Le paysage énergétique suisse connaît une transformation majeure avec l’approbation par le Conseil fédéral, le 27 mai dernier, de plusieurs révisions d’ordonnances dans les domaines de l’énergie et de l’électricité. Au cœur de ces changements : une refonte du mécanisme de rémunération de l’électricité photovoltaïque injectée sur le réseau. L’objectif est de mieux refléter la réalité du marché, marquée par une augmentation des excédents de production solaire et des épisodes de prix négatifs. Cette décision s’inscrit dans la stratégie énergétique 2050 de la Confédération, qui vise à promouvoir les énergies renouvelables tout en garantissant la stabilité du réseau.
Selon l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), la puissance photovoltaïque installée en Suisse a bondi de plus de 40% en 2023, dépassant les 5 GW. Cette croissance rapide entraîne des surplus de production lors des journées ensoleillées, ce qui provoque une baisse des prix de l’électricité sur le marché spot, parfois jusqu’à des valeurs négatives. La réforme vise à envoyer un signal économique clair aux producteurs : il devient plus avantageux d’autoconsommer ou de stocker l’électricité plutôt que de l’injecter sur le réseau à perte.
Jusqu’à présent, la rémunération de l’électricité solaire injectée reposait sur un prix de référence trimestriel, qui lissait les variations du marché. Ce système ne tenait pas compte des fluctuations horaires, en particulier des périodes de forte production où les prix s’effondrent. Avec la multiplication des installations photovoltaïques, la Suisse connaît de plus en plus de situations où l’offre dépasse largement la demande, notamment entre 11h et 15h lors des beaux jours.
En 2024, le pays a enregistré plus de 50 heures de prix négatifs sur le marché day-ahead, un chiffre en hausse constante. Dans ce contexte, le Conseil fédéral a décidé que, à partir du 1er janvier 2027, faute d’accord entre producteurs et gestionnaires de réseau, la rémunération sera calculée sur la base du prix spot horaire au moment de l’injection. Cette mesure doit inciter les exploitants à adapter leur comportement : consommer localement, investir dans des batteries ou intégrer des systèmes de gestion intelligente.
Le nouveau mécanisme s’appliquera à toutes les installations photovoltaïques, avec une exception pour les petites unités de moins de 150 kW. Ces dernières continueront de bénéficier d’une rémunération minimale garantie. Concrètement, si le prix spot horaire est inférieur à un seuil de référence défini par l’OFEN, la différence sera compensée rétroactivement par un versement aux producteurs. Ce dispositif vise à protéger les petits producteurs tout en les exposant partiellement aux signaux du marché.
Selon Swissolar, l’association faîtière de l’industrie solaire suisse, cette réforme était attendue depuis longtemps. Elle permet de responsabiliser les producteurs et d’optimiser l’intégration du solaire dans le système électrique. Toutefois, l’association souligne la nécessité d’accompagner cette transition par des outils de transparence et de données accessibles.
L’exposition au prix spot horaire va naturellement encourager le déploiement de batteries derrière le compteur. Les exploitants d’installations photovoltaïques pourront stocker l’électricité produite en milieu de journée pour la revendre le soir, lorsque les prix sont plus élevés. Swissolar note que le coût des batteries a chuté de près de 70% en cinq ans, rendant cette solution économiquement viable pour de nombreux ménages.
En parallèle, les regroupements pour l’autoconsommation (RCP) et les communautés électriques locales (CEL) offrent des opportunités intéressantes. En mutualisant la production et la consommation à l’échelle d’un quartier, ces structures permettent de valoriser l’énergie solaire sans surcharger le réseau. L’OFEN estime que les CEL pourraient couvrir jusqu’à 15% de la demande électrique suisse d’ici 2030.
Pour les grandes installations, la commercialisation directe devient la norme. Les producteurs doivent donc s’équiper de systèmes de gestion énergétique capables de piloter automatiquement les batteries, les pompes à chaleur ou les chauffe-eaux en fonction des prix. Cela nécessite un accès fiable et en temps réel aux données de marché.
Swissolar demande que les prix day-ahead du marché suisse soient publiés sur le tableau de bord de l’OFEN, et qu’une interface de programmation (API) librement accessible soit mise à disposition. Selon l’association, ces données sont essentielles pour permettre aux systèmes de gestion de l’énergie d’optimiser la consommation et le stockage. Sans cela, les producteurs ne peuvent pas réagir efficacement aux signaux de prix.
L’association propose également que les gestionnaires de réseau de distribution mettent à disposition des données locales de production et de consommation, afin d’affiner les prévisions. Cela permettrait aux communautés électriques de mieux planifier leurs échanges et de réduire les congestions.
En Suisse, le marché de l’électricité est libéralisé pour les gros consommateurs, mais les ménages sont encore majoritairement captifs. La réforme pourrait accélérer l’ouverture du marché en donnant aux producteurs les outils pour devenir des acteurs actifs.
Parallèlement, le Conseil fédéral a modifié l’ordonnance sur l’encouragement de la production d’électricité issue d’énergies renouvelables (OEneR). Cette modification concerne l’indemnité de gestion versée aux producteurs participant à la commercialisation directe de leur électricité. L’adaptation fait suite à la mise en place, par Swissgrid, d’un nouveau modèle de tarification de l’énergie d’ajustement depuis le 1er janvier 2026.
La part fixe de l’indemnité reste inchangée à 0,11 ct./kWh, tandis que la part variable sera recalculée sur une base trimestrielle pour refléter les coûts réellement supportés par chaque filière renouvelable. La nouvelle méthode s’appliquera au photovoltaïque, à l’éolien, à la biomasse et à l’hydraulique à compter du 1er juillet 2026.
Pour les quelque 1 000 installations aujourd’hui engagées dans la commercialisation directe, cette adaptation doit rétablir une compensation des coûts liés à l’énergie d’ajustement, suspendue depuis l’entrée en vigueur du nouveau système tarifaire de Swissgrid. Les producteurs pourront ainsi mieux anticiper leurs charges et sécuriser leurs revenus.
La réforme de la rémunération du solaire en Suisse marque un tournant dans la politique énergétique du pays. En alignant les incitations sur les signaux du marché, la Confédération encourage l’autoconsommation, le stockage et la flexibilité. Les petites installations restent protégées, mais l’ensemble du secteur est appelé à s’adapter à un environnement plus dynamique.
Les prochaines années seront cruciales pour la mise en œuvre de ces mesures. La digitalisation du réseau, l’accès aux données et le développement des communautés électriques seront des leviers clés. La Suisse pourrait ainsi devenir un modèle pour l’intégration des énergies renouvelables dans un marché libéralisé.
Pour en savoir plus sur les énergies renouvelables en Suisse, consulter le site de l’Office fédéral de l’énergie.
Consultez l’étude de Swissolar sur le marché solaire 2024 (PDF) pour des données détaillées. Également, l’article de l’administration fédérale sur les révisions d’ordonnances (mai 2025) donne le cadre légal.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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