L’agrivoltaïsme connaît un essor remarquable en France, et le Languedoc illustre parfaitement cette tendance avec un projet emblématique porté par Sun’Agri. Implantée sur la commune de Puisserguier dans l’Hérault, cette installation couvre 3,2 hectares, dont 2,5 hectares équipés de persiennes agrivoltaïques. Les cépages choisis – le Caladoc et le Grenache noir – sont particulièrement adaptés aux conditions méditerranéennes, mais aussi vulnérables aux aléas climatiques. La structure, haute de 4,6 mètres, permet de préserver l’activité viticole tout en produisant une énergie renouvelable significative.
Ce dispositif innovant repose sur des panneaux solaires orientables qui s’ajustent en fonction des besoins de la vigne : ils s’ouvrent pour laisser passer la lumière et la pluie, ou se ferment pour protéger les grappes du soleil brûlant ou des gelées tardives. Cette technologie, développée par Sun’Agri, vise à concilier production agricole et production photovoltaïque sur une même parcelle, sans compromettre le rendement ni la qualité du raisin.
Avec une puissance crête de 2,05 MWc, cette centrale agrivoltaïque produit l’équivalent de la consommation électrique de plus de 1 550 foyers (hors chauffage). Elle injecte l’électricité verte dans le réseau local, contribuant ainsi à la transition énergétique du territoire. Les persiennes sont pilotées par un système intelligent qui analyse en temps réel les données météorologiques et agronomiques.
Le projet représente un investissement total de 2,8 millions d’euros, porté par le fonds Râcines, une plateforme d’investissement dédiée au financement de projets agrivoltaïques, gérée par Rgreen Invest. Lauréat de l’appel d’offres innovation de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) en mars 2024, ce projet bénéficie d’un tarif d’achat préférentiel qui sécurise son financement sur 20 ans. Ce type de dispositif incitatif favorise le déploiement de solutions agrivoltaïques innovantes sur le territoire français.
Le suivi agronomique est confié à la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Des stations météorologiques mesurent en continu la température, l’humidité relative, le rayonnement solaire global, la pluviométrie et la vitesse du vent. Des tensiomètres installés dans le sol à différentes profondeurs suivent le potentiel hydrique, permettant d’optimiser l’irrigation. Les mêmes capteurs sont déployés sur une zone témoin non équipée (0,77 ha), afin de comparer les performances agronomiques entre la parcelle protégée et la parcelle standard.
Cette approche scientifique donne aux viticulteurs des données objectives pour ajuster les pratiques culturales. Par exemple, en période de canicule, l’ombrage des persiennes réduit le stress hydrique des ceps, ce qui se traduit par une meilleure qualité des baies et une moindre sensibilité aux maladies.
Selon Sun’Agri, le système de persiennes agrivoltaïques offre une protection climatique remarquable : jusqu’à -5°C dans l’air et -10°C au niveau des feuilles lors des épisodes de gel. En été, la réduction du rayonnement direct abaisse la température des grappes, limitant les risques d’échaudage. L’ombrage modéré permet également une économie d’eau d’irrigation pouvant atteindre 30 %, un atout majeur dans une région où les ressources en eau sont de plus en plus contraintes.

Ces résultats s’inscrivent dans une tendance plus large : plusieurs études menées en France et à l’étranger montrent que l’agrivoltaïsme peut améliorer la résilience des vignobles face au changement climatique, tout en maintenant des rendements proches de la normale. Le projet de Puisserguier servira de référence pour la filière viticole languedocienne.
L’agrivoltaïsme n’est pas seulement une réponse aux défis climatiques ; il constitue également une source de revenus complémentaire pour les agriculteurs, via la vente d’électricité et la valorisation du foncier. Pour les viticulteurs de l’Hérault, ce projet pilote démontre qu’il est possible de moderniser les exploitations sans renoncer à la production de vin de qualité. Le choix des cépages Caladoc et Grenache noir n’est pas anodin : ce sont des variétés traditionnellement cultivées dans le sud de la France, mais qui pourraient souffrir de l’augmentation des températures. La protection agrivoltaïque pourrait ainsi contribuer à leur maintien dans les zones les plus chaudes.
D’autres régions suivent de près cette expérimentation. En Nouvelle-Aquitaine ou en Provence, des projets similaires voient le jour, adaptés à d’autres cultures (arboriculture, maraîchage). Le savoir-faire de Sun’Agri se diffuse progressivement, grâce à des partenariats avec des instituts de recherche comme l’INRAE ou des chambres d’agriculture. L’objectif à terme est de déployer l’agrivoltaïsme sur plusieurs milliers d’hectares en France, conformément aux objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
Au-delà de l’aspect technique, ce projet illustre la capacité des acteurs locaux à innover pour répondre aux enjeux environnementaux et économiques. Il bénéficie d’un soutien fort de la région Occitanie et de l’Union européenne, via des fonds pour la transition écologique.
Le centre agrivoltaïque de Puisserguier, avec sa puissance de 2 MWc et ses 2,5 hectares sous persiennes, représente une avancée concrète vers une viticulture plus durable. En conjuguant production d’énergie renouvelable, protection climatique et optimisation de l’irrigation, il offre une réponse pragmatique aux défis du changement climatique dans le sud de la France. Les données recueillies par la Chambre d’agriculture de l’Hérault permettront d’affiner les modèles et de reproduire ce succès ailleurs. Pour les viticulteurs, c’est une opportunité de pérenniser leur activité tout en contribuant à la transition énergétique du pays.
Pour en savoir plus, consultez les travaux de l’INRAE sur l’agrivoltaïsme ou les publications de la CRE sur les appels d’offres innovation.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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