Saint-Romans allie transition énergétique et protection de la biodiversité sur une ancienne carrière

Un projet solaire innovant au cœur du Vercors

Inauguré récemment, le parc solaire photovoltaïque de Saint-Romans (dans le département de l’Isère, région Auvergne-Rhône-Alpes) représente une initiative exemplaire où production d’énergie renouvelable et préservation des écosystèmes locaux se conjuguent avec succès. Situé sur un terrain longtemps considéré comme inexploitable – une ancienne carrière partiellement remblayée – ce site de 1,8 hectare est le plus important parc solaire au sol jamais réalisé dans le périmètre du Parc naturel régional du Vercors. Sa mise en service a eu lieu en novembre 2025, après un long processus de concertation et d’études.

Ce projet a vu le jour grâce à une coopération étroite entre plusieurs acteurs : Enercoop Auvergne-Rhône-Alpes (fournisseur d’électricité renouvelable et coopératif), la SEM Energ’Isère (société d’économie mixte dédiée à la transition énergétique), la commune de Saint-Romans, le Parc naturel régional du Vercors, les Centrales Villageoises (initiatives citoyennes locales) et la Ligue pour la Protection des Oiseaux de l’Isère (LPO38). Ensemble, ils ont démontré qu’un site dégradé peut être transformé en un atout pour le territoire, à la fois sur le plan climatique et écologique.

De la friche industrielle à la centrale solaire : un processus rigoureux

Le terrain de Saint-Romans était une ancienne carrière remblayée, impropre à toute activité agricole ou urbaine depuis des décennies. C’est en 2020 qu’Enercoop Auvergne-Rhône-Alpes, dans le cadre de sa prospection foncière ciblant les friches industrielles, a identifié ce site comme un candidat idéal pour un projet photovoltaïque. Les études d’impact environnemental et de potentiel énergétique ont rapidement confirmé la faisabilité technique et écologique du projet.

Après une phase de rencontres avec le propriétaire du terrain, les élus locaux et les associations de protection de la nature, le projet a été officiellement lancé en 2022. Le permis de construire a été déposé en mai 2022 et accordé un an plus tard, à l’issue d’une enquête publique réalisée en mars et avril 2023 qui n’a soulevé aucune opposition majeure. Les travaux de construction ont démarré en novembre 2024 et se sont achevés en novembre 2025, avec une mise en service immédiate.

Un modèle de vente d’électricité coopératif

L’électricité produite par cette centrale est vendue à Enercoop sur une durée de 30 ans, via un contrat d’achat direct. Il s’agit du premier parc solaire d’Enercoop dans le département de l’Isère, et également le plus important en superficie dans le périmètre du Parc naturel régional du Vercors. Cette vente directe à un fournisseur coopératif garantit une rémunération stable tout en favorisant un modèle énergétique citoyen et local.

Pour approfondir le modèle coopératif d’Enercoop, vous pouvez consulter leur site officiel.

Biodiversité : des mesures concrètes et un suivi rigoureux

Dès la conception, le projet a intégré des actions fortes en faveur de la biodiversité. Le terrain, bien qu’artificialisé, abritait des espèces remarquables. Voici les principales mesures mises en œuvre :

  • Préservation des nids de guêpiers : Une zone de renaturation a été laissée intacte pour protéger les colonies de guêpiers d’Europe, une espèce protégée.
  • Création d’une mare : Un point d’eau permanent a été aménagé pour favoriser le retour d’espèces aquatiques (amphibiens, insectes, oiseaux).
  • Protection des boisements et des haies : Les linéaires boisés existants autour du site ont été conservés et renforcés pour servir de corridors écologiques.
  • Installation de nichoirs : Des nichoirs adaptés aux oiseaux cavernicoles et aux chauves-souris ont été posés sur le site.
  • Clôtures perméables : Les grillages ont été conçus pour laisser passer la petite et la grande faune (chevreuils, sangliers, etc.).

Pour en savoir plus sur le rôle du Parc naturel régional du Vercors dans la protection de la biodiversité, visitez leur site officiel.

Un suivi écologique par pièges photographiques

Dès la fin des travaux, des pièges-photos ont été installés à proximité des panneaux solaires et de la mare créée. Après deux mois d’observation, plusieurs espèces ont déjà été identifiées :

Saint-Romans allie transition énergétique et protection de la biodiversité sur une ancienne carrière

  • Héron cendré
  • Sanglier
  • Biche accompagnée de son faon
  • Chevreuil
  • Canard colvert
  • Chauves-souris (plusieurs espèces non précisées)

Ce suivi, mené en collaboration avec la LPO Isère, permet d’évaluer l’impact réel du parc sur la faune locale et d’ajuster les mesures de gestion si nécessaire. Les résultats préliminaires sont très encourageants, montrant que les espèces sauvages utilisent activement le site et ses aménagements.

L’importance des friches industrielles pour la transition énergétique

Le projet de Saint-Romans illustre parfaitement comment les friches industrielles (carrières, décharges, terrains pollués) peuvent être valorisées pour produire de l’énergie solaire sans concurrencer les terres agricoles ou les espaces naturels. En France, le potentiel de développement du photovoltaïque sur ces fonciers dégradés est considérable. Selon l’ADEME, plusieurs milliers d’hectares de friches pourraient accueillir des centrales solaires, contribuant ainsi aux objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) en matière d’énergies renouvelables.

Pour plus d’informations sur le potentiel des friches, vous pouvez consulter l’étude de l’ADEME sur le solaire photovoltaïque sur les sites de friches.

Un exemple pour les Centrales Villageoises

Les Centrales Villageoises sont des sociétés locales qui portent des projets d’énergies renouvelables participatifs. Le parc de Saint-Romans a bénéficié de l’expertise de ces structures, qui favorisent l’appropriation citoyenne des projets. Ce modèle permet de concilier production d’énergie, retombées économiques locales et préservation de l’environnement. La SEM Energ’Isère joue également un rôle clé en accompagnant techniquement et financièrement ces initiatives.

Quels enseignements pour l’avenir ?

Le parc solaire de Saint-Romans démontre qu’il est possible de produire de l’électricité solaire à grande échelle tout en restaurant et en protégeant la biodiversité. Les clés du succès résident dans une planification minutieuse, une concertation approfondie avec tous les acteurs (élus, associations, habitants) et des mesures écologiques concrètes dès la conception. Ce type de projet pourrait être reproduit sur d’autres friches en France, surtout dans les zones de parcs naturels où les contraintes environnementales sont fortes.

Alors que la transition énergétique s’accélère, il devient crucial de privilégier les sites déjà artificialisés plutôt que d’artificialiser de nouvelles terres. L’exemple de Saint-Romans prouve que les énergies renouvelables et la biodiversité ne sont pas incompatibles, bien au contraire : elles peuvent être des alliées.

Pour suivre les actualités de la LPO Isère et leurs actions en faveur de la faune, visitez leur page dédiée.

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