Une avancée majeure pour l’énergie citoyenne à Paris

La capitale française franchit une nouvelle étape dans sa transition énergétique. Enercitif, coopérative spécialisée dans les énergies renouvelables citoyennes, a annoncé la mise en service des deux premières centrales solaires du programme « Energieculteurs ». Ces installations, d’une puissance respective de 21 kWc et 113 kWc, ont été déployées sur les toits de l’école Jongkind (15e arrondissement) et du collège Pierre Mendès-France (20e arrondissement). C’est une première pour Paris, qui associe directement les habitants à la production d’électricité solaire.

Les deux premières centrales photovoltaïques citoyennes en détail

La première installation, sur l’école Jongkind, développe 21 kWc. Elle permet de couvrir une partie des besoins électriques de l’établissement scolaire. La seconde, sur le collège Pierre Mendès-France, atteint 113 kWc, une puissance plus importante qui alimente non seulement le collège mais aussi plusieurs bâtiments municipaux voisins. Ensemble, ces deux centrales devraient produire environ 130 MWh par an. Pour donner un ordre de grandeur, cette production équivaut à la consommation annuelle d’environ 40 foyers parisiens (hors chauffage). Les porteurs du projet n’ont pas communiqué le pourcentage exact de couverture des bâtiments concernés, mais l’objectif est d’optimiser l’autoconsommation collective.

Les panneaux solaires installés sont de dernière génération, avec un rendement supérieur à 21 %. Ils ont été fournis par des fabricants européens, en cohérence avec les critères d’achat responsable de la Ville de Paris. Les travaux de pose ont été réalisés par des entreprises franciliennes, soutenant ainsi l’économie locale. Ces installations sont intégrées dans un système d’autoconsommation collective, ce qui signifie que l’électricité produite est consommée en priorité sur place, réduisant les pertes liées au transport.

Un modèle d’autoconsommation collective innovant

L’originalité du projet réside dans son fonctionnement en autoconsommation collective. Concrètement, l’électricité produite par les panneaux solaires est d’abord utilisée par les bâtiments directement connectés (école, collège, équipements municipaux). Le surplus est injecté dans le réseau, mais la priorité est donnée à la consommation locale. Ce modèle permet de réduire la facture énergétique des collectivités et de stabiliser le coût de l’électricité sur le long terme. Il s’inscrit dans la stratégie de la Ville de Paris qui vise à multiplier les projets d’énergie renouvelable de proximité.

Selon les données de l’ADEME, l’autoconsommation collective présente plusieurs avantages : diminution des pertes réseau, meilleure maîtrise de la demande, et sensibilisation des citoyens à leur consommation d’énergie. Les écoles et collèges participants peuvent également intégrer cet outil pédagogique dans leurs programmes, pour éduquer les élèves aux énergies renouvelables.

Le partenariat public-citoyen : un financement participatif

Ce projet illustre un financement innovant mêlant acteurs publics et citoyens. La Ville de Paris a lancé un appel d’offres en janvier 2023 pour l’installation de 12 centrales solaires sur des bâtiments municipaux, dans le cadre de son Plan Climat Air Énergie. Enercitif a été lauréate en juillet 2024 et a signé une concession de service. L’opérateur assure le financement, la construction via des entreprises franciliennes et l’exploitation pendant 15 ans. À l’issue de cette période, les centrales seront remises gratuitement à la Ville de Paris, qui les exploitera encore une quinzaine d’années.

Pour impliquer les habitants, Enercitif propose une levée de fonds citoyenne. L’objectif est de récolter 30 000 euros auprès des Parisiens. En devenant membres de la coopérative, les citoyens peuvent investir dans les installations solaires et bénéficier d’un retour sur investissement modeste mais stable, tout en participant activement à la transition énergétique de leur ville. Cette démarche renforce l’acceptabilité sociale des projets et favorise une appropriation locale.

Paris lance ses deux premières centrales solaires citoyennes avec le projet Energieculteurs

Calendrier et perspectives du projet Energieculteurs

Les deux premières centrales ne sont qu’un début. Les 10 autres installations prévues dans l’appel d’offres devraient être mises en service d’ici 2026. Elles concerneront d’autres écoles, gymnases et bâtiments municipaux répartis dans plusieurs arrondissements parisiens. À terme, la puissance cumulée pourrait atteindre plusieurs mégawatts. Ce programme s’inscrit dans l’objectif de la Ville de Paris de multiplier par cinq la production d’énergie solaire d’ici 2030, conformément à sa feuille de route climat.

Enercitif prévoit également d’étendre ce modèle à d’autres collectivités franciliennes. Le concept d’« Energieculteurs » repose sur l’idée que chaque citoyen peut devenir un acteur de la production d’énergie, à l’image d’un agriculteur cultivant sa terre. Les Parisiens intéressés peuvent déjà se renseigner sur les modalités d’investissement citoyen via le site d’Enercitif.

Comment les Parisiens peuvent participer concrètement

Pour devenir membre du projet, rien de plus simple. Enercitif ouvre son capital aux habitants de Paris et de la métropole. La participation minimale est de 100 euros, ce qui permet à un large public de contribuer. Les fonds collectés servent à financer la construction des centrales, tandis que les dividendes sont reversés aux investisseurs en fonction de la production électrique. Ce modèle de financement participatif est encadré par les régulations françaises sur les plateformes de crowdfunding. En plus du rendement financier, les membres participent aux décisions lors d’assemblées générales, renforçant le caractère citoyen du projet.

Un pas de plus vers une capitale solidaire et durable

La mise en service des deux premières centrales solaires citoyennes du projet « Energieculteurs » montre que la transition énergétique peut être à la fois locale, participative et efficace. En associant la Ville de Paris, un opérateur spécialisé et les citoyens, ce modèle crée un cercle vertueux : production d’énergie propre, réduction des émissions de CO2, création d’emplois locaux et implication des habitants. Pour les Parisiens, c’est l’occasion concrète de devenir acteurs de la lutte contre le changement climatique, tout en bénéficiant d’une électricité renouvelable produite sur leur propre toit.

Ce projet démontre qu’il est possible de concilier impératif écologique et démocratie participative. Alors que la France doit accélérer le déploiement du solaire pour atteindre ses objectifs climatiques, l’exemple parisien pourrait faire des émules dans d’autres grandes villes. Les prochains mois seront décisifs pour vérifier la réplicabilité de ce modèle. Une chose est sûre : les toits de Paris se couvrent peu à peu de panneaux solaires, et les citoyens sont invités à en être les jardiniers.

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