Energies renouvelables : la nouvelle feuille de route socialiste selon Boris Vallaud et Terra Nova

Redresser une trajectoire énergétique en retard

Lors des entretiens de Terra Nova du 22 juin, Boris Vallaud, président du groupe Socialistes à l’Assemblée nationale, a livré une vision énergétique qui place les énergies renouvelables au premier plan. Face à l’urgence climatique, aux tensions géopolitiques et au vieillissement du parc nucléaire, le député des Landes a proposé une stratégie articulée autour de trois axes : souveraineté, décarbonation et compétitivité.

Le constat est sévère : la France accumule des retards significatifs dans plusieurs domaines clés de la transition énergétique. « Retard dans le développement des énergies renouvelables, retard dans l’électrification des usages, retard dans la rénovation thermique des bâtiments, retard dans la décarbonation de l’industrie », a énuméré Boris Vallaud. La France fait partie des rares pays européens à ne pas avoir atteint ses objectifs en matière de renouvelables, une situation qui compromet l’objectif de neutralité carbone en 2050.

Cette situation impose une accélération rapide des investissements. Selon le président du groupe socialiste, attendre coûterait bien plus cher à la collectivité que d’agir maintenant. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirme que chaque année de retard dans la transition énergétique augmente significativement le coût total de la décarbonation.

Pourquoi les renouvelables sont la solution la plus compétitive

Coût et rapidité de déploiement

Boris Vallaud justifie la priorité donnée aux renouvelables par des arguments économiques solides. Aujourd’hui, le coût de production de l’électricité renouvelable se situe entre 60 et 80 €/MWh, contre environ 125 €/MWh pour les nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR. Les délais de déploiement parlent aussi d’eux-mêmes : deux à cinq ans pour un parc solaire ou éolien, contre quinze à vingt ans pour un EPR.

Cette différence de coût et de temporalité est cruciale pour atteindre les objectifs climatiques dans les délais impartis. L’ADEME souligne que les énergies renouvelables sont aujourd’hui les sources d’énergie les moins chères pour produire de l’électricité neuve, même sans subventions.

Indépendance énergétique renforcée

Les énergies renouvelables réduisent également la dépendance française aux combustibles importés. En développant massivement le solaire, l’éolien et l’hydroélectricité, la France peut limiter son exposition aux fluctuations des marchés internationaux du gaz et du pétrole. Cette autonomie énergétique est devenue une priorité stratégique depuis la guerre en Ukraine et la crise des prix de l’énergie.

Pour accélérer ce déploiement, Boris Vallaud propose plusieurs mesures : simplification des procédures administratives, renforcement de l’acceptabilité locale grâce à un meilleur partage de la valeur avec les collectivités, et soutien à l’émergence d’une industrie française et européenne des technologies vertes.

Un déploiement qui passe par le solaire et l’agrivoltaïsme

Parmi les mesures concrètes, la simplification des procédures d’autorisation est prioritaire. Boris Vallaud plaide pour la création d’un guichet unique et des délais d’instruction plafonnés. Cette mesure vise à réduire le temps nécessaire pour lancer de nouveaux projets photovoltaïques et éoliens.

Le solaire occupe une place centrale dans cette stratégie. Le député des Landes insiste particulièrement sur l’agrivoltaïsme, cette pratique qui consiste à installer des panneaux solaires sur des terres agricoles tout en maintenant une activité de production. « Le cadre actuel demeure trop incertain et doit mieux concilier production d’électricité et préservation du foncier agricole », explique-t-il. Une clarification de la doctrine nationale est donc attendue pour sécuriser les porteurs de projets et rassurer les agriculteurs.

L’éolien en mer est également visé par une accélération des procédures, avec des appels d’offres plus fréquents et des zones pré-identifiées pour réduire les conflits d’usage.

Stockage et réseaux : les piliers de la fiabilité

Pour Boris Vallaud, le développement massif des renouvelables ne peut réussir sans un investissement tout aussi ambitieux dans les infrastructures électriques. Il appelle à un plan national visant 15 GW de capacités de stockage d’ici 2035.

Ce plan combinerait plusieurs technologies :

  • Batteries stationnaires pour le stockage journalier
  • Stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) pour le stockage saisonnier
  • Hydrogène vert pour le stockage longue durée
  • Véhicules électriques capables de participer à la flexibilité du système via le vehicle-to-grid

Les réseaux devront également être modernisés pour intégrer une production décentralisée. Les smart grids permettront d’optimiser en temps réel l’équilibre entre production et consommation, rendant le système électrique plus résilient.

Energies renouvelables : la nouvelle feuille de route socialiste selon Boris Vallaud et Terra Nova

Le député insiste aussi sur le maintien des barrages hydroélectriques dans le giron d’EDF, considérant l’hydroélectricité comme un atout stratégique pour la sécurité du système électrique français. L’hydroélectricité représente aujourd’hui la première source d’énergie renouvelable en France et offre une flexibilité indispensable.

Un nucléaire d’appoint mais pas d’inféodation

Contrairement aux scénarios misant sur une relance massive du nucléaire, Boris Vallaud défend une approche plus mesurée. Le groupe socialiste propose la construction de six à huit EPR2, tout en prolongeant sous contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire les centrales existantes jusqu’à 60 ans lorsque c’est techniquement possible.

Cette capacité pilotable accompagnerait la montée en puissance des renouvelables sans absorber l’ensemble des capacités d’investissement du pays. Le député rejette l’hypothèse d’un programme de quatorze EPR, jugé irréaliste sur les plans industriel, financier et humain. « Construire quatorze réacteurs en parallèle, c’est prendre le risque d’un échec industriel coûteux qui retarderait encore la transition », explique-t-il.

Le nucléaire est donc conçu comme un « accompagnateur » des renouvelables, et non comme leur concurrent. Cette vision pragmatique évite les oppositions binaires entre pro et anti-nucléaire et propose une solution équilibrée pour la transition.

Un scénario de transition en trois actes jusqu’en 2050

Le scénario présenté par Boris Vallaud se déroule en trois étapes claires.

Première étape : 2024-2038 – Priorité à l’accélération des renouvelables, au stockage, aux réseaux et à l’électrification des usages. Cette phase est cruciale pour inverser la tendance et commencer à réduire les émissions de CO₂.

Deuxième étape : 2038-2050 – Les EPR2 entrent progressivement en service tandis que les renouvelables atteignent leur pleine maturité technologique et économique.

Horizon 2050 – Un système électrique où les énergies renouvelables constituent la composante majoritaire du mix, soutenues par environ 29 GW de capacités pilotables et par des solutions de stockage longue durée désormais matures. L’objectif est d’atteindre un système « résilient, souverain et compétitif ».

Financer la transformation par des leviers publics

Pour financer cette transformation ambitieuse, Boris Vallaud propose plusieurs mécanismes. La Banque publique d’investissement (Bpifrance) et la Caisse des dépôts seraient mises à contribution pour financer les projets d’infrastructures. La création d’un fonds souverain de la transition énergétique permettrait de mobiliser l’épargne des Français au service de la décarbonation.

Le député propose également une réorientation progressive des aides publiques consacrées aux énergies fossiles vers les filières décarbonées. « Chaque euro public doit aujourd’hui servir la transition, pas la dépendance aux énergies fossiles », résume-t-il.

En conclusion, Boris Vallaud refuse toute prolongation de l’exploitation pétrolière nationale au-delà des échéances prévues. Il assume un choix clair : substituer progressivement les énergies renouvelables et un nucléaire calibré aux énergies fossiles, pour construire un système énergétique qui réponde aux défis climatiques, économiques et géopolitiques du XXIe siècle.

Pour approfondir le sujet, vous pouvez consulter les travaux de Terra Nova sur l’énergie et le climat.

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