme de déploiement d’environ 5 à 6 GW par an, ce qui semble réalisable au vu des capacités industrielles et foncières disponibles. Cependant, la réussite de cette trajectoire dépendra largement de la capacité des pouvoirs publics à stabiliser le cadre réglementaire et tarifaire, comme le recommandent les acteurs de la filière réunis au sein du Syndicat des énergies renouvelables.

Les défis à relever pour consolider la dynamique

Malgré les records enregistrés, la filière photovoltaïque française doit relever plusieurs défis pour s’inscrire durablement dans le paysage énergétique national. Le premier concerne le raccordement au réseau, qui reste parfois un goulot d’étranglement, notamment dans les régions où la production solaire est déjà fortement développée. Des investissements dans le réseau de distribution et de transport sont indispensables pour accompagner la croissance des capacités.

Le deuxième défi porte sur l’acceptabilité locale des projets, en particulier pour les centrales au sol. La concurrence entre usages agricoles et production d’énergie nécessite un dialogue renforcé avec les territoires, comme le prévoit le cadre fixé par le ministère de la Transition écologique. Le développement de l’agrivoltaïsme pourrait offrir une voie de compromis, à condition qu’il respecte des critères exigeants de maintien de la production agricole.

Enfin, la souveraineté industrielle constitue un enjeu croissant. La dépendance quasi totale à l’égard de la production chinoise de modules pose la question de la relocalisation d’une partie de la chaîne de valeur en Europe. Les initiatives européennes visant à soutenir la fabrication locale peinent encore à émerger face aux écarts de coûts considérables, mais des projets de gigafactories se dessinent en France, notamment autour du silicium et des cellules photovoltaïques.

Une filière mature mais fragile face aux signaux de marché

Le rapport de l’IEA PVPS dresse ainsi un portrait nuancé du marché photovoltaïque français. D’un côté, les volumes installés et la production atteignent des sommets historiques. De l’autre, la rentabilité des projets est de plus en plus dépendante de l’évolution des prix de marché et des dispositifs de soutien. La baisse des tarifs réglementés, la réduction des primes et la faible attractivité des PPA créent un environnement où seuls les projets les plus compétitifs et les mieux positionnés peuvent prospérer.

Le solaire français se trouve donc à un tournant. Les objectifs de la PPE 3 offrent une vision claire à long terme, mais leur réalisation supposera une capacité d’adaptation rapide des acteurs économiques et une vigilance constante du régulateur sur l’équilibre du marché. La diversité des segments, du résidentiel à l’ultra-grand, demeure une force, à condition que chacun trouve des conditions économiques viables pour se développer harmonieusement.

En attendant, les données 2025 montrent que la dynamique est bien réelle. La France s’affirme comme l’un des moteurs de la croissance solaire européenne, aux côtés de l’Allemagne, de l’Espagne et de l’Italie. Si les fondamentaux restent solides, la filière devra naviguer avec prudence entre soutien public, signaux de marché et impératifs industriels pour confirmer cette trajectoire dans la durée.

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