Inaugurée le 4 juin 2026, la centrale photovoltaïque Astrée Solar illustre une nouvelle forme de coopération énergétique entre acteurs publics et privés. Implantée sur le Parc industriel de la Plaine de l’Ain (PIPA), elle fournit une électricité verte et locale à une vingtaine d’entreprises du site. Ce projet, mené par le Syndicat Mixte du PIPA (SMPIPA) et plusieurs chefs d’entreprises, répond à un double enjeu : sécuriser l’approvisionnement énergétique et valoriser un terrain inconstructible. Retour sur une initiative qui pourrait faire école.
L’autoconsommation collective permet à plusieurs consommateurs de se regrouper pour consommer localement l’électricité produite par une installation photovoltaïque, en utilisant le réseau public de distribution. Ce modèle, encadré par la loi depuis 2016 et précisé par le décret de 2017, connaît un essor rapide en France : fin 2023, plus de 600 opérations étaient recensées par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Pour les entreprises, il offre une meilleure maîtrise des coûts, une stabilité tarifaire sur le moyen terme et une réduction de l’empreinte carbone.
Dans un contexte de volatilité des prix de l’électricité et de tensions sur l’approvisionnement, des projets comme Astrée Solar montrent qu’il est possible de produire une énergie décentralisée, résiliente et compétitive. Comme le souligne le ministère de la Transition écologique, le développement de l’autoconsommation collective est un axe clé de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) pour atteindre les objectifs de 40 % d’électricité renouvelable en 2030.
Le Syndicat Mixte du Parc industriel de la Plaine de l’Ain, aménageur du plus grand parc industriel de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a impulsé ce projet dès 2021. Face à une parcelle de 56 395 m² classée inconstructible en raison d’un plan de prévention des risques technologiques, l’idée d’y installer une centrale solaire a germé. En 2022, les échanges avec les entreprises locales ont fait évoluer le concept vers une autoconsommation collective.
Pour porter l’investissement de 4 millions d’euros, une société de projet dédiée, Astrée Solar, a été créée en 2022. Elle réunit cinq entreprises actionnaires et le SMPIPA. Le financement a été assuré à 42 % par des apports en capital, le reste par un emprunt soutenu par la Banque de la Transition Énergétique. Ce modèle de co-construction entre un acteur public et des privés est encore rare en France, mais il démontre l’efficacité des synergies territoriales.
« C’est une fierté de voir aboutir ce projet collectif qui a nécessité cinq années de travail, explique Eddy Vanmarisse, président de la société Astrée Solar. L’association d’entrepreneurs privés et d’un acteur public dans un projet d’autoconsommation collective était un challenge que nous avons relevé avec des partenaires sensibles à la philosophie du projet. »
La centrale Astrée Solar est entrée en service en deux étapes : une première boucle le 1er avril 2026, puis la seconde le 1er juin 2026. Sa puissance crête atteint 5,99 MWc, grâce à 11 000 modules photovoltaïques. La production annuelle estimée est de 7 200 MWh, soit l’équivalent de la consommation de 3 200 habitants (hors chauffage).
Les panneaux, installés par l’entreprise Entech Smart Energies, sont fixés par battage sans béton, limitant l’artificialisation des sols. La parcelle reste à 92 % enherbée. Le site est loué au SMPIPA via un bail à construction de 30 ans.
Vingt entreprises du PIPA sont raccordées à la centrale, allant de grandes unités industrielles à des PME, dans des secteurs variés (traitement des déchets, services, recherche). Parmi elles, le Groupe Séché Environnement, qui exploite trois sites sur le parc (Speichim Processing, Trédi et un centre de R&D). Maxime Séché, directeur général du groupe, déclare : « Pouvoir alimenter nos sites avec de l’électricité produite au plus près des installations constitue une avancée concrète et collective au service d’une industrie plus durable. »
Le MøM Bistrot, établissement de restauration installé sur le parc, participe également. Son directeur Lohan Cornaz témoigne : « Nous étions déjà équipés de panneaux photovoltaïques. Compléter notre approvisionnement avec une électricité verte et locale correspond pleinement à nos attentes. » Cette diversité montre que l’autoconsommation collective peut bénéficier à tous types de consommateurs.

Au-delà de la production d’énergie renouvelable, Astrée Solar intègre des mesures écologiques poussées. Une haie bocagère périphérique de 2 776 m², composée de cinq essences différentes, a été plantée pour favoriser la biodiversité. Aucun produit phytosanitaire n’a été utilisé, et l’éclairage a été proscrit pour ne pas perturber la faune nocturne. Un écologue a suivi le chantier pour adapter les travaux aux cycles naturels.
Pour l’entretien des espaces verts, un test d’éco-pâturage est en cours. En fin de vie des panneaux, un contrat de recyclage a été signé avec SOREN, l’éco-organisme agréé. Ces initiatives renforcent l’acceptabilité du projet et son inscription dans une logique d’économie circulaire.
Pour Émilie Brot, directrice du SMPIPA, cette expérience est déjà inspirante : « Cette co-construction avec les chefs d’entreprise, ambitieuse et exigeante, témoigne de notre capacité à développer des synergies au service du collectif. » Le modèle Astrée Solar pourrait être dupliqué dans d’autres zones d’activité, notamment celles disposant de foncier contraint ou de toitures inutilisées.
Selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), l’autoconsommation collective pourrait représenter plusieurs TWh à l’horizon 2030, si les obstacles administratifs et tarifaires sont levés. Le retour d’expérience d’Astrée Solar, avec son montage juridique et financier original, constitue une référence précieuse.
Plusieurs partenaires ont accompagné la réalisation : Enogrid a réalisé l’étude de potentiel dès 2022 et apporté son expertise en autoconsommation collective. Nepsen, bureau d’études indépendant spécialisé dans la transition énergétique, a assuré l’assistance à maîtrise d’ouvrage. Enfin, Entech Smart Energies a installé les panneaux et les structures.
Ces compétences, alliées à la volonté politique du SMPIPA et à l’engagement des entreprises, ont permis de transformer un terrain contraint en un outil de souveraineté énergétique locale.
La centrale Astrée Solar est bien plus qu’une installation photovoltaïque : c’est un démonstrateur de ce que peut apporter une gouvernance partagée entre public et privé. En produisant 7 200 MWh par an pour une vingtaine d’entreprises, elle sécurise leur approvisionnement, stabilise leurs coûts et réduit leur empreinte carbone. Alors que la France accélère sa transition énergétique, ce modèle mérite d’être largement diffusé.
Pour en savoir plus sur l’autoconsommation collective, consultez le guide de la Commission de régulation de l’énergie.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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