Incendie de panneaux solaires au collège : le Gers retire ses installations photovoltaïques par précaution

Le vendredi 5 juin 2025, vers 13h20, une épaisse fumée noire s’élève soudainement du toit du collège François-de-Belleforest, situé à Samatan dans le Gers. Un incendie vient de se déclarer, entraînant l’évacuation immédiate et ordonnée de 400 élèves et personnels, conformément au plan de sécurité de l’établissement. Les sapeurs-pompiers maîtrisent rapidement le sinistre, mais l’origine ne fait guère de doute : les panneaux solaires installés sur la toiture sont en cause.

Selon les premières constatations du Département du Gers, « le départ du feu provient de l’isolant, probablement à la suite d’une surchauffe des modules ». Ces panneaux, propriété de la société SunTrack, avaient pourtant fait l’objet de contrôles techniques jugés satisfaisants seulement deux jours avant l’incident. Un paradoxe qui soulève des questions sur la fiabilité des procédures de maintenance actuelles.

Des incidents en série dans les collèges gersois

Ce n’est pas un fait isolé. Moins d’un an auparavant, deux départs de feu avaient détruit 500 mètres carrés de toiture au collège Hubert-Reeves de Fleurance, en avril et juillet 2024. Face à la répétition de ces sinistres, le Département a lancé une vaste opération de contrôle sur l’ensemble de ses installations photovoltaïques durant l’été 2024. Mais les résultats n’ont pas apporté de réponse claire.

Lundi dernier, la collectivité a donc pris une décision radicale : débrancher tous les panneaux solaires installés sur ses collèges. Neuf établissements sont concernés, parmi lesquels ceux d’Aignan, Auch-Mathalin, Miélan, Plaisance, Riscle et Condom. « Le problème, c’est qu’on n’a pas un début de diagnostic pour essayer de mettre en place des mesures correctives, explique Jérôme Samalens, vice-président du Conseil départemental en charge de l’éducation. On applique donc le principe de précaution. »

Mise sous bâche et surveillance renforcée

En attendant le démontage, les panneaux sont recouverts de bâches pour empêcher toute production d’électricité. Les sapeurs-pompiers du SDIS restent mobilisés jusqu’aux vacances pour surveiller les installations et intervenir immédiatement en cas de nouveau départ de feu. Un calendrier de dépose est en cours d’élaboration. « On ne sait pas encore si on les remplacera. En tout cas, cette génération-là de panneaux va être retirée », précise l’élu.

Les causes techniques derrière ces incendies

Les incendies de panneaux solaires restent rares, mais ils existent. Plusieurs facteurs peuvent être en cause : défaut de conception, connecteurs mal sertis, micro-fissures, ou comme ici, une surchauffe de l’isolant. Selon l’Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques (INERIS), les points chauds localisés sur les modules photovoltaïques peuvent atteindre des températures suffisantes pour enflammer les matériaux combustibles de la toiture. L’utilisation de panneaux de marques peu éprouvées ou d’installations non conformes aux normes NF C 15-712 et UTE C 15-712 aggrave les risques.

Incendie de panneaux solaires au collège : le Gers retire ses installations photovoltaïques par précaution

Dans le cas des collèges gersois, les panneaux appartiennent à SunTrack, une entreprise spécialisée dans l’énergie solaire. L’enquête devra déterminer si un défaut de série ou une conception inadaptée au climat local (forte chaleur estivale) est en cause. Les experts recommandent également de vérifier la qualité des isolants utilisés sous les panneaux, souvent des membranes bitumineuses qui peuvent s’enflammer en cas d’élévation brutale de température.

Un coût financier et assurantiel complexe

Le démontage des panneaux, la reprise des toitures et un éventuel remplacement représentent un coût encore difficile à chiffrer. « Il faudra prendre en compte la reprise des toitures sur les zones où les panneaux étaient installés », indique Jérôme Samalens. La question de l’assurance se pose également : qui paiera ? Le département, la société SunTrack, ou les assureurs respectifs ? Les contentieux pourraient prendre des années. Ce cas rappelle l’importance d’une couverture spécifique pour les installations photovoltaïques, comme le souligne la Fédération Française de l’Assurance.

Quelles alternatives pour la transition énergétique des collèges ?

Cette décision radicale ne remet pas en cause l’intérêt du photovoltaïque, mais interroge sur les conditions de sécurité. De nombreux établissements publics optent aujourd’hui pour des solutions plus sûres : panneaux avec dispositifs d’arrêt rapide, systèmes de monitoring thermique, toitures végétalisées couplées à des capteurs solaires, ou encore des contrats de maintenance renforcée avec des installateurs certifiés QualiPV. Le Département du Gers devra choisir entre une nouvelle génération de panneaux plus fiables ou abandonner totalement le solaire pour ses collèges.

En attendant, les élèves et personnels des neuf établissements privés d’électricité solaire devront se tourner vers d’autres sources d’énergie. L’incident de Samatan sert de piqûre de rappel : la transition énergétique ne doit pas sacrifier la sécurité.

Sources : INERIS, AFNOR, FFA.

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