Le paysage énergétique français vient de franchir une nouvelle étape avec la finalisation de la cession du projet solaire flottant de Vougon, situé sur la commune de Saint-Georges-de-Poisieux dans le département du Cher. Porté initialement par le développeur Energiter, accompagné de son fonds Impax Asset Management, le projet a été acquis par Urbasolar, acteur majeur du solaire en France. Cette transaction illustre la maturité croissante du marché des centrales photovoltaïques flottantes, une technologie encore émergente mais promise à un bel avenir.
Implantée sur une ancienne carrière réhabilitée de 13 hectares, la centrale affiche une puissance de 4,94 MWc (mégawatt-crête) et bénéficie du statut « ready-to-build » (prêt à construire). Elle est la première installation solaire flottante autorisée dans le Cher, une innovation qui valorise des terrains artificialisés tout en produisant une électricité locale et décarbonée. Le projet a obtenu un tarif d’achat attractif dans le cadre des appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), valable 20 ans, ainsi que toutes les autorisations administratives nécessaires et un raccordement sécurisé au réseau.
La centrale de Vougon s’inscrit directement dans la trajectoire du Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) du Centre-Val de Loire. Ce schéma ambitieux vise à couvrir 100 % des besoins énergétiques de la région par des énergies renouvelables d’ici 2050, en misant sur une production décentralisée au plus près des consommateurs. Avec une production annuelle estimée à 5 678 MWh, l’installation pourra alimenter l’équivalent de 2 500 foyers (hors chauffage), contribuant ainsi significativement à l’indépendance énergétique locale.
Le projet bénéficie également d’un bail signé avec la Communauté de communes Berry Grand Sud, ce qui renforce son ancrage territorial. Cette collaboration public-privé est un modèle répliquable pour d’autres collectivités souhaitant valoriser d’anciens sites industriels ou des plans d’eau dégradés.
Le photovoltaïque flottant présente plusieurs avantages par rapport au solaire au sol. D’abord, il ne consomme pas de foncier agricole ou naturel, ce qui réduit les conflits d’usage. Ensuite, l’effet de refroidissement de l’eau améliore le rendement des panneaux (jusqu’à 10 % supplémentaires par rapport à une installation terrestre dans des conditions similaires). Enfin, il limite l’évaporation des plans d’eau et peut contribuer à la préservation de la ressource hydrique.
Selon une étude récente de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le potentiel mondial du solaire flottant dépasse les 400 GW, et la France dispose d’un gisement conséquent grâce à ses nombreux lacs, retenues d’eau et carrières inondées. Le projet de Vougon, construit sur une ancienne carrière, illustre parfaitement cette synergie entre réhabilitation environnementale et production énergétique.
Energiter, avec le soutien d’Impax Asset Management, a mené de front les phases de conception, d’obtention des autorisations et de sécurisation du financement jusqu’au stade RTB. Cette expertise est cruciale dans un contexte où les appels d’offres CRE ont connu des ralentissements, rendant rares les projets prêts à construire sur le marché français. « Le succès de cette transaction avec Urbasolar illustre l’expertise que nous mettons au service de chacun de nos projets, de leur conception jusqu’à l’obtention des autorisations », a déclaré Björn Mummenthey, Directeur Général d’Energiter.
Le processus de cession a été accompagné par le cabinet Envinergy, spécialisé dans les transactions d’actifs renouvelables. Thomas Lefevre, Transaction Manager chez Envinergy, a souligné « l’attractivité des projets solaires prêts à construire bénéficiant de fondamentaux solides » dans un marché concurrentiel.
Urbasolar, filiale du groupe québécois Boralex, est l’un des leaders français du photovoltaïque avec une forte expérience dans les installations flottantes. Le groupe dispose notamment d’un parc de centrales flottantes opérationnelles, comme celle de Piolenc (Vaucluse) ou de Sainte-Soline (Deux-Sèvres). Cette expertise lui permet d’assurer une exécution rapide et optimale du chantier.

Le démarrage des travaux est prévu dans les prochains mois pour une mise en service au premier trimestre 2027, comme l’a confirmé Antoine Millioud, Président d’Urbasolar : « Cette centrale flottante illustre la capacité du photovoltaïque innovant à valoriser des sites réhabilités tout en produisant de l’électricité locale, fiable et décarbonée. Nous engagerons rapidement la phase de construction pour respecter le calendrier. »
L’entreprise prévoit d’utiliser des technologies d’ancrage adaptées aux conditions spécifiques de l’ancienne carrière, garantissant la sécurité et la durabilité de l’installation sur 30 ans, durée de vie attendue des panneaux et des flotteurs.
Cette cession intervient dans un contexte où la France cherche à accélérer le déploiement des énergies renouvelables pour atteindre ses objectifs climatiques. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit une forte augmentation de la capacité solaire installée, passant de 14 GW fin 2022 à 35-44 GW en 2028. Le solaire flottant, bien que représentant encore une part modeste (environ 300 MW installés en France fin 2024), est amené à jouer un rôle croissant, notamment sur les plans d’eau artificiels.
Le projet de Vougon est donc emblématique à plus d’un titre : il démontre la viabilité économique et technique du photovoltaïque flottant sur des friches, il prouve l’intérêt des grands groupes pour ce segment, et il montre le savoir-faire des développeurs français à créer de la valeur ajoutée grâce à une approche intégrée. Pour en savoir plus sur les perspectives du solaire flottant en France, consultez l’analyse de PV Magazine France.
Au-delà de la production d’électricité, le projet générera des retombées économiques pour le territoire : création d’emplois locaux pendant la phase de construction (environ 20 équivalents temps plein), recettes fiscales pour la commune et la communauté de communes (impôts locaux, redevance), et valorisation d’un site auparavant dégradé. La centrale flottante permettra également de limiter l’évaporation de la nappe d’eau et de maintenir un habitat favorable à la biodiversité aquatique, sous réserve d’une conception respectueuse des écosystèmes.
Le choix de l’emplacement sur une ancienne carrière évite l’artificialisation de terres agricoles et s’inscrit dans une logique d’économie circulaire. Des études d’impact environnemental ont été menées et valident la compatibilité du projet avec les enjeux de protection des oiseaux et des poissons.
La cession du projet solaire flottant de Vougon entre Energiter et Urbasolar est bien plus qu’une simple transaction commerciale. Elle incarne une nouvelle génération de projets photovoltaïques, innovants, respectueux de l’environnement et créateurs de valeur pour les collectivités locales. En valorisant un site pollué, en sécurisant un tarif d’achat pérenne et en s’appuyant sur l’expertise d’un constructeur reconnu, ce projet pave la voie à d’autres initiatives similaires dans le Cher, en Centre-Val de Loire et partout en France.
La mise en service en 2027 marquera un jalon important pour l’atteinte des objectifs régionaux et nationaux de décarbonation. Les acteurs du secteur renouvelable suivront avec attention les prochaines étapes, espérant que ce modèle puisse être reproduit à grande échelle.

Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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