L’année 2026 marque un tournant contrasté pour le secteur électrique mondial. Selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production d’électricité à partir du charbon devrait augmenter de 1,4 % en 2026, après une stabilité relative en 2025. Cette hausse inattendue est directement liée à la flambée des prix du gaz naturel, elle-même provoquée par le blocage récurrent du détroit d’Ormuz depuis mars 2026. Ce point de passage stratégique voit transiter environ 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial. Les perturbations ont renchéri le gaz de 30 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période en 2025, poussant plusieurs économies à se tourner vers le charbon, moins cher mais plus polluant, pour assurer leur production électrique.
Les prix spot de l’électricité ont bondi de plus de 30 % sur un an dans l’Union européenne et au Japon au deuxième trimestre 2026. En revanche, les États-Unis ont vu leurs prix de gros rester stables, tandis que l’Inde n’a enregistré qu’une hausse modérée de 10 %. L’AIE souligne que la guerre au Moyen-Orient, opposant les États-Unis à l’Iran, exacerbe ces tensions d’approvisionnement. Le détroit d’Ormuz a vu transiter 112 milliards de m³ de GNL en 2025, soit près d’un cinquième du commerce mondial, principalement en provenance du Qatar et des Émirats arabes unis.
Pour en savoir plus sur les données de l’AIE, consultez leur rapport officiel sur le marché de l’électricité.
La conséquence directe de ce recours accru au charbon est une augmentation des émissions de CO₂ liées à la production d’électricité, estimée à 1 % en 2026 par l’AIE. Cette moyenne cache des disparités régionales importantes. L’Asie du Sud-Est devrait enregistrer une hausse de 6 %, tandis que l’Union européenne devrait réduire ses émissions de 5 % grâce à la progression des énergies renouvelables et à la diminution structurelle des combustibles fossiles. L’AIE anticipe toutefois une stabilisation des émissions mondiales du secteur en 2027, à condition que la croissance des renouvelables et de la production nucléaire compense l’effet du charbon.
Le phénomène El Niño, plus intense que prévu en 2026, aggrave la situation en augmentant les besoins de climatisation tout en réduisant la production hydroélectrique et éolienne dans certaines régions. Dans les pays très dépendants du GNL comme le Pakistan et le Bangladesh, le renchérissement des combustibles et les ruptures d’approvisionnement pèsent déjà lourdement sur la consommation électrique.
Malgré le rebond du charbon, les énergies renouvelables deviennent la première source mondiale de production d’électricité en 2026, selon l’AIE. Leur production devrait progresser de 8 % cette année, portant leur part dans le mix électrique mondial de 33 % en 2025 à 37 % en 2027. Le solaire photovoltaïque est le principal moteur de cette croissance : il dépasse l’éolien en 2026 pour devenir la deuxième filière renouvelable derrière l’hydroélectricité. L’AIE prévoit environ 600 TWh de production solaire supplémentaire dans le monde en 2026, un record comparable à celui de 2025.

Cette montée en puissance du solaire renforce son poids dans l’équilibre des systèmes électriques, mais elle accroît aussi les besoins en flexibilité. Les prix de gros négatifs se multiplient dans certains marchés, signalant un déficit de flexibilité technique, réglementaire ou contractuelle. Les batteries, l’effacement de consommation et les interconnexions deviennent des leviers essentiels pour intégrer cette production renouvelable variable. Découvrez comment le solaire transforme les réseaux sur le site de SolarPower Europe.
La consommation mondiale d’électricité continue de croître rapidement, tirée par l’industrie, les véhicules électriques, les usages de refroidissement et les centres de données. L’AIE prévoit une croissance de 3,6 % en 2026, puis de 3,8 % en 2027, contre 3 % en 2025. En volume, la consommation mondiale atteindrait 30 700 TWh en 2027, contre 28 600 TWh en 2025. La Chine voit sa demande croître de 5,5 % en 2026, portée par l’activité manufacturière et la recharge des véhicules électriques. L’Inde rebondit à 7 % après une année 2025 affectée par des conditions météorologiques défavorables.
Cette hausse de la demande pose un défi supplémentaire pour la transition énergétique. Les émissions de CO₂ pourraient continuer à augmenter si les nouveaux besoins ne sont pas couverts par des sources bas-carbone. Comme le note l’AIE, la stabilisation des émissions en 2027 dépendra de la capacité des renouvelables et du nucléaire à répondre à cette demande croissante. Pour une analyse approfondie des tendances de la demande, consultez le rapport de l’IRENA sur les énergies renouvelables.
Le rapport de l’AIE met en lumière un monde électrique à deux vitesses : d’un côté, le charbon profite des tensions géopolitiques et du renchérissement du gaz ; de l’autre, les renouvelables, et en particulier le solaire photovoltaïque, s’imposent comme la première source de production. La clé pour réduire les émissions réside dans le développement des infrastructures de flexibilité (batteries, smart grids, interconnexions) et dans l’accélération du déploiement des énergies propres.
Pour les investisseurs et les décideurs, 2026 est une année charnière. Le défi est de concilier sécurité d’approvisionnement, compétitivité des prix et décarbonation. Les pays qui réussiront à intégrer massivement les renouvelables tout en gérant les pics de demande et les aléas géopolitiques seront les mieux placés pour atteindre leurs objectifs climatiques. Les données de l’AIE montrent que la transition est en marche, mais qu’elle reste fragile face aux chocs exogènes.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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