La SNCF, l’un des plus grands consommateurs d’électricité en France, explore activement le potentiel solaire de son réseau ferroviaire. Avec 28 000 kilomètres de voies exploitées sur un total de 48 000 km, le gisement foncier est immense. L’entreprise vise la neutralité carbone d’ici 2050 et l’autoconsommation photovoltaïque pourrait couvrir une part significative de ses besoins, estimés à environ 9 TWh par an.

Un potentiel solaire ferroviaire considérable

Les emprises ferroviaires offrent un linéaire continu, souvent bien exposé au soleil et peu utilisé pour d’autres activités. Installer des panneaux solaires directement sur ou entre les voies permettrait de produire de l’électricité verte sans artificialisation supplémentaire des sols. Toutefois, l’exploitation ferroviaire impose des contraintes techniques sévères : vibrations, charges dynamiques, maintenance des voies, sécurité des circulations et résistance aux intempéries. C’est pourquoi la SNCF multiplie les tests avec des partenaires innovants.

Les partenariats technologiques au cœur des tests

Bankset Energy Group et sa solution amovible

La start-up suisse Bankset Energy Group a développé un système de panneaux solaires réversibles, montables et démontables en moins de deux minutes sans intervention lourde sur la voie. En janvier 2025, elle a installé « La Grosse Bankset beta 1 » sur un site technique de la SNCF en région parisienne. Cette station solaire hors-réseau est couplée à une batterie et peut être déplacée facilement, ce qui la rend compatible avec les besoins de maintenance et les circulations.

Bankset propose une solution « plug & play » qui ne nécessite ni fondation ni modification permanente de l’infrastructure. L’électricité produite alimente directement des équipements locaux (signalisation, éclairage, bureaux techniques) ou est stockée pour une utilisation ultérieure. Cette approche modulaire intéresse particulièrement la SNCF pour des sites isolés ou temporaires.

SunWays et les panneaux entre les rails

Autre piste prometteuse : la technologie de la jeune pousse suisse SunWays, qui installe des panneaux solaires amovibles directement entre les rails d’une voie circulée. Le projet pilote a été lancé le 24 avril 2025 à Buttes, dans le canton de Neuchâtel. Sur 100 mètres de voie, 48 panneaux de 380 Wc ont été posés, pour une puissance installée de 18 kWc. Le test doit se poursuivre jusqu’en 2028 afin d’évaluer la durabilité, la production réelle et l’impact sur l’exploitation ferroviaire.

Ce système, conçu pour être facilement retiré lors des opérations de maintenance, repose sur des supports spécifiques qui résistent aux vibrations et aux charges. La SNCF suit de près ces essais, car ils pourraient ouvrir la voie à un déploiement massif sur les lignes à faible trafic ou en zones bien ensoleillées.

Des solutions pour les lignes non circulées

En parallèle, la filiale d’ingénierie AREP a développé le prototype Solveig. Il s’agit d’une installation photovoltaïque réversible et sans fondation, conçue pour être posée sur des voies non circulées ou des emprises inactives pendant les travaux. Solveig permet d’alimenter des chantiers, des bases de maintenance ou des équipements temporaires en électricité solaire, réduisant le recours aux groupes électrogènes diesel.

Cette solution vient compléter l’offre de la SNCF pour valoriser tous les espaces ferroviaires, qu’ils soient circulés ou non. L’objectif est de disposer d’une gamme de produits adaptés à chaque type de site : voies actives, voies de service, zones de garage, talus, toitures de bâtiments techniques.

La SNCF accélère ses expérimentations de panneaux solaires sur les voies ferrées

Les défis techniques et réglementaires

Le déploiement de panneaux solaires sur le réseau ferroviaire ne se fait pas sans obstacles. Outre les contraintes mécaniques (vibrations, passages de trains, chocs thermiques), il faut garantir la sécurité électrique et prévenir tout risque d’incendie. Les modules doivent résister aux projections de ballast, aux herbes hautes et à l’encrassement. La maintenance des voies (bourrage, renouvellement de rails) ne doit pas être entravée.

Sur le plan réglementaire, l’installation de panneaux sur les emprises ferroviaires doit respecter les normes de l’Union internationale des chemins de fer (UIC) et les spécifications techniques d’interopérabilité (STI). La SNCF travaille avec les autorités de sécurité pour obtenir les homologations nécessaires avant tout déploiement commercial.

Vers un déploiement à grande échelle ?

Si les tests en cours sont concluants, la SNCF pourrait à terme équiper plusieurs centaines de kilomètres de voies de panneaux solaires. L’électricité produite serait injectée dans le réseau de traction (25 kV ou 1,5 kV) ou utilisée en autoconsommation pour les gares, les ateliers et les systèmes de signalisation. Selon une étude interne, le potentiel technique est de l’ordre de 1 GWc sur l’ensemble du réseau, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville de 700 000 habitants.

L’initiative s’inscrit dans le plan stratégique « SNCF Énergie 2030 » qui vise à réduire de 30% les émissions de CO₂ du groupe par rapport à 2015. Le solaire ferroviaire pourrait représenter une brique importante de la décarbonation, aux côtés de l’achat d’électricité renouvelable et de l’efficacité énergétique.

Pour aller plus loin :

Le chemin est encore long avant de voir les trains rouler sur des rails solaires à grande échelle, mais les premiers retours d’expérience sont encourageants. La SNCF confirme sa volonté d’innover et de transformer ses infrastructures en outils de production d’énergie renouvelable.

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