La Commission de régulation de l’énergie (CRE), autorité administrative indépendante, a annoncé en septembre 2025 son intention de rencontrer les principales formations politiques dans les semaines suivantes. L’objectif : apporter un éclairage technique et neutre sur les grands enjeux énergétiques, alors que la campagne pour la présidentielle de 2027 s’annonce marquée par des débats vifs sur le mix électrique, les renouvelables, le nucléaire et la facture des consommateurs.
Dans son communiqué, la CRE précise vouloir « nourrir le débat démocratique » en s’appuyant sur ses travaux les plus récents, notamment ses analyses sur l’évolution des réseaux, la décarbonation du mix et les coûts du système électrique. L’institution se dit « garante du bon fonctionnement des systèmes énergétiques électriques et gaziers français » et propose une expertise « indépendante » à toutes les formations politiques qui en feraient la demande.
Cette initiative intervient dans un contexte où les positions des partis divergent fortement : certains misent sur un renforcement du parc nucléaire, d’autres sur un développement accéléré des énergies renouvelables, tandis que les questions de prix et de fiscalité énergétique restent clivantes. La CRE veut ainsi offrir une base factuelle commune pour éviter que le débat ne se réduise à des oppositions idéologiques stériles. Le site officiel de la CRE détaille ses missions et ses publications récentes.
La CRE justifie son engagement par une « phase charnière » pour la politique énergétique française. Elle cite plusieurs chantiers interdépendants : la reprise des investissements dans les réseaux électriques et gaziers, la maintenance des infrastructures existantes, l’électrification des usages (mobilité, chauffage, industrie), la poursuite de la décarbonation et la recherche d’un optimum économique.
Selon le régulateur, ces dimensions « doivent être pensées dans un même ensemble ». Par exemple, l’accélération de l’électrification des transports ou du chauffage nécessite des renforcements de réseau, qui ont un coût et un impact sur les tarifs. De même, les choix de production (nucléaire, solaire, éolien) conditionnent les besoins d’équilibrage et de flexibilité. La CRE plaide pour une vision systémique plutôt que pour des décisions sectorielles.
En février 2025, la CRE rappelait que les énergies fossiles représentaient encore 60 % du mix énergétique français (tous usages confondus), tandis que l’électricité produite en France était décarbonée à 95 % grâce au nucléaire et aux renouvelables. Le régulateur insistait alors sur la nécessité d’un « grand plan d’électrification » et sur le juste dimensionnement des investissements dans les réseaux. Un article de Connaissance des Énergies revient sur ces déclarations.
Les coûts sont également au cœur des préoccupations : la facture d’électricité des ménages et des entreprises dépend des choix d’investissement, des taxes et des tarifs réglementés. La CRE calcule chaque année le niveau des charges de service public de l’énergie (CSPE) et émet des avis sur les projets de loi de finances. Ces données pourraient nourrir les programmes des candidats.
L’énergie est un sujet politiquement sensible car elle impacte directement le pouvoir d’achat et la compétitivité industrielle. Les partis se différencient notamment sur :
La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est l’un des cadres publics qui fixe les objectifs par filière pour les dix ans à venir, mais sa révision est régulièrement retardée faute de consensus. Les associations de consommateurs et les ONG environnementales appellent à une plus grande transparence sur les coûts réels des différentes options. Le site du ministère de la Transition écologique présente les orientations de la PPE.

Dans son rapport d’activité 2024, la CRE indique avoir participé à 20 auditions parlementaires et répondu à 18 questionnaires écrits de députés et sénateurs. Elle se positionne ainsi comme une ressource d’expertise pour les élus, indépendamment de leur appartenance politique.
Céée le 24 mars 2000, la CRE régule les réseaux de transport et de distribution d’électricité et de gaz, veille au bon fonctionnement des marchés de gros et de détail, et intervient dans les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables (appels d’offres, tarifs d’achat, compléments de rémunération). Elle fixe chaque année les tarifs d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE) et de gaz (ATRT).
Au-delà de son rôle technique, la CRE revendique une mission d’éclairage du débat public. Elle publie des études, des avis et des rapports qui analysent l’impact économique des choix énergétiques. Par exemple, elle a récemment alerté sur le risque de sous-investissement dans les réseaux électriques face à l’électrification massive, et plaidé pour une meilleure coordination entre les gestionnaires de réseau (RTE, Enedis, GRDF).
Les rencontres annoncées avec les partis ne constituent pas une prise de position partisane, mais une mise à disposition d’une expertise que la CRE présente comme neutre et factuelle. Cela pourrait permettre aux candidats de fonder leurs propositions sur des données vérifiées, plutôt que sur des estimations contestées.
La CRE n’a pas fixé de date précise pour ces échanges, mais indique vouloir les organiser « dans les prochaines semaines » (à compter de septembre 2025). Elle se tient également à la disposition de toutes les formations politiques qui en feraient la demande, sans exclusive.
À l’approche de 2027, plusieurs sujets cristallisent les divergences : le financement du nouveau nucléaire (EPR2, SMR), le développement de l’éolien en mer, la sortie progressive du gaz fossile, la rénovation énergétique des bâtiments, et le partage de la valeur entre producteurs, fournisseurs et consommateurs. Le prochain gouvernement devra également intégrer les objectifs européens (Fit for 55, REPowerEU) qui imposent une réduction des émissions de CO2 de 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990.
Dans ce contexte, l’initiative de la CRE pourrait contribuer à objectiver les débats et à éviter des promesses électorales irréalistes. Reste à savoir si les partis accepteront de s’appuyer sur cette expertise technique, ou si le débat énergétique restera marqué par des postures idéologiques. Un article des Échos analyse les enjeux de cette démarche.
En tout état de cause, la CRE rappelle que ses portes sont ouvertes et que son expertise est disponible en amont de l’élection, pour que les choix des citoyens soient éclairés par des faits et non par des approximations.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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