Le programme PVPS de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a récemment publié son rapport national d’enquête sur les applications de l’énergie photovoltaïque en France pour l’année 2025. Ce document de référence, préparé dans le cadre de la Tâche 1, dresse un panorama complet des évolutions du marché, des politiques publiques et des tendances structurelles qui façonnent le secteur solaire hexagonal. L’édition 2025 marque un tournant majeur : la France a non seulement battu son propre record de déploiement, mais elle a également confirmé sa position de leader européen sur plusieurs segments clés du photovoltaïque.
Porté par une dynamique industrielle soutenue, une baisse continue des coûts et une accélération des raccordements, le marché photovoltaïque français a connu une année exceptionnelle. Selon le rapport, environ 7,4 GW DC (6,1 GW AC) de nouvelles capacités ont été connectés au réseau électrique national, dépassant largement le précédent record de 6 GW établi en 2024. Cette progression de plus de 23 % en un an illustre la montée en puissance de la filière, portée à la fois par l’autoconsommation résidentielle, les installations commerciales et industrielles, et les grands parcs au sol.
La France a donc enregistré en 2025 un niveau de déploiement photovoltaïque sans précédent. Avec 7,4 GW DC de nouvelles installations, le pays confirme sa trajectoire de croissance et consolide sa place parmi les premiers marchés solaires d’Europe. Ce dynamisme s’explique par plusieurs facteurs convergents : des prix des modules historiquement bas, une maturité technologique accrue, et une demande électrique en hausse soutenue par l’électrification des usages (mobilité, chauffage, industrie).
Au total, la capacité photovoltaïque installée cumulée en France atteint désormais environ 37,6 GW DC, soit 31,3 GW AC. Ce volume place le solaire en tête des énergies renouvelables installées dans le pays, devant l’hydraulique et l’éolien terrestre. Loin d’être un simple symbole, ce basculement reflète une transformation profonde du mix électrique national et une montée en puissance des énergies décentralisées.
Au-delà des capacités installées, c’est la production effective d’électricité solaire qui illustre le mieux la progression de la filière. En 2025, les installations photovoltaïques françaises ont généré environ 37 TWh d’électricité, soit une hausse significative par rapport aux années précédentes. Cette production a permis de couvrir près de 7,3 % de la consommation nationale d’électricité, un chiffre en constante progression qui témoigne de l’importance croissante du solaire dans le mix électrique français.
Cette performance est d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans un contexte européen marqué par une volonté politique forte de décarbonation. La France, qui accuse longtemps un retard dans le déploiement du solaire par rapport à l’Allemagne ou à l’Espagne, rattrape désormais son retard à un rythme soutenu. Chaque trimestre, des records de raccordement sont battus, et la file d’attente pour les nouveaux projets reste très fournie.
La baisse des coûts se poursuit dans la filière photovoltaïque, malgré quelques tensions d’approvisionnement en début d’année. Selon le rapport de l’AIE PVPS, les prix moyens des modules ont chuté pour atteindre une fourchette de 0,07 € à 0,14 € par watt-crête (Wp). Cette stabilisation à des niveaux historiquement bas résulte de la surcapacité de production des usines asiatiques, notamment chinoises, et de l’intensification de la concurrence mondiale.
Cette baisse des coûts se répercute directement sur le prix des installations complètes. Les systèmes résidentiels, par exemple, se négocient désormais autour de 1,55 € par watt, contre plus de 2 € il y a quelques années. Une telle évolution rend le photovoltaïque de plus en plus accessible pour les particuliers, avec des temps de retour sur investissement souvent inférieurs à dix ans. Les grandes centrales au sol profitent elles aussi de cette tendance, avec des coûts d’installation qui sont tombés à environ 0,72 € par watt pour les projets de grande échelle.
Cependant, cette baisse des prix a un revers : elle exerce une pression considérable sur les fabricants européens, qui peinent à rivaliser avec les produits importés à bas coût. La question de la souveraineté industrielle dans le secteur solaire devient ainsi un enjeu central pour les pouvoirs publics, tant à l’échelle nationale qu’européenne.
Le marché des contrats d’achat direct d’électricité (PPA) a connu un net ralentissement en 2025. Les chiffres sont parlants : seulement 21 contrats d’achat d’électricité de type corporate (CPPA) ont été annoncés, contre 33 l’année précédente. Parmi eux, les accords spécifiquement dédiés au solaire sont passés de 19 contrats en 2024 à seulement 7 en 2025. Cette contraction s’explique par la baisse des prix de gros de l’électricité sur les marchés européens, qui a réduit l’attrait économique de ces contrats de long terme pour les acheteurs industriels.
Par ailleurs, la montée du phénomène de cannibalisation solaire, c’est-à-dire la chute des prix de l’électricité aux heures de forte production solaire, a considérablement réduit la valeur des PPA photovoltaïques. Les entreprises hésitent donc à s’engager dans des contrats à 15 ou 20 ans à des conditions jugées moins avantageuses. Cette situation incite les producteurs à diversifier leurs débouchés et à développer des solutions de stockage couplées pour lisser leur production et vendre une électricité plus premium.

L’année 2025 a également été marquée par des évolutions réglementaires majeures qui redessinent le paysage du photovoltaïque français. La révision du cadre de soutien S21 a introduit plusieurs changements structurants. Tout d’abord, l’option de vente en surplus intégral a été supprimée pour les installations résidentielles de moins de 9 kW. Désormais, les particuliers qui opteront pour l’autoconsommation devront impérativement consommer une partie de leur production, ce qui transforme en profondeur les modèles économiques des installateurs.
Les incitations à l’autoconsommation ont également été revues à la baisse, tout comme les tarifs d’exportation du surplus. Pour les installations situées dans une fourchette de 100 à 500 kW, le tarif d’achat en libre accès a été supprimé et remplacé par un système d’appel d’offres compétitif simplifié. Cette modification vise à responsabiliser les porteurs de projet et à favoriser une intégration plus harmonieuse du solaire dans le réseau électrique.
Ces évolutions traduisent une volonté de la part des pouvoirs publics de fiabiliser les mécanismes de soutien tout en encourageant la consommation locale de l’électricité produite. Elles s’accompagnent d’une montée en puissance de l’autoconsommation collective, qui commence à jouer un rôle non négligeable dans certaines régions.
Après un retard de trois ans, la France a enfin publié sa troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) en février 2026. Ce document stratégique fixe des objectifs clairs pour le développement du photovoltaïque : la capacité installée devra atteindre 48 GW AC d’ici 2030 et 55 à 80 GW AC d’ici 2035. Ces objectifs sont nettement plus ambitieux que ceux des programmations précédentes et confirment le rôle central du solaire dans la trajectoire de décarbonation du pays.
Pour atteindre ces cibles, la France devra maintenir un rythme de déploiement annuel d’environ 6 à 7 GW, voire davantage après 2030. Cela nécessite une simplification administrative, un renforcement des réseaux électriques et une mobilisation accrue des surfaces disponibles : toitures de grandes surfaces commerciales, friches industrielles, parkings, agrivoltaïsme et ombrières solaires. Le développement du solaire en zones urbaines et périurbaines devient ainsi un enjeu majeur de planification territoriale.
Le rapport national d’enquête sur le photovoltaïque en France 2025 met en évidence plusieurs enseignements structurants pour la filière :
Ces éléments confirment que la France est entrée dans une phase de maturité pour le photovoltaïque. Le marché se structure, les coûts baissent, et les modèles économiques évoluent vers davantage d’autoconsommation et de contractualisation directe. Il reste néanmoins des défis à relever : l’intégration au réseau, le développement du stockage, et la compétitivité industrielle européenne.
Le rapport complet de l’AIE PVPS est disponible en téléchargement sur le site officiel du programme. Les données détaillées par segment de marché, les analyses comparatives internationales et les projections à moyen terme offrent un éclairage précieux pour les professionnels du secteur, les décideurs publics et les investisseurs. Pour approfondir le sujet, plusieurs ressources complémentaires sont également accessibles :
Avec ces ressources, professionnels et particuliers disposent d’une vision claire et actualisée des dynamiques en cours. L’année 2025 restera comme un tournant pour la filière photovoltaïque française, mais les ambitions affichées à l’horizon 2030 et 2035 laissent présager une accélération encore plus marquée. Le solaire s’impose progressivement comme l’un des piliers de la transition énergétique nationale, aux côtés de l’efficacité énergétique et des autres énergies renouvelables.
La route est encore longue pour atteindre les objectifs fixés, mais les fondamentaux sont en place : une filière industrielle structurée, des coûts compétitifs, une demande soutenue et un cadre réglementaire en constante évolution. La France, qui était encore considérée comme un marché secondaire il y a dix ans, est désormais un acteur de premier plan dans le paysage solaire européen et mondial.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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