Alors que la transition énergétique s’accélère, le stockage de l’électricité devient un levier incontournable pour stabiliser les réseaux et intégrer massivement les énergies renouvelables. Parmi les acteurs français qui se positionnent sur ce créneau prometteur, le producteur indépendant JP Energie Environnement (JPee) se distingue par une approche pragmatique et une stratégie foncière ciblée. Avec déjà 18 parcs éoliens et 71 centrales solaires en exploitation, l’entreprise franchit une nouvelle étape en développant des solutions de stockage par batteries (BESS) adaptées à la fois aux propriétaires de terrains et aux industriels.
« Face à l’accélération de l’électrification, le stockage d’électricité devient un maillon structurant du système énergétique et s’impose comme une condition clé de la décarbonation de nos modèles », souligne Xavier Nass, PDG de JPee. Une vision que partage l’ensemble de la filière : selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), la capacité mondiale de stockage par batteries devrait être multipliée par six d’ici à 2030 pour atteindre les objectifs climatiques.
JPee couvre aujourd’hui toute la chaîne de valeur des projets de stockage : développement, financement, construction, exploitation et maintenance. Sa branche « Nouvelles Activités et Impact » pilote ces projets en s’appuyant sur une équipe dédiée. Les solutions proposées vont du stockage autonome (stand-alone) raccordé aux réseaux Enedis ou RTE, au stockage colocalisé (installé sur des sites solaires existants avec mutualisation des infrastructures), en passant par le stockage hybride intégré à une centrale photovoltaïque et les systèmes C&I (commerciaux et industriels) placés « derrière le compteur ».
L’entreprise cible deux catégories de clients : les propriétaires fonciers et les industriels. Pour les premiers, le modèle économique repose sur la location de terrains situés à proximité de postes sources électriques. « C’est le business model sur lequel nous sommes le plus avancés », explique Jean Grassin, directeur « Nouvelles Activités et Impact » chez JPee, interrogé par pv magazine France. « Nous prospectons directement sur le terrain, en respectant les règles d’urbanisme pour être sûr d’obtenir un permis de construire. Nous proposons aux propriétaires de signer un bail, commercial ou emphytéotique, d’une certaine durée. En contrepartie de la location du terrain, nous installons notre batterie sur un espace accolé à un poste source. C’est l’occasion d’avoir un raccordement peu cher et existant. »
Cette approche a déjà porté ses fruits avec la mise en service d’un projet pionnier à Saint-Chély-d’Apcher (Lozère) : une installation de 5 MW et 10 MWh, raccordée en HTA (20 kV) au réseau Enedis, adossée à un poste source. Le système assure des services de flexibilité réseau : réserves primaires et secondaires, arbitrage sur les marchés de l’électricité, contribution à la stabilité du réseau. Ce type de projet illustre parfaitement comment le stockage par batteries peut valoriser des fonciers inutilisés tout en apportant des bénéfices au système électrique dans son ensemble. Selon RTE, le gestionnaire du réseau de transport, la flexibilité est indispensable pour accompagner la montée en puissance des énergies renouvelables variables.
L’intervention de JPee auprès des industriels s’avère en revanche plus complexe. Deux options sont explorées. La première consiste à installer une batterie derrière le compteur d’un industriel, JPee restant propriétaire, exploitant et preneur de risque. L’objectif est de réduire la facture d’électricité en optimisant l’autoconsommation. « Nous n’avons pas encore réussi à réaliser ce modèle-là chez un industriel. C’est très bien sur le papier, mais dans la réalité, c’est toujours un peu plus compliqué de se raccorder sur un poste existant », reconnaît Jean Grassin.
La seconde option, plus prometteuse, est la colocalisation d’une batterie avec une centrale solaire existante, en mutualisant le point de raccordement. C’est notamment le cas du projet de Saint-Eusèbe (Saône-et-Loire), actuellement en construction. D’une capacité de 5 MW/10 MWh, sa mise en service est prévue au second semestre 2026. « Plus on arrivera à mutualiser les points de raccordement, mieux ce sera au niveau du Capex », affirme le directeur.
Si le potentiel d’optimisation énergétique de la colocalisation est important, un frein réglementaire subsiste. Enedis impose en effet une limite : la somme des capacités installées (solaire + batterie) ne doit pas dépasser 17 MW. Cette contrainte est liée aux élévations de tension supportées par les installations (7 % par dérogation pour une centrale solaire, 4 à 5 % pour un départ mixte). « Techniquement, on a l’impression qu’on pourrait s’hybrider sur toutes nos centrales solaires, mais ce n’est pas le cas », regrette Jean Grassin. « Sur cette limitation, nous essayons de faire avancer les choses. Cela augmenterait nos points de connexion potentiels, optimiserait les Capex et simplifierait la vie de tout le monde. »
Cette demande de la part des développeurs rejoint les réflexions en cours chez Enedis et RTE sur l’évolution des règles de raccordement pour favoriser l’hybridation et le stockage. Des assouplissements sont attendus dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et du futur cadre réglementaire européen.
D’un point de vue économique, Jean Grassin estime qu’une puissance minimale de 5 MW est nécessaire pour valoriser correctement les services systèmes. « Le 5 MW, on sait déjà le valoriser sur des services systèmes, quand le 250 kW devra nécessairement être agrégé pour être financièrement intéressant », précise-t-il. En effet, les marchés des réserves et de l’arbitrage exigent des volumes suffisants pour couvrir les coûts d’exploitation et de raccordement. L’agrégation de petites unités via des plateformes numériques peut toutefois offrir des solutions alternatives.
« C’est un pari sur l’avenir, poursuit le directeur. Les gens sont particulièrement excités en ce moment avec le stockage. La flexibilité, c’est le sens de l’histoire. Reste à savoir comment et par quels moyens elle sera portée. Tout dépendra aussi de l’évolution du prix des batteries et des barrières douanières… » Les prix des batteries lithium-ion ont chuté de près de 90 % en dix ans selon BloombergNEF, mais les tensions géopolitiques et les droits de douane pourraient inverser la tendance à court terme.
Le marché français du stockage par batteries est encore modeste comparé à l’Allemagne ou au Royaume-Uni, mais il bénéficie d’un cadre favorable avec le mécanisme de capacité et les appels d’offres de RTE pour les services systèmes. JPee compte sur son expertise foncière et son portefeuille de centrales solaires pour accélérer le déploiement de projets hybrides et autonomes. L’entreprise prévoit d’atteindre 100 MW de stockage installé d’ici 2027.
Au-delà des aspects techniques et réglementaires, le stockage par batteries soulève aussi des questions environnementales : recyclage, durée de vie, approvisionnement en matières premières (lithium, cobalt, nickel). Les fabricants travaillent à des batteries plus durables et à des procédés de recyclage plus efficaces. L’Union européenne, via le règlement sur les batteries, impose des critères de durabilité et de traçabilité à partir de 2024.
En conclusion, JPee illustre bien comment un producteur d’énergies renouvelables peut diversifier ses activités et contribuer à la flexibilité du réseau. Le pari du stockage est lancé, mais son succès dépendra de l’évolution des prix, des règles de raccordement et de la capacité des acteurs à innover. Comme le souligne Jean Grassin, « c’est un pari sur l’avenir » – et l’avenir s’annonce électrique.
Pour en savoir plus sur les solutions de JPee, rendez-vous sur leur site officiel.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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