Le marché chinois des cellules photovoltaïques TOPCon continue d’enregistrer une baisse persistante des prix, dans un contexte marqué par une demande utilisateur atone, des achats prudents et une surcapacité de production qui ne se résorbe pas. Selon plusieurs sources du secteur, cette tendance baissière est également alimentée par une demande à l’exportation très molle : les acheteurs internationaux exigent des tarifs toujours plus compétitifs et limitent leurs commandes aux volumes strictement nécessaires.
Le dernier rapport Global Solar Markets Report publié par OPIS (Dow Jones) le 21 juillet 2026 indique que les prix FOB (franco à bord) des cellules TOPCon M10 sont tombés à 0,035 €/W, tandis que les cellules TOPCon 210R s’établissent à 0,036 €/W. Ces niveaux historiquement bas reflètent un excès d’offre structurel et une concurrence féroce entre les fabricants chinois.
En amont de la chaîne de valeur, le segment des wafers subit également des pressions similaires. La Branche de l’industrie du silicium de l’Association chinoise de l’industrie des métaux non ferreux (CNMIA) rapporte que la demande des fabricants de cellules reste faible, les incitant à n’acheter que de petits volumes pour répondre à leurs besoins immédiats de production. Du côté des producteurs de wafers, les taux d’exploitation sont restés globalement stables, maintenant une offre inchangée.
Selon la CNMIA, les deux plus grands producteurs de wafers tournent respectivement à 54 % et 56 % de leurs capacités. Les fabricants intégrés verticalement affichent des taux compris entre 58 % et 60 %, tandis que les autres producteurs oscillent entre 56 % et 78 %, des niveaux comparables à ceux de la semaine précédente. Ce maintien de l’activité, couplé à une demande en berne, entretient le déséquilibre offre-demande.
La CNMIA ajoute que la baisse continue des prix du polysilicium a affaibli le soutien des coûts pour les wafers. Combinée à des stocks élevés et à une demande en aval atone, cette situation exerce une pression persistante sur le marché. Les anticipations de nouvelles baisses de prix découragent les achats, renforçant un sentiment baissier généralisé. L’association s’attend à ce que les prix des wafers restent sous pression à court terme, ce qui limitera tout rebond éventuel des cellules.
Un facteur pourrait offrir un peu de répit aux exportateurs chinois de cellules : la demande en provenance de l’Inde. Le ministère indien des Énergies nouvelles et renouvelables (MNRE) a en effet reporté au 1er janvier 2027 l’entrée en vigueur de l’obligation relative à la liste ALMM II (Liste des modèles et fabricants approuvés) concernant les cellules fabriquées localement. Ce report s’applique aux projets en accès ouvert et à ceux bénéficiant du net metering. Les projets mis en service avant le 31 décembre 2026 pourront encore utiliser des modules fabriqués en Inde contenant des cellules importées ne figurant pas sur la liste ALMM II.
Selon un fabricant indien cité par le rapport, cette décision devrait prolonger les achats de cellules chinoises et retarder la transition vers une production locale. La demande de cellules importées pourrait ainsi se maintenir durant le second semestre 2026, offrant un soutien partiel aux exportations chinoises.
Cependant, des sources du marché tempèrent cet optimisme : la demande supplémentaire indienne ne sera pas suffisante pour compenser la faiblesse générale de la consommation mondiale et l’excès d’offre structurel. Le marché export restera donc sous pression.

À partir du 1er avril 2027, la Chine introduira une taxe sur la consommation appliquée aux cellules photovoltaïques, avec un taux initial de 2 %, qui passera à 4 % à compter du 1er avril 2028. Cette taxe s’appliquera également à la part de fabrication des cellules intégrée dans les modules finis, y compris ceux produits par des fabricants verticalement intégrés. Seules les technologies émergentes (pérovskites, tandem, arséniure de gallium) seront exemptées jusqu’au 31 décembre 2028.
Des acteurs du marché estiment que cette mesure pourrait entraîner une pression à la hausse sur les offres de cellules, car les acheteurs pourraient anticiper leurs achats pour éviter la taxe. Toutefois, des experts mettent en garde : en raison de la surcapacité persistante et des faibles marges dans toute la chaîne d’approvisionnement, les fabricants auront du mal à répercuter intégralement ce coût supplémentaire sur leurs clients.
Face à cette nouvelle taxe, certains fabricants tournés vers l’exportation pourraient envisager de transférer une plus grande partie de leur production de cellules et de modules hors de Chine. Selon des représentants du secteur, les producteurs devront comparer la charge fiscale potentielle sur les commandes passées après avril 2027 avec l’écart de coût entre une production nationale et une production à l’étranger. Cette analyse déterminera si une stratégie de délocalisation partielle est économiquement viable.
Cette tendance pourrait accélérer la création de capacités de production dans des pays comme l’Inde, le Vietnam ou la Thaïlande, déjà des hubs majeurs pour l’industrie solaire. Des informations supplémentaires sur ce sujet sont disponibles dans le rapport OPIS APAC Solar Weekly Report, qui fournit des analyses détaillées des prix et des tendances du marché.
La conjoncture actuelle du marché des cellules TOPCon chinoises illustre les défis structurels de l’industrie solaire mondiale : surcapacités chroniques, demande atone et bouleversements réglementaires. Si la demande indienne offre une bouffée d’air temporaire, la nouvelle taxe chinoise à partir de 2027 risque de redistribuer les cartes. Les fabricants devront innover dans leurs stratégies de production et de commercialisation pour survivre dans un environnement de prix bas et de marges réduites.
Pour suivre l’évolution de ces marchés, les professionnels peuvent consulter les données de OPIS, qui fournit des informations sur les prix, les fondamentaux et les analyses pour le solaire et d’autres matières premières.
Cet article est basé sur des données et analyses de sources industrielles fiables, notamment la CNMIA et OPIS, en date de juillet 2026.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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