La flambée des cours du pétrole observée ces dernières années a replacé la fiscalité de l’énergie au cœur du débat public en France. Conçue historiquement comme un outil de rendement budgétaire, cette fiscalité se révèle aujourd’hui peu adaptée aux objectifs environnementaux et à la nécessité de lisser les chocs sur les prix des énergies fossiles. Le Conseil des Prélèvements Obligatoires (CPO) a rendu un rapport détaillant les pistes d’évolution à court, moyen et long terme. Cet article propose une analyse complète et actualisée de ces enjeux, en intégrant les données les plus récentes sur la fiscalité énergétique française et européenne.
En 2024, la fiscalité énergétique française a généré environ 59,7 milliards d’euros de recettes, soit près de 2 % du PIB. Ce montant place la France dans la moyenne des pays de l’Union européenne. Cette fiscalité repose principalement sur deux piliers : l’accise sur les produits énergétiques (anciennement TICPE, TICGN, etc.) qui a rapporté 39,5 milliards d’euros, et la TVA, qui a contribué à hauteur de 17,6 milliards d’euros. L’accise est calculée sur les quantités mises à la consommation, tandis que la TVA est assise sur le prix de vente, ce qui la rend sensible aux variations de prix. Cette structure a des conséquences directes sur l’évolution des recettes en période de hausse des prix du pétrole.
Pour en savoir plus sur les mécanismes de l’accise, vous pouvez consulter le site du ministère de la Transition écologique.
La hausse des prix du pétrole a des effets contrastés sur les deux principales composantes de la fiscalité énergétique. La TVA, étant proportionnelle au prix, augmente mécaniquement avec l’inflation. En revanche, l’accise, fixe en volume, voit son produit diminuer en termes réels lorsque la consommation baisse en réponse à la hausse des prix. Selon le CPO, si les prix se maintiennent au niveau de mi-mai 2026 et que la réaction de la demande est similaire à celle observée lors du choc de 2022-2023, l’effet net sur le rendement total serait limité à une hausse de 0,2 milliard d’euros en année pleine. Ce chiffre montre que la fiscalité actuelle ne constitue pas un amortisseur efficace des fluctuations.
L’expérience française et étrangère démontre que les ajustements fiscaux (baisse d’accise, par exemple) ne se répercutent jamais intégralement sur les prix à la pompe, ne ciblent pas efficacement les ménages les plus vulnérables, et sont politiquement très difficiles à retirer une fois mis en place. Des mesures budgétaires ciblées, comme des aides à la trésorerie ou un soutien au revenu des professionnels les plus exposés, sont jugées plus efficientes par le CPO pour faire face à un choc pétrolier temporaire.
Introduite en 2014, la composante carbone au sein de l’accise visait à donner un prix au CO₂ émis par les énergies fossiles. Une trajectoire ascendante était prévue jusqu’en 2030, mais elle a été interrompue en 2019 à la suite du mouvement des Gilets jaunes. Cette expérience illustre la difficulté politique d’utiliser l’outil fiscal pour la transition énergétique. Aujourd’hui, l’Union européenne privilégie les systèmes d’échange de quotas d’émission (SEQE ou ETS) comme vecteurs principaux de tarification du carbone, car ils sont plus harmonisés et évitent les distorsions de concurrence au sein du marché intérieur.
Le second marché carbone européen (ETS 2), qui devrait concerner le chauffage des bâtiments et le transport routier à partir de 2027, va progressivement augmenter le prix des énergies fossiles. Selon les projections du Commissariat général au développement durable (CGDD) pour le CPO, cet impact sera compensé pour les ménages qui investissent dans l’efficacité énergétique ou l’électrification (pompe à chaleur, véhicule électrique). En revanche, les ménages qui ne peuvent pas ou ne veulent pas réaliser ces investissements verront leur taux d’effort énergétique augmenter, creusant les inégalités. Pour en savoir plus sur le fonctionnement de l’ETS, vous pouvez consulter la page dédiée de la Commission européenne.
Le CPO recommande de ne pas utiliser la fiscalité comme levier pour compenser la hausse des prix des énergies fossiles. Les baisses d’accise sont rarement répercutées totalement sur le consommateur et sont très difficiles à annuler. À la place, des aides directes et réversibles (chèques énergie, aides aux entreprises) sont préférables.
Le CPO préconise une mise en conformité avec la directive européenne sur la taxation de l’énergie, qui impose notamment de réviser les taux réduits (comme ceux sur le diesel agricole ou le kérosène). Il propose également d’aligner la fiscalité du diesel sur celle de l’essence, d’augmenter les taxes sur les combustibles fossiles (gaz naturel, fioul) et de baisser celles sur l’électricité pour favoriser l’électrification. Les dépenses fiscales favorables aux énergies fossiles (comme la détaxe sur le gazole non routier) devraient être réexaminées progressivement. Ces mesures doivent être accompagnées d’aides à l’investissement (MaPrimeRénov’, bonus écologique) pour éviter de fragiliser les ménages et les entreprises les plus exposés.
La transition énergétique, si elle réussit, entraînera une baisse mécanique des recettes d’accise sur les énergies fossiles. Selon les hypothèses préliminaires de la troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC), la direction générale du Trésor estime une baisse de 15 à 30 milliards d’euros des recettes nettes d’accise à l’issue de la transition, à tarifs fiscaux constants. Les recettes issues des marchés carbone ne pourront pas compenser cette perte, car elles sont elles-mêmes vouées à diminuer à mesure que la décarbonation progresse. Le CPO recommande donc d’anticiper ce choc fiscal en combinant une réduction des dépenses publiques et la création de nouvelles impositions. Ces nouvelles taxes pourraient porter sur d’autres produits dont la demande est peu élastique (comme la consommation numérique ou certains services), ou plus globalement sur la consommation. Un arbitrage explicite et précoce est nécessaire pour offrir un cadre prévisible aux ménages et aux entreprises.
L’un des principaux défis de la réforme fiscale est de concilier efficacité climatique et justice sociale. Les ménages aux revenus modestes et les professionnels du transport sont particulièrement vulnérables à une hausse des taxes sur les énergies fossiles. Les aides à l’investissement (rénovation énergétique, électrification des véhicules) doivent être renforcées et mieux ciblées. Par ailleurs, la question du financement de l’État après la transition demeure centrale. Certains économistes proposent d’instaurer une contribution carbone aux frontières (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, MACF) déjà en place dans l’UE, ou de taxer les superprofits des énergéticiens. D’autres suggèrent d’élargir l’assiette de la TVA ou d’instaurer une taxe sur les transactions financières. Le débat est loin d’être clos.
Pour approfondir les enjeux de la SNBC, vous pouvez consulter le site officiel de la Stratégie nationale bas carbone.
L’avenir de la fiscalité de l’énergie en France se joue à plusieurs horizons. À court terme, il s’agit d’éviter des décisions populistes et non efficaces, comme des baisses d’accise généralisées. À moyen terme, une harmonisation avec le droit européen et un rééquilibrage entre fiscalité des fossiles et de l’électricité sont indispensables pour accélérer la décarbonation sans pénaliser les ménages. À long terme, l’État devra repenser son modèle de recettes pour compenser la disparition progressive des taxes sur les énergies fossiles. La transition énergétique n’est pas seulement un défi technique ou climatique, c’est aussi un défi fiscal majeur qui nécessite une vision politique claire et une large concertation.
Sources : Rapport du Conseil des Prélèvements Obligatoires (CPO) – « La fiscalité de l’énergie » (2024), données du CGDD et de la direction générale du Trésor.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.
Saisissez le code reçu par SMS :
Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.