L’accès à l’électricité reste l’un des défis majeurs du continent africain. Selon les dernières données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), près de 600 millions d’Africains vivent encore sans électricité. Pour accélérer les progrès, le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale ont uni leurs forces dans le cadre de l’initiative Mission 300, dont l’ambition est de raccorder 300 millions de personnes supplémentaires d’ici 2030. En mai 2025, les deux institutions ont dévoilé un outil inédit : le « Mission 300 Progress Tracker », également appelé MapAfrica. Ce tableau de bord public permet de suivre en temps réel l’avancement des projets d’électrification sur le continent. Décryptage.

Qu’est-ce que la Mission 300 et pourquoi est-elle cruciale ?

Lancée en 2023 lors du sommet sur le climat à Nairobi, la Mission 300 est une initiative conjointe de la BAD et de la Banque mondiale qui vise à connecter 300 millions de personnes à l’électricité d’ici 2030. Pour y parvenir, le programme mise sur une combinaison de solutions : extension des réseaux électriques nationaux, déploiement de mini-réseaux (notamment solaires) et installations solaires décentralisées (kits solaires individuels). L’accent est mis sur les zones rurales et périurbaines, où le taux d’électrification reste inférieur à 30 % dans de nombreux pays.

Selon le dernier rapport de l’AIE sur l’énergie en Afrique, le continent ne représente que 4 % des émissions mondiales de CO2, mais supporte 80 % des privations énergétiques. Sans une action rapide, l’objectif de l’accès universel à l’électricité (ODD 7) restera hors d’atteinte. La Mission 300 est donc considérée comme un accélérateur indispensable pour le développement économique, la santé, l’éducation et l’autonomisation des femmes.

Le tableau de bord MapAfrica : comment ça fonctionne ?

Le Mission 300 Progress Tracker, accessible publiquement sur le site de la BAD, est une plateforme interactive qui compile en temps réel les données des projets soutenus dans le cadre de l’initiative. Baptisé MapAfrica, cet outil permet de visualiser sur une carte les pays bénéficiaires, le nombre de personnes déjà connectées, les financements engagés et les objectifs à atteindre.

Concrètement, le tableau de bord recense à ce jour 74 projets actifs répartis dans plusieurs dizaines de pays africains. Parmi ceux-ci, on trouve aussi bien des projets nationaux que régionaux, comme l’interconnexion CLSG (Côte d’Ivoire-Liberia-Sierra Leone-Guinée) qui a déjà permis de raccorder plus de 6 994 foyers. Les données sont mises à jour régulièrement, garantissant une transparence totale sur l’avancement des travaux.

Projets en cours : des résultats tangibles

Selon les chiffres communiqués par la BAD et la Banque mondiale, 5,2 millions de personnes ont déjà été raccordées à l’électricité grâce aux projets soutenus par la Mission 300. Et ce n’est qu’un début : 35 millions de bénéficiaires supplémentaires sont attendus dans les prochaines années.

Les pays francophones occupent une place centrale dans ce dispositif. Parmi les priorités figurent notamment :

  • la Côte d’Ivoire, où le taux d’électrification dépasse déjà 80 % en zones urbaines mais reste faible en milieu rural ;
  • le Sénégal, avec le lancement de mini-réseaux solaires pour les villages isolés ;
  • le Niger, le Tchad et la Mauritanie, où les projets d’extension de réseau sont couplés à des solutions solaires décentralisées ;
  • le Bénin, le Togo et le Cameroun, engagés dans des réformes du secteur électrique ;
  • la République démocratique du Congo (RDC), qui possède le plus faible taux d’accès à l’électricité au monde (moins de 20 %).

L’initiative Mission 300 ne se limite pas aux grands réseaux. Elle accorde une place prépondérante à l’électrification rurale via des technologies décentralisées, considérées comme plus rapides et moins coûteuses pour atteindre les populations isolées.

Focus sur les solutions décentralisées et l’électrification rurale

Selon la BAD, plus de 50 millions de personnes ont déjà bénéficié, directement ou indirectement, des projets soutenus depuis le lancement de Mission 300. Parmi eux, une part croissante provient de solutions solaires hors réseau. Les mini-réseaux solaires, en particulier, connaissent un essor fulgurant : ils permettent d’alimenter des villages entiers sans attendre l’extension coûteuse du réseau national.

Des entreprises comme Engie Energy Access, Bboxx ou SunCulture déploient des kits solaires individuels payables en mobile money, facilitant l’accès pour les ménages les plus pauvres. La Banque mondiale estime que les solutions décentralisées pourraient représenter 60 % des nouveaux raccordements nécessaires pour atteindre les objectifs de la Mission 300.

Transparence et suivi en temps réel : un enjeu de gouvernance

Le lancement de ce tableau de bord public répond à une exigence croissante de transparence de la part des partenaires au développement. Historiquement, les projets d’électrification en Afrique souffrent d’un manque de données fiables et actualisées, ce qui complique le suivi des engagements. Avec MapAfrica, chaque citoyen, investisseur ou décideur peut consulter l’avancement des projets, les montants investis et les résultats obtenus.

« Ce tableau de bord est un outil de redevabilité qui permettra aux gouvernements, aux institutions financières et aux citoyens de mesurer les progrès réalisés », a souligné le président de la BAD, Akinwumi Adesina, lors du lancement. Les mises à jour sont prévues mensuellement, garantissant une réactivité face aux retards ou aux difficultés rencontrées sur le terrain.

Conclusion : un pas vers l’accès universel à l’électricité

La Mission 300 et son outil de suivi MapAfrica représentent une avancée majeure dans la lutte contre la pauvreté énergétique en Afrique. Si les objectifs semblent ambitieux (300 millions de personnes en 5 ans), les premiers résultats montrent que la dynamique est engagée. La combinaison de financements publics, de partenariats privés et de technologies innovantes offre un espoir concret pour des millions d’Africains.

Pour en savoir plus, consultez le site officiel de la Banque africaine de développement et le portail de la Banque mondiale.

Sources et liens utiles

Article rédigé le 25 mai 2025 – Mis à jour le 26 mai 2025

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