L’énergie solaire est devenue l’une des sources d’électricité les moins chères au monde, mais cette transformation n’aurait pas été possible sans un soutien public massif. Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), compilées dans sa base de données MAGIC sur les subventions industrielles, la Chine a accordé à son industrie solaire environ 14,8 milliards d’euros (17,4 milliards de dollars) entre 2010 et 2024. En comparaison, les 38 pays membres de l’OCDE – principalement en Europe et en Amérique – n’ont versé que 3,3 milliards d’euros à leurs fabricants sur la même période.
Ce déséquilibre a directement contribué à une chute vertigineuse du coût de l’électricité photovoltaïque : de près de 0,34 €/kWh en 2010 à moins de 0,034 €/kWh en 2024, soit une baisse de plus de 90 %. En mai 2024, dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, l’Europe a économisé environ 9,9 milliards d’euros de coûts énergétiques grâce au solaire, soulignant l’impact macroéconomique de ces investissements.
Sur les quinze années étudiées, la Chine a représenté 81 % du total des subventions solaires mondiales. Cependant, l’écart s’est nettement réduit en 2024 : la part chinoise est tombée à 62 %, tandis que celle des pays de l’OCDE a grimpé à 38 %. Cette évolution s’explique notamment par le lancement de programmes ambitieux comme l’Inflation Reduction Act (IRA) aux États-Unis.
Pour la seule année 2024, la Chine a soutenu une production de plus de 500 GW de modules solaires, avec une capacité installée cumulée dépassant 1 térawatt. À titre de comparaison, le reste du monde a installé environ 60 GW. Ces chiffres illustrent l’échelle industrielle atteinte par le géant asiatique, rendue possible par des prêts à taux préférentiels et des subventions directes aux entreprises.
Parmi les pays de l’OCDE, les États-Unis ont été le principal bénéficiaire des 3,3 milliards d’euros de subventions, grâce au crédit d’impôt à la fabrication 45X créé par l’IRA. Ce dispositif fiscal a non seulement stimulé la production locale, mais aussi amélioré la transparence des données : le rapport de l’OCDE souligne que les obligations déclaratives associées à ce crédit renforcent la fiabilité des statistiques américaines. En 2024, 54 % des aides de l’OCDE ont été concentrées sur les deux dernières années, un signal fort de la volonté des pays occidentaux de rééquilibrer la compétition.
L’un des enseignements les plus frappants est la baisse spectaculaire de l’intensité des subventions. En croisant les données de BloombergNEF sur les volumes d’installation avec celles de l’OCDE, on observe que la subvention moyenne par watt est passée de 0,041 €/W en 2010 à seulement 0,0048 €/W en 2024 – une réduction de plus de 88 %.
Pendant ce temps, le montant total des subventions a augmenté de près de 400 %, mais le volume de modules déployés a bondi de plus de 3 200 %. Cette efficacité prouve que les subventions ne sont pas une dépense vaine, mais un investissement catalytique : chaque euro public a permis d’activer des volumes toujours plus grands, faisant chuter les coûts pour les consommateurs finaux.

L’impact social est tout aussi remarquable. Selon le rapport annuel Renewable Energy and Jobs de l’IRENA, l’emploi mondial dans le secteur solaire est passé d’environ 1,4 million de personnes en 2012 à plus de 7 millions en 2024. Rapporté aux subventions versées, chaque emploi créé ou soutenu a coûté entre 160 € et 510 € selon les années – un coût bien inférieur à celui de nombreux dispositifs de soutien à l’emploi dans d’autres secteurs.
Ces chiffres ne prennent pas en compte les bénéfices sanitaires et climatiques. L’évitement des décès liés à la pollution atmosphérique due au charbon et au gaz, ainsi que la réduction des émissions de gaz à effet de serre, représentent des externalités positives majeures. Alors que le réchauffement climatique s’accélère, chaque gigawatt solaire installé contribue à atténuer des risques potentiellement catastrophiques.
Les estimations pour 2025 indiquent que le monde investira près de 425 milliards d’euros (500 milliards de dollars) dans le solaire, dont environ 128 milliards d’euros combinés aux États-Unis et en Europe. La Chine, de son côté, a récemment supprimé un crédit d’impôt à l’exportation, provoquant une accélération des exportations avant l’entrée en vigueur de cette mesure. Cette décision pourrait redessiner les flux commerciaux mondiaux.
Le rapport de l’OCDE montre que sur la période 2010-2024, le solaire a été le secteur le plus subventionné parmi les quinze industries analysées : 17,9 milliards d’euros, soit près d’un cinquième du total de 91,8 milliards d’euros. Ce constat confirme que la transition énergétique est devenue une priorité industrielle mondiale, et que les subventions – bien calibrées – restent un levier essentiel pour accélérer le déploiement des technologies propres.
En définitive, les 14,8 milliards d’euros investis par la Chine et les 3,3 milliards par l’OCDE ont généré un bénéfice collectif bien supérieur à leur coût. La baisse de 90 % du coût du solaire a rendu cette technologie compétitive face aux énergies fossiles, même sans soutien public direct. Les économies réalisées sur les factures énergétiques, les emplois créés et les émissions évitées font de ces subventions l’un des investissements publics les plus rentables de l’histoire moderne.
L’enjeu est désormais de maintenir cette dynamique, tout en veillant à une répartition équitable des capacités de production entre les régions. Les États-Unis et l’Europe ont amorcé un rattrapage, mais la domination chinoise reste écrasante. Les décisions politiques des prochaines années détermineront si le monde peut continuer à bénéficier de coûts solaires toujours plus bas, tout en construisant des chaînes d’approvisionnement résilientes et diversifiées.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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