Creil accueille la deuxième plus grande centrale solaire de France : 202 MWc et 147 hectares dédiés au photovoltaïque

Un projet d’envergure nationale sur une friche militaire

Le 15 juin 2023, la centrale solaire de Creil (Oise) a été officiellement inaugurée, devenant ainsi la deuxième plus grande installation photovoltaïque de France, après celle de Cestas (Gironde) qui affiche 300 MWc. Avec une puissance installée de 202 MWc, ce parc s’étend sur 147 hectares d’une ancienne base aérienne militaire, offrant un cas d’école de reconversion de foncier dégradé en un outil de production d’énergie renouvelable. La centrale produit en moyenne 202 GWh par an, ce qui équivaut à la consommation électrique annuelle de 85 000 personnes (hors chauffage électrique), soit l’équivalent d’une ville comme Beauvais. Cette réalisation s’inscrit dans le cadre du plan « Place au Soleil », lancé en 2018 par le ministère des Armées pour valoriser les emprises militaires inutilisées par des projets solaires. Le ministère des Armées a ainsi identifié plusieurs sites propices au déploiement de grandes centrales photovoltaïques, dans une logique de souveraineté énergétique et de transition écologique.

Une installation technique de pointe et un chantier colossal

Le parc solaire de Creil est équipé de 331 830 panneaux photovoltaïques fournis par le fabricant chinois Jinko Solar, reconnu pour la fiabilité de ses modules. L’onduleur central est assuré par l’allemand SMA Solar Technology, avec 246 unités déployées. L’infrastructure de raccordement comprend 34 postes de transformation et 11 points de livraison, permettant d’injecter l’électricité produite sur le réseau national. Le chantier a mobilisé près de 300 personnes et 11 entreprises pendant plusieurs mois, essentiellement pour faire face aux défis géotechniques : le site présentait une mosaïque de sols — tarmac d’anciennes pistes, dalles en béton, terrains naturels — exigeant des fondations adaptées pour chaque zone. Plus de 75 % des investissements ont bénéficié à des fournisseurs et prestataires européens, dont plus de la moitié à des acteurs français, à l’image du constructeur Omexon (filiale de Vinci Energies). Ce chantier a également nécessité un important travail de sécurisation pyrotechnique, le terrain ayant été utilisé par l’armée pendant des décennies et comportant des risques de munitions non explosées de la Seconde Guerre mondiale. Une dépollution minutieuse a été menée, tout en préservant certains vestiges historiques du site, comme l’ancien dépôt d’armement, les antennes de radionavigation aérienne et la soute à carburant.

Un financement mêlant capitaux bancaires et épargne citoyenne

L’investissement total de la centrale de Creil s’élève à 150 millions d’euros. Sur cette somme, 130 millions ont été apportés par un consortium de six banques françaises, dont la Caisse d’Épargne CEPAC et Bpifrance. Le reste, soit plus de 3 millions d’euros, a été levé via une offre de financement participatif auprès de plus de 400 particuliers, majoritairement habitants de l’Oise et des départements voisins. Cette dimension citoyenne a permis d’associer la population locale au projet et de favoriser l’acceptabilité sociale d’une infrastructure de grande échelle. Pour les collectivités locales, les retombées financières sont significatives : plus de 600 000 euros par an seront versés sous forme de taxes et de contributions (CFE, IFER, TFPB), ce qui représente une manne non négligeable pour les communes et l’intercommunalité. Ce modèle de financement mixte, associant banques publiques, fonds privés et épargne citoyenne, est de plus en plus fréquent dans les grands parcs solaires français, comme l’illustre également le projet de PV Magazine France sur les parcs participatifs.

Une contribution majeure aux objectifs énergétiques nationaux

Avec une production annuelle de 202 GWh, la centrale de Creil permet d’éviter l’émission d’environ 9 000 tonnes de CO₂ par an par rapport à une production équivalente à partir de gaz naturel (selon le mix électrique français). Ce projet s’inscrit dans la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) qui vise à porter la part du solaire photovoltaïque à 35-44 GW installés d’ici 2028. À l’échelle nationale, le parc solaire de Creil représente environ 1 % de l’objectif de puissance photovoltaïque additionnelle à atteindre d’ici 2028. Il démontre aussi le potentiel des friches militaires : le ministère des Armées a identifié plusieurs centaines d’hectares de foncier potentiellement disponibles pour des projets renouvelables sur l’ensemble du territoire. Au-delà de l’énergie, ce projet illustre une reconversion réussie d’un site pollué en un espace productif et durable, alliant préservation du patrimoine, dépollution et production d’électricité verte.

Creil accueille la deuxième plus grande centrale solaire de France : 202 MWc et 147 hectares dédiés au photovoltaïque

Les retombées pour le territoire et l’avenir du photovoltaïque dans l’Oise

La centrale de Creil constitue un atout économique pour le département de l’Oise, tant par les taxes versées aux collectivités que par l’emploi local généré pendant la construction (avec une préférence pour des entreprises régionales). Pendant l’exploitation (prévue pour une durée d’au moins 30 ans), une équipe de maintenance résidente assurera le suivi des installations, créant des emplois pérennes. Le site est également ouvert à des visites pédagogiques pour les écoles et le grand public, afin de sensibiliser aux énergies renouvelables. Cette initiative s’ajoute à d’autres projets solaires dans la région Hauts-de-France, qui connaît un fort développement photovoltaïque, porté par l’ensoleillement correct et les friches industrielles et militaires. L’exemple de Creil pourrait inspirer d’autres collectivités et promoteurs à valoriser des terrains difficiles, tout en associant les citoyens à la transition énergétique. Comme le souligne le ministère de la Transition écologique, la réussite de tels projets repose sur une planification territoriale minutieuse et une acceptation locale forte.

En conclusion, le parc solaire de Creil est bien plus qu’une simple installation électrique : c’est un symbole de reconversion intelligente du patrimoine militaire, un levier financier pour les territoires et un maillon essentiel de la stratégie bas-carbone de la France. Avec 202 MWc, il démontre que le solaire à grande échelle est viable techniquement et économiquement, même sur des terrains complexes. Le modèle de financement participatif et l’implication des acteurs locaux constituent une recette gagnante pour les futurs grands parcs photovoltaïques de l’Hexagone.

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