Une enquête mondiale inédite, menée auprès de dirigeants d’entreprises dans 18 pays, révèle un consensus fort : 91 % des chefs d’entreprise estiment que l’électrification de leurs activités améliorerait significativement leur sécurité énergétique. Face à l’instabilité géopolitique récurrente et à la flambée des prix des combustibles fossiles, 79 % des répondants affirment que ces tensions ont rendu leur transition vers l’électrification plus urgente. Ce sondage, réalisé fin avril alors que le détroit d’Ormuz connaissait des perturbations, montre que les entreprises accélèrent leur passage à l’électrique. Selon E3G, commanditaire de l’étude, 90 % des entreprises prévoient une électrification complète de leurs opérations d’ici 2035. Ces données confirment que l’électrification propre n’est plus une option, mais une nécessité stratégique pour rester compétitif.
L’étude intitulée « Powering Up: Business Perspectives on Electrification » (Passer à l’électrification : perspectives des entreprises) souligne que les dirigeants voient dans l’électrification un levier de croissance économique. 90 % des sondés pensent que la transition vers un système électrique basé sur les énergies renouvelables stimulera l’économie nationale, tandis que 88 % estiment que cela renforcera leur compétitivité. Dans un contexte où les prix du gaz et du pétrole restent volatils, l’électricité renouvelable offre une prévisibilité des coûts. Comme le déclare Dimitri de Vreeze, PDG de dsm-firmenich, cité dans le rapport : « Notre passage à une électricité 100 % renouvelable et l’électrification croissante de nos opérations renforcent déjà notre sécurité énergétique et la prévisibilité de nos coûts. » Cette dynamique est confirmée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui note que les chocs énergétiques répétés redéfinissent les priorités d’investissement des entreprises et des gouvernements.
Par ailleurs, l’électrification ne se limite pas à remplacer des combustibles : elle transforme les processus industriels, les transports et le bâtiment. Les technologies propres, selon José Manuel Entrecanales, président-directeur général d’ACCIONA, « continueront de devenir moins chères, plus intelligentes et plus efficaces ». Les entreprises qui investissent dès aujourd’hui dans l’électrification bénéficient d’un avantage concurrentiel décisif, notamment sur les marchés où les coûts de l’énergie fossile grèvent les marges.
Malgré cet engouement, le sondage révèle un décalage préoccupant entre les ambitions des entreprises et les politiques publiques. 72 % des répondants jugent que les gouvernements avancent trop lentement. Cinq obstacles majeurs sont identifiés : le manque d’incitations gouvernementales, l’insuffisance des investissements dans les réseaux électriques, l’instabilité politique lors des changements de gouvernement, les retards d’autorisation et l’incertitude sur la tarification du carbone. En conséquence, 62 % des entreprises envisagent de délocaliser leurs activités si leur pays ne leur offre pas un soutien suffisant à l’électrification. Cette menace pèse sur les économies qui tardent à moderniser leurs infrastructures.
Les réseaux électriques sont au cœur des préoccupations. 89 % des dirigeants appellent à une modernisation accélérée des réseaux, et 54 % citent l’insuffisance de capacité comme un frein direct. Comme le souligne Bruce Douglas, PDG de la Global Renewables Alliance, « la principale demande des entreprises aux gouvernements est de construire et de moderniser les réseaux pour faciliter l’accès à une électricité bon marché et sûre ». L’étude recommande donc d’étendre et de pérenniser les réseaux, d’accélérer les procédures de raccordement et de mettre en place des subventions pour réduire les coûts initiaux.
L’enquête met en lumière une convergence remarquable : les entreprises des marchés émergents sont parmi les plus ambitieuses. En Indonésie, 99 % des entreprises prévoient une électrification d’ici 2035, et 63 % même d’ici 2027. Le Nigeria suit avec 99 % d’ambition et 59 % d’ici 2027. L’Inde (96 %) et les Philippines (97 %) sont également très engagées. Même dans des économies historiquement dépendantes du charbon, comme la Pologne ou l’Afrique du Sud, les entreprises considèrent l’électrification comme un levier de compétitivité. Par exemple, 97 % des entreprises indonésiennes estiment que l’électrification renforcera leur compétitivité. Cette dynamique contredit l’idée que seuls les pays riches peuvent mener la transition. Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), les énergies renouvelables sont devenues les sources d’électricité les moins chères dans la plupart des régions du monde, ce qui explique cet engouement dans les pays émergents.

Au-delà de la sécurité énergétique et de la compétitivité, les entreprises reconnaissent dix bénéfices majeurs à l’électrification nationale : réduction de la dépendance aux importations d’énergie, stimulation de la croissance économique, diminution des dommages environnementaux, amélioration de la qualité de l’air et de la santé publique (85 % des dirigeants le pensent), baisse des factures d’énergie, soutien à l’innovation, lutte contre le changement climatique, stabilisation des prix en période d’instabilité et création d’emplois (80 % des répondants).
Le sondage montre également un fort soutien aux énergies renouvelables : 82 % des dirigeants souhaitent que leur pays soit principalement alimenté par des renouvelables, et 63 % appellent à une sortie progressive des fossiles d’ici 2035. Ce soutien est encore plus marqué dans les économies émergentes (86 %) que dans les pays avancés comme les États-Unis (77 %) ou l’Allemagne (73 %). Les entreprises plébiscitent en particulier le solaire (89 %) et l’éolien terrestre (81 %).
Les résultats de cette enquête sont sans équivoque : les entreprises sont prêtes à accélérer leur électrification, mais elles attendent des gouvernements qu’ils créent un cadre favorable. Maria Mendiluce, PDG de la coalition We Mean Business, résume : « Dans un contexte d’instabilité géopolitique et de volatilité des prix fossiles, les entreprises ne renoncent pas à la transition ; au contraire, elles l’accélèrent. » Nick Mabey, PDG d’E3G, ajoute : « Les dirigeants politiques doivent prendre ce message au sérieux et lever les obstacles, en commençant par le développement des réseaux électriques. »
La conférence sur la transition énergétique à Santa Marta, qui a réuni 60 pays, a déjà esquissé des pistes concrètes pour accélérer le mouvement. Il appartient désormais aux décideurs de transformer cette volonté en actions tangibles, faute de quoi les entreprises délocaliseront leurs investissements vers des régions plus favorables. L’électrification propre n’est pas seulement une réponse aux crises : c’est une stratégie industrielle et économique pour le XXIe siècle.
Pour approfondir, téléchargez le rapport complet en anglais sur le site de We Mean Business Coalition.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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