Le 24 juillet 2026, Daniel Bour, président d’Enerplan – le syndicat des professionnels de l’énergie solaire – a tenu une réunion clé avec deux interlocuteurs majeurs de l’administration : Laurent Kueny, directeur de l’énergie à la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), et Vincent Tejedor, chef de pôle au cabinet du Premier ministre. L’objectif était clair : obtenir des garanties sur le calendrier des futurs appels d’offres (AO) dédiés exclusivement au solaire photovoltaïque, alors que ces derniers semblaient relégués au second plan dans les dernières annonces gouvernementales. Cette rencontre intervient dans un contexte de forte tension pour la filière, qui craint un ralentissement brutal des investissements et des suppressions d’emplois.
« Nous avons perçu une vraie volonté d’ouverture et une écoute attentive autour d’arguments constructifs. Le gouvernement prend conscience de notre besoin impératif de visibilité », a déclaré Daniel Bour à l’issue de la réunion. Le président d’Enerplan a insisté sur la nécessité de maintenir des volumes d’appels d’offres spécifiquement dédiés au solaire dès la fin de l’année 2026, avant l’élection présidentielle de 2027. Cette anticipation est cruciale pour éviter une période de flottement souvent préjudiciable aux projets d’énergie renouvelable en année électorale.
Le syndicat a formellement demandé le maintien de périodes d’appels d’offres exclusivement solaires, dans la continuité des AO « sol et bâtiment » du premier semestre 2026. Concrètement, Enerplan propose l’organisation d’un troisième appel d’offres solaire indépendant des appelés d’offres « neutres » (toutes filières confondues) au quatrième trimestre 2026, avec une puissance cible d’environ 1 GW et une publication des résultats la plus rapide possible en 2027. « C’est une requête réaliste et simple, qui s’inscrit dans la lignée des appels d’offres solaires organisés depuis des années. Nous attendons beaucoup de cette réunion et de ses suites dès la rentrée », a ajouté Daniel Bour.
Enerplan ne cache pas les difficultés actuelles : contraintes budgétaires, problèmes d’intégration au réseau électrique, phénomène dit de « cloche solaire » (baisse soudaine de production en fin d’après-midi) et multiplication des prix négatifs sur le marché de l’électricité. « Nous avons été transparents. Rien n’est simple. Pour boucler le budget 2027, le gouvernement reste très prudent et préfère raisonner sur trois ou quatre ans. Mais dans l’immédiat, la filière souffre. De nombreux emplois diffus disparaissent dans l’anonymat médiatique. Ce n’est pas comparable à la fermeture d’un site comme Stellantis, largement relayée. Mais en volume, la perte d’emplois devient chaque semaine plus préoccupante », souligne Daniel Bour.
Selon les données d’observatoires de l’emploi dans les énergies renouvelables, la filière solaire française comptait près de 30 000 emplois directs et indirects en 2025. Un ralentissement des appels d’offres pourrait entraîner des pertes significatives, notamment dans les PME spécialisées dans l’installation sur toitures et ombrières.
Quelques jours avant cette réunion, un collectif de développeurs photovoltaïques a signé une tribune retentissante affirmant que « le calendrier prévisionnel actuel des appels d’offres de la CRE revient à condamner à mort la filière du photovoltaïque sur bâtiments, toitures et ombrières ». Ces mots forts témoignent de l’urgence ressentie sur le terrain. En effet, la proposition gouvernementale de ne permettre au solaire de concourir que dans des appels d’offres « neutres » – où il doit rivaliser avec l’éolien, le biogaz ou d’autres filières – ne garantit ni le respect des trajectoires de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) ni la visibilité nécessaire aux industriels. Retrouvez les objectifs de la PPE3 sur le site du ministère.

La généralisation brutale des appels d’offres « neutres » pourrait créer un moratoire de fait pour le solaire photovoltaïque sur bâtiment, qui ne dispose plus de voie de financement dédiée. Les professionnels estiment que ces AO neutres favorisent les filières matures et à bas coût (comme le solaire au sol de grande taille) mais pénalisent les installations sur toitures, ombrières et petites surfaces, pourtant essentielles pour atteindre les objectifs de la transition énergétique.
Certains experts proposent d’utiliser ces appels d’offres neutres pour encourager le couplage avec du stockage (batteries), ce qui permettrait de lisser la production et de réduire les prix négatifs. Mais sans un signal clair sur les volumes réservés au solaire, les investisseurs hésitent à s’engager. « Le temps est venu de sortir de l’ornière », insistent les développeurs. Lire l’analyse de pv magazine France sur le sujet.
Le gouvernement doit désormais arbitrer entre la contrainte budgétaire et la nécessité de soutenir une filière créatrice d’emplois et indispensable à la décarbonation du mix électrique. La prochaine échéance est la publication du calendrier des appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pour 2027. Enerplan espère que les engagements pris lors de la réunion du 24 juillet se concrétiseront dès la rentrée de septembre 2026.
Pour les professionnels, l’enjeu est double : éviter une casse sociale importante et maintenir la dynamique d’installation pour respecter les objectifs de la PPE3, qui prévoit une capacité solaire installée de 100 GW à l’horizon 2035. Actuellement, la France atteint environ 25 GW, soit un quart de la cible. Consultez les données de la CRE sur le site officiel.
La filière solaire française traverse une période charnière. Les décisions qui seront prises dans les prochains mois détermineront sa capacité à se développer et à contribuer à la souveraineté énergétique du pays. Les acteurs du secteur, réunis derrière Enerplan, appellent à une prise de conscience rapide des pouvoirs publics. Sortir de l’ornière signifie offrir une visibilité pluriannuelle, maintenir des appels d’offres dédiés et accompagner les professionnels dans les mutations du marché.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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