À moins de deux ans de l’élection présidentielle de 2027, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a annoncé son intention d’inviter les principales formations politiques à des échanges techniques dans les prochaines semaines. L’objectif est d’« éclairer le débat énergétique » en apportant une expertise indépendante, alors que les positions sur le nucléaire, les renouvelables et la fiscalité énergétique se durcissent. Dans un communiqué publié jeudi, le régulateur affirme vouloir « nourrir le débat démocratique » en s’appuyant sur ses travaux les plus récents, sans prendre parti.
La CRE, autorité administrative indépendante créée le 24 mars 2000, rappelle qu’elle est « garante du bon fonctionnement des systèmes énergétiques électriques et gaziers français ». Elle se tient également « à la disposition de toutes les formations politiques qui le souhaitent », sans préciser de liste prioritaire ni de calendrier précis. Cette initiative intervient dans une phase qualifiée de « charnière » pour la politique énergétique française, marquée par des investissements massifs dans les réseaux, la décarbonation, l’électrification des usages et les arbitrages technologiques.
Le régulateur insiste sur la nécessité de penser ces dimensions « dans un même ensemble ». Les décisions sur les trajectoires de production, les besoins de réseau, les dispositifs de soutien public et les effets sur les factures sont interdépendantes. Les traiter séparément risquerait de déséquilibrer l’économie du système énergétique. En février 2026, la CRE indiquait que les énergies fossiles représentaient encore 60 % du mix énergétique français, tandis que l’électricité produite en France était décarbonée à 95 % grâce au nucléaire et aux renouvelables. Elle plaidait alors pour un grand plan d’électrification et un dimensionnement juste des investissements dans les réseaux.
Pour approfondir, consultez le site officiel de la Commission de régulation de l’énergie, qui publie régulièrement des données sur le mix électrique et les coûts. Vous pouvez également lire le rapport d’activité 2024 de la CRE, qui détaille ses interventions auprès du Parlement.
L’énergie occupe une place directe dans le budget des ménages et des entreprises, ce qui rend les débats sur les prix, les taxes et les aides particulièrement sensibles politiquement. Les formations politiques s’opposent frontalement sur le soutien aux énergies renouvelables, le traitement des énergies fossiles et le rôle du nucléaire dans le mix électrique. La prochaine présidentielle devrait remettre au premier plan des arbitrages engageant la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité industrielle, les finances publiques et la trajectoire climatique.
La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) constitue l’un des cadres publics de ces orientations. Pour en savoir plus sur ce sujet, le ministère de la Transition écologique propose une page dédiée à la PPE. La CRE indique avoir participé à 20 auditions auprès de l’Assemblée nationale et du Sénat en 2024, et répondu par écrit à 18 questionnaires parlementaires. Elle y présentait déjà son rôle d’expertise sur les orientations programmatiques, les marchés, les réseaux et la protection des consommateurs.
La CRE régule les réseaux et infrastructures d’électricité et de gaz, veille au bon fonctionnement des marchés et intervient dans les principaux dispositifs de soutien aux énergies renouvelables. Elle revendique aussi une mission d’éclairage du débat public sur les grands enjeux énergétiques. Cette compétence couvre des sujets techniques qui se traduisent rapidement en décisions économiques : accès aux réseaux, règles de marché, signaux tarifaires, appels d’offres renouvelables, investissements régulés et transparence des offres de fourniture.
Les rencontres annoncées avec les partis ne valent pas prise de position partisane, mais mise à disposition d’une expertise que la CRE présente comme indépendante et technique. Pour mieux comprendre le rôle de la CRE dans la régulation des marchés de l’électricité, vous pouvez consulter la page détaillant ses missions.

Au-delà du débat politique, ces échanges visent à préparer des décisions qui impacteront directement les consommateurs. Les tarifs réglementés de vente d’électricité, les mécanismes de capacité, les certificats d’économies d’énergie ou encore les aides à l’investissement dans les énergies renouvelables sont autant de leviers techniques que la CRE maîtrise. En 2024, la France a connu une hausse modérée des prix de l’électricité, mais les tensions géopolitiques et les besoins d’investissement dans les réseaux pourraient peser sur les factures à moyen terme.
Par ailleurs, le régulateur insiste régulièrement sur l’importance de la sobriété et de l’efficacité énergétique. Dans son dernier rapport, il souligne que la baisse de la consommation d’électricité en 2023 (-4% par rapport à 2022) est un signal positif, mais qu’il faut accélérer l’électrification des usages (transports, chauffage, industrie) pour réduire la part des énergies fossiles. Ces sujets seront au cœur des échanges avec les partis.
La CRE a déjà joué ce rôle d’expertise auprès des parlementaires. En 2024, elle a répondu à de nombreuses sollicitations sur des sujets comme le bouclier tarifaire, la réforme du marché européen de l’électricité ou le développement de l’éolien en mer. Les rencontres annoncées élargissent ce périmètre aux formations politiques dans leur ensemble, y compris celles qui ne sont pas représentées au Parlement. Cette démarche inédite pourrait contribuer à objectiver un débat souvent polarisé.
Pour aller plus loin sur les enjeux d’électrification, une lecture recommandée est le site de l’ADEME qui publie des données sur les scénarios de transition énergétique.
En proposant ces échanges, la CRE cherche à remettre les faits techniques et économiques au centre du débat énergétique. La présidentielle de 2027 sera un moment clé pour trancher sur des orientations qui engageront la France pour plusieurs décennies. La disponibilité d’une expertise indépendante, comme celle de la CRE, peut aider à éclairer les choix des citoyens et des décideurs. Reste à savoir si les partis sauront saisir cette main tendue pour dépasser les clivages idéologiques.
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Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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