Le gouvernement du Québec a dévoilé son Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) couvrant la période 2026-2050. Ce document fixe une vision à long terme pour garantir la sécurité énergétique de la province, maintenir des tarifs compétitifs pour les consommateurs et soutenir une croissance économique sobre en carbone, en accord avec les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La feuille de route se veut pragmatique et révisable, mais elle pose des jalons clairs pour les 25 prochaines années.
L’objectif central est d’ajouter 150 TWh d’approvisionnements en énergie renouvelable d’ici 2050. Cette cible pourra être ajustée en fonction de l’évolution technologique, des marchés et des besoins énergétiques, mais elle s’inscrit dans la continuité du Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec. Le PGIRE prévoit une baisse de la consommation totale d’énergie de 496 TWh (2022) à 470 TWh en 2050, soit une réduction de 5% obtenue grâce à l’efficacité énergétique et à l’électrification des usages. En parallèle, la demande finale d’électricité devrait bondir de 40%, passant d’environ 200 TWh aujourd’hui à 281 TWh en 2050.
Pour atteindre ces cibles, le Québec prévoit un effort d’investissement cumulé de 87 milliards de dollars canadiens (environ 59 milliards d’euros) sur 25 ans. Ces fonds seront alloués à la fois aux grandes infrastructures de production centralisée et aux projets décentralisés. Le plan distingue deux axes principaux : d’une part, le développement de grandes centrales pour l’approvisionnement de base ; d’autre part, la multiplication des systèmes de production régionale et locale.
L’hydroélectricité reste le pilier du mix québécois. Le PGIRE prévoit la construction de nouveaux complexes hydroélectriques pour une puissance installée supplémentaire de 8 à 12 GW d’ici 2050. L’éolien suit, avec un objectif de 21 à 25 GW, malgré les oppositions locales que suscitent parfois les parcs. Le plan insiste sur l’accompagnement de ces installations par des solutions de stockage (batteries, STEP). Enfin, les centrales thermiques au biogaz viendront compléter l’offre pour les pointes de consommation, avec une orientation vers des gaz renouvelables issus de la méthanisation.
Dans la catégorie des énergies décentralisées, le solaire photovoltaïque occupe une place de choix. Le rapport prévoit un déploiement massif sur les toitures et les parkings pour l’autoconsommation individuelle et collective. Mais la nouveauté réside dans l’ambition pour les centrales au sol à grande échelle : 1 à 3 GW en 2040, et jusqu’à 5 GW en 2050. C’est une première pour le Québec, qui dispose d’un gisement solaire sous-estimé. Avec des niveaux d’irradiation comparables à ceux de l’Allemagne, la province pourrait largement développer le photovoltaïque, d’autant que ses coûts ont chuté de plus de 80% en dix ans.
Selon Ressources naturelles Canada, le potentiel technique du solaire PV au Québec est considérable, même en tenant compte des saisons. Le PGIRE reconnaît ce potentiel et mise sur une combinaison de panneaux sur bâtiments et de fermes solaires pour diversifier le mix et réduire la dépendance à une seule source.
Pour acheminer cette électricité renouvelable, le réseau de transport doit être renforcé. Le plan prévoit 1 000 kilomètres de nouvelles lignes et cinq nouveaux postes de transformation. Hydro-Québec devra également investir dans les interconnexions avec les provinces voisines (Ontario, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse) et les États-Unis (New York, Nouvelle-Angleterre). Ces liaisons permettront d’importer de l’électricité en période de pointe et d’exporter les surplus de production renouvelable, améliorant ainsi la sécurité d’approvisionnement et la rentabilité des investissements.

Ces interconnexions sont cruciales pour équilibrer le réseau, car la production éolienne et solaire est intermittente. Le PGIRE prévoit que le stockage (batteries, hydro-pompage) viendra compléter le système, mais les échanges avec les marchés voisins offrent une flexibilité supplémentaire.
La place accordée au solaire photovoltaïque dans le PGIRE marque un tournant. Jusqu’à présent, le Québec était surtout connu pour son hydroélectricité abondante et peu chère. Mais face à la croissance de la demande (électrification des transports, industrie, hydrogène vert), la diversification est devenue indispensable. Le solaire présente plusieurs avantages : modularité, rapidité de déploiement, acceptabilité sociale relative. De plus, il peut être installé sur des friches industrielles, des toits de supermarchés ou des parkings, sans conflit d’usage avec l’agriculture.
Des acteurs comme Énergie Solaire Canada estiment que le marché québécois pourrait atteindre 1 GW par an d’ici 2030 si les politiques d’incitation se concrétisent. Le PGIRE n’annonce pas de nouveaux tarifs de rachat, mais il ouvre la voie à des appels d’offres pour des centrales au sol de grande envergure, ce qui devrait attirer les investisseurs.
La feuille de route énergétique du Québec 2026-2050 fixe un cap clair : doubler la production d’électricité renouvelable en 25 ans, tout en réduisant la consommation globale. Le solaire photovoltaïque, bien que modeste en proportion, y gagne ses lettres de noblesse avec des objectifs chiffrés pour la première fois. Reste à voir comment les collectivités locales et les citoyens accueilleront les projets éoliens et les grandes centrales solaires, et si les investissements nécessaires seront réalisés dans les délais.
Pour les professionnels du photovoltaïque, cette annonce est une opportunité historique. Le Québec rejoint ainsi la tendance nord-américaine de forte croissance du solaire, après l’Ontario, la Californie et le Texas. La prochaine décennie sera cruciale pour transformer ces intentions en mégawatts installés.
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Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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