La société d’investissement française Eurazeo a annoncé la clôture de son cinquième fonds secondaire, avec une levée totale de 2,3 milliards d’euros. Ce montant dépasse de 300 millions d’euros l’objectif initial de 2 milliards, témoignant de l’appétit des investisseurs pour les actifs d’infrastructure déjà opérationnels. Le véhicule est déjà investi à près de 50% à travers 22 transactions, principalement dans des participations existantes et des actifs matures, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables, des télécommunications et des transports.
Ce fonds s’inscrit dans une stratégie de marché secondaire, qui consiste à racheter des parts dans des projets déjà en fonctionnement plutôt que de financer des constructions neuves. Pour le solaire photovoltaïque, cette approche permet de fluidifier les cessions de centrales déjà raccordées au réseau, offrant aux développeurs et aux premiers investisseurs des options de sortie claires et rapides.
Les actifs ciblés par Eurazeo présentent des profils de revenus plus prévisibles : ils sont souvent lauréats d’appels d’offres, bénéficient de contrats d’achat d’électricité (PPA) de long terme ou sont adossés à des dispositifs de soutien public. Pour les producteurs d’électricité solaire, la présence d’un acteur comme Eurazeo sur le marché secondaire facilite la rotation des portefeuilles et libère du capital pour financer de nouveaux projets.
Cependant, il est important de souligner que ce type de financement ne se traduit pas directement par la construction de nouvelles centrales photovoltaïques. L’enjeu pour le solaire en France reste avant tout le développement de nouvelles capacités, alors que le pays vise 40 GW de puissance installée d’ici 2030 selon la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Le marché secondaire permet certes de recycler les capitaux, mais il ne remplace pas les investissements nécessaires dans les phases de développement et de construction.
Selon une étude de Preqin, le volume des transactions secondaires dans les infrastructures a atteint un record de 18 milliards de dollars en 2023, porté par la recherche de rendements stables dans un contexte de taux d’intérêt élevés. Eurazeo, déjà présent dans le renouvelable via ses fonds historiques, renforce sa capacité à capter ces flux. L’entreprise investit principalement en Europe, avec une attention particulière pour la France, l’Allemagne et les pays nordiques.
Sur le plan opérationnel, la société privilégie des actifs bénéficiant de contrats régulés ou de PPA indexés sur l’inflation, ce qui correspond aux caractéristiques des centrales solaires au sol et des parcs éoliens terrestres. Eurazeo s’intéresse aussi aux projets de stockage par batterie, souvent couplés aux installations solaires pour lisser la production.

Pour les développeurs français, la présence d’un fonds secondaire comme celui d’Eurazeo peut représenter une opportunité de céder des actifs matures à un prix attractif, tout en réinvestissant le produit de la vente dans de nouveaux projets. Des sociétés comme Photovoltaïque.info ou l’Association des professionnels du solaire (INES) soulignent néanmoins que les besoins de financement pour les nouvelles centrales restent importants, et que les fonds secondaires ne sont qu’un maillon de la chaîne de valeur.
Eurazeo, de son côté, affirme vouloir maintenir un dialogue étroit avec les opérateurs de centrales existantes, en proposant des solutions de financement sur mesure. Avec 2,3 milliards d’euros sous gestion, la société dispose d’une marge de manœuvre significative pour conclure des acquisitions d’envergure dans les mois à venir, sans pour autant résoudre le défi du financement du nouveau solaire.
En conclusion, si ce fonds secondaire ne finance pas directement la construction de nouvelles centrales, il joue un rôle clé dans la liquidité du marché et la rotation des portefeuilles. Les acteurs du secteur solaire doivent donc envisager cette levée de fonds comme un signal positif pour la maturité du marché, mais ne pas en attendre une accélération immédiate des mises en service de nouveaux parcs.
Sources : Communiqué d’Eurazeo, PV Magazine France.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.
Saisissez le code reçu par SMS :
Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.