Fiscalité de l’électricité : baisser les taxes pour accélérer l’électrification en France ?

Le prix de l’électricité reste un frein majeur à l’électrification des usages, pourtant indispensable pour atteindre les objectifs climatiques et renforcer la souveraineté énergétique. Alors que le gouvernement semble vouloir accélérer la transition avec l’Équipe de France de l’électrification, une proposition choc vient d’être adressée au Premier ministre : celle de baisser la fiscalité sur l’électricité produite en France. Portée par l’Union française de l’électricité (UFE), cette idée relance le débat sur la réforme de la taxation énergétique, un sujet à la fois technique et politique aux enjeux financiers colossaux.

Une fiscalité incohérente qui pénalise l’électricité

Dans un courrier adressé à Sébastien Lecornu, l’UFE dénonce des disparités fiscales historiques qui n’ont plus de sens dans le cadre de la transition énergétique. Aujourd’hui, en France, le diesel est moins taxé que l’essence, et surtout le gaz naturel bénéficie d’une fiscalité bien plus faible que celle de l’électricité. Pourtant, l’électricité est de plus en plus produite à partir de sources décarbonées (nucléaire, renouvelables), tandis que le gaz reste une énergie fossile émettrice de CO₂.

Pour l’UFE, cette situation envoie un signal-prix inversé aux consommateurs et aux entreprises, freinant l’adoption de solutions électriques performantes (pompes à chaleur, véhicules électriques, process industriels électrifiés). L’association propose donc d’inscrire une réflexion sur la baisse des taxes sur l’électricité d’origine nucléaire, renouvelable et biogaz dans les travaux préparatoires à la loi de finances 2027. Elle suggère également l’organisation d’« assises de la fiscalité énergétique » pour trouver un compromis entre impératifs écologiques et équilibre budgétaire.

Un consensus politique en émergence ?

Selon l’UFE, un consensus politique semble se dessiner autour de cette réforme, alors que le sujet divisait encore il y a quelques années. Preuve en est : Les Républicains ont récemment publié une tribune dans Le Monde pour réclamer une baisse durable du prix de l’électricité en France. Par ailleurs, de nombreux acteurs économiques et associations environnementales plaident pour un rééquilibrage de la fiscalité énergétique afin de favoriser les énergies propres.

Cependant, le chemin est semé d’embûches. La fiscalité énergétique française représente près de 60 milliards d’euros par an, soit environ 2 % du PIB. Sur ce total, les deux tiers proviennent des taxes sur les énergies fossiles, principalement le pétrole. Une baisse de la taxation de l’électricité pourrait être compensée par une hausse de celle des fossiles, mais cela pose des questions d’acceptabilité sociale et de compétitivité économique.

Les défis budgétaires d’une réforme fiscale

À court terme, l’État risque de perdre des recettes importantes. Mais à long terme, le défi est encore plus grand : selon le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), lié à la Cour des comptes, les recettes d’accises devraient naturellement baisser de 30 milliards d’euros avec la sortie progressive des énergies fossiles. En effet, l’électricité ayant un meilleur rendement énergétique que le pétrole, la quantité totale d’énergie consommée diminuera mécaniquement, entraînant une baisse des recettes fiscales associées.

Pour l’UFE, cette inéluctable érosion des recettes fossiles doit être anticipée. Réduire dès maintenant la fiscalité sur l’électricité décarbonée permettrait d’accélérer l’électrification, donc de sortir plus vite des fossiles, et de créer un cercle vertueux : plus d’électricité bas-carbone consommée, moins de dépendance aux importations, et une facture énergétique nationale allégée.

Quelles pistes pour une réforme durable ?

Plutôt qu’une baisse brutale et non compensée, plusieurs scénarios sont envisagés. L’un d’eux consisterait à instaurer un taux réduit de TVA sur l’électricité à usage domestique et industriel, comme c’est le cas dans certains pays européens. Une autre piste serait de supprimer certaines taxes spécifiques (comme la TICFE) sur l’électricité produite à partir de sources bas-carbone, tout en augmentant la taxation du gaz et du fioul pour financer la transition.

Fiscalité de l'électricité : baisser les taxes pour accélérer l'électrification en France ?

L’UFE plaide pour une approche globale et concertée, avec une feuille de route pluriannuelle intégrée au projet de loi de finances 2027. Cela laisserait le temps aux différentes parties prenantes (État, collectivités, entreprises, associations) de construire un système fiscal cohérent, lisible et incitatif.

Comparaisons européennes et enjeux de compétitivité

La France se distingue par une fiscalité électrique parmi les plus élevées d’Europe. Selon une étude de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), la part des taxes dans le prix final de l’électricité atteint environ 30 % en France, contre moins de 20 % en Allemagne (hors TVA) et seulement 5 % en Suède. Cette différence pénalise la compétitivité des industriels français, mais aussi le pouvoir d’achat des ménages qui hésitent à investir dans des équipements électriques performants.

À l’inverse, des pays comme le Danemark ou les Pays-Bas ont réformé leur fiscalité énergétique en augmentant les taxes sur les combustibles fossiles et en baissant celles sur l’électricité renouvelable, avec des résultats positifs sur l’électrification des transports et du chauffage. La France pourrait s’inspirer de ces modèles, tout en tenant compte de sa spécificité nucléaire.

Conclusion : vers une hyper-électrification raisonnée ?

Baisser la fiscalité de l’électricité n’est sans doute pas une solution miracle, mais c’est une condition nécessaire pour accélérer l’hyper-électrification des usages. Sans un signal-prix clair en faveur du kilowattheure décarboné, les consommateurs et les entreprises continueront de privilégier des solutions fossiles, moins chères à l’achat mais plus coûteuses pour le climat et la souveraineté nationale.

La proposition de l’UFE ouvre un débat de fond qui devra mûrir dans les prochains mois, en lien avec les travaux parlementaires et les consultations citoyennes. L’enjeu est de taille : faire de l’électricité propre une énergie accessible à tous, tout en garantissant l’équilibre des finances publiques à long terme.

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