Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie, était l’invitée d’honneur du Conseil d’administration et de l’Assemblée générale du Syndicat des énergies renouvelables (SER), en juillet 2026. La filière solaire, qui attendait des signaux clairs sur les prochains appels d’offres (AO), espérait des annonces rassurantes. Mais les propos de la ministre ont suscité une vive déception, au point que plusieurs responsables parlent désormais d’une « éclipse solaire » pour les deux années à venir.
Alors que les professionnels du solaire réclament un calendrier prévisible pour soutenir le développement des installations photovoltaïques, Maud Bregeon n’a confirmé qu’un seul appel d’offres dit « neutre » pour l’année 2026. Un AO neutre signifie qu’il n’est pas spécifiquement réservé au solaire, mais ouvert à plusieurs technologies renouvelables, ce qui réduit la visibilité pour les acteurs du PV.
Le SER se félicite que ce nouvel AO intègre désormais les installations hybrides (photovoltaïque avec stockage), une avancée technique importante. Cependant, le volume et les conditions de cet appel restent flous. Pour 2027, le discours est encore plus imprécis : la ministre évoque un « super neutre » sans préciser comment le solaire sera traité. Cette absence de cadre suscite l’inquiétude, d’autant que l’année 2027 sera marquée par l’élection présidentielle, période traditionnellement peu propice au lancement de nouveaux appels d’offres.
Pour en savoir plus sur les positions du SER, consultez leur site officiel : Syndicat des énergies renouvelables.
Jules Nyssen, président du SER, a exprimé sa déception sur LinkedIn tout en saluant l’ouverture au dialogue de la ministre. Il déclare : « Pour 2026, il n’y aura qu’un AO neutre, même si nous nous félicitons qu’il intègre à présent des installations hybrides. Et pour 2027, ça reste très flou. Il n’est pas possible de se satisfaire de cette situation sachant qu’en toutes hypothèses politiques, l’année 2027 sera peu propice au lancement de nouveaux AO à partir du printemps. Il faut pouvoir anticiper cette situation. »
À la veille de l’Assemblée générale d’Enerplan, le syndicat des professionnels du solaire, les déclarations de la ministre sont perçues comme un coup dur. Laetitia Brottier, vice-présidente d’Enerplan, s’emporte : « C’est une catastrophe notamment pour tous les projets à taille humaine, s’il ne restait plus que des AO neutres à programmer d’ici à la présidentielle. J’espère que c’est un malentendu et qu’on surinterprète les propos de la ministre. »
André Joffre, vice-président émérite d’Enerplan, renchérit : « Que va-t-on dire à nos adhérents ? L’éclipse solaire, c’est le 12 août 2026… pas pour les deux prochaines années ! Sans l’ombre d’un doute. » Ces réactions illustrent le désarroi de toute une filière qui craint un arrêt brutal des investissements.
Pour suivre les actualités d’Enerplan : Enerplan – Syndicat des professionnels de l’énergie solaire.
L’élection présidentielle de 2027 fragilise encore davantage la planification énergétique. Traditionnellement, les gouvernements sortants évitent de lancer de grands appels d’offres en période pré-électorale, ce qui crée un trou d’air pour le photovoltaïque. Or, la France a besoin d’accélérer le déploiement du solaire pour atteindre ses objectifs de neutralité carbone en 2050 et faire face à la demande croissante d’électricité décarbonée. Selon le dernier rapport du ministère de la Transition énergétique, la puissance photovoltaïque installée doit atteindre 45 GW en 2030, contre environ 20 GW fin 2025. Un ralentissement des appels d’offres compromet cette trajectoire.

Face à ce flou, les professionnels appellent à un signal fort de l’État. Plusieurs pistes sont évoquées :
L’intégration du stockage dans les AO hybrides est un premier pas, mais insuffisant selon les acteurs. Le SER et Enerplan demandent une réunion d’urgence avec le cabinet de la ministre pour clarifier le calendrier 2027-2028.
Retrouvez les dernières données sur la filière solaire sur le site du ministère : Ministère de la Transition écologique – Énergies renouvelables.
Les projets photovoltaïques nécessitent des cycles d’investissement longs. Sans visibilité sur les appels d’offres à venir, les entreprises hésitent à embaucher et à investir dans de nouvelles capacités. Certains fabricants de panneaux et installateurs craignent une baisse d’activité dès 2026. La filière employait près de 85 000 personnes en France en 2025 ; une stagnation des AO pourrait entraîner des suppressions de postes.
L’ajout du stockage dans les appels d’offres neutres est une bonne nouvelle, car il permet de lisser la production photovoltaïque et d’améliorer la stabilité du réseau. Cependant, le coût des batteries reste élevé, et des mécanismes de soutien spécifiques sont nécessaires pour rendre les projets rentables à grande échelle. La filière demande des tarifs de rachat avantageux pour l’électricité stockée.
Les annonces de Maud Bregeon ont créé un électrochoc dans le secteur solaire. Si la ministre semble ouverte au dialogue, les professionnels attendent des actes concrets avant l’automne 2026. Sans un engagement clair sur des appels d’offres dédiés et un calendrier pluriannuel, la France risque de prendre du retard dans la course à l’énergie solaire en Europe. L’éclipse évoquée par André Joffre pourrait bien être évitée si les pouvoirs publics réagissent rapidement. Mais pour l’instant, la filière reste dans l’ombre de l’incertitude.
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Aurélien Chapuis est diplômé du Master Management et Gestion de l’Énergie de l’ESCP Business School. Expert en stratégie photovoltaïque et business developer pour PV Solaire Énergie depuis 2019, il accompagne les professionnels du secteur dans leur croissance et vulgarise les enjeux de la transition énergétique pour le grand public.
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