Le producteur indépendant d’électricité solaire Urbasolar, filiale du groupe suisse Axpo, a officialisé son intention de lancer un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) en France. Cette décision intervient dans un contexte de profondes mutations du marché photovoltaïque, marqué par des difficultés réglementaires, économiques et concurrentielles. L’entreprise prévoit la suppression d’environ cinquante postes sur un effectif total de 425 salariés en France, dans le cadre d’une réorganisation visant à renforcer sa compétitivité et à s’adapter aux nouvelles réalités du secteur.
Urbasolar justifie cette restructuration par plusieurs facteurs « sans précédent » affectant les marchés français et européen. En premier lieu, l’entreprise pointe la publication, en février 2026, de la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), qui a fixé des objectifs de développement solaire inférieurs aux attentes initiales des acteurs. Cette révision a entraîné une diminution significative des volumes d’appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). « Les volumes d’appels d’offres de la CRE ont fortement diminué, avec une absence quasi totale d’appels d’offres dédiés aux centrales au sol depuis juin 2025 et peu de visibilité au-delà de juillet 2026 », souligne le groupe. Cette raréfaction des opportunités commerciales fragilise les développeurs, dépendants des mécanismes de soutien public.
Au-delà du cadre réglementaire, Urbasolar met en avant des obstacles structurels qui pèsent sur la rentabilité des projets. L’allongement des délais de raccordement aux réseaux de transport et de distribution constitue un problème majeur. De nombreuses centrales photovoltaïques de grande taille doivent désormais attendre plusieurs années après leur mise en service avant d’être pleinement raccordées, ce qui génère des surcoûts de financement importants. Par ailleurs, les quotes-parts de raccordement (S3REnR) augmentent régulièrement et représentent aujourd’hui une part substantielle de l’investissement total. « Les quotes-parts de raccordement (S3REnR) augmentent régulièrement et représentent désormais une part importante de l’investissement total, rendant un nombre croissant de projets non rentables aux prix de marché actuels », explique l’entreprise.
À ces contraintes s’ajoutent la hausse des coûts des projets (matériaux, main-d’œuvre, financement) et une concurrence accrue sur le marché européen, qui tire les prix vers le bas. L’intensité concurrentielle sur les appels d’offres reste très forte, poussant les acteurs à proposer des tarifs extrêmement bas pour remporter les volumes disponibles. Parallèlement, la baisse des « capture prices » — due à la surproduction d’électricité solaire pendant les heures d’ensoleillement — rend les contrats d’achat d’électricité (PPA) rentables de plus en plus rares. Ces phénomènes conjugués créent une « forte contraction des revenus et une perte de couverture des coûts fixes », selon Urbasolar.
Malgré les mesures d’économie déjà engagées, Urbasolar indique rester en situation de perte opérationnelle. L’entreprise estime qu’un « redressement structurel est impératif » pour assurer sa pérennité. Le plan de réorganisation vise à adapter la taille et la stratégie du groupe aux nouvelles réalités du marché photovoltaïque européen. L’objectif est de gagner en agilité, de renforcer les compétences clés dans le développement de projets, le financement, l’ingénierie et l’exploitation, tout en maintenant la présence sur plusieurs marchés européens (France, Allemagne, Italie, Espagne et Pologne).
Dans le cadre de ce projet de PSE, Urbasolar prévoit la suppression d’environ cinquante postes en France, soit près de 12 % de ses effectifs dans l’Hexagone. Les discussions avec les représentants du personnel concernant les mesures d’accompagnement sont en cours. Antoine Millioud, président d’Urbasolar, a tenu à rassurer : « Cette réorganisation n’est pas un renoncement aux ambitions d’Urbasolar, mais une adaptation nécessaire aux réalités actuelles du marché. Nous en sortirons plus forts, plus agiles et mieux positionnés pour saisir les opportunités qu’offrira la reprise du secteur. » L’entreprise affirme maintenir son engagement auprès de ses clients et partenaires : collectivités, propriétaires fonciers, agriculteurs, promoteurs immobiliers ou acteurs de la construction et de l’exploitation.
Urbasolar n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs mois, les annonces de plans sociaux se multiplient dans le secteur photovoltaïque français. Boralex France a également engagé un PSE, justifié par des conditions de marché devenues non viables économiquement. « Notre priorité demeure la sauvegarde du maximum d’emplois et la solidité de notre implantation territoriale », avait déclaré un porte-parole de l’entreprise. Par ailleurs, le développeur Elements pourrait perdre un quart à un tiers de ses effectifs. Dans le segment résidentiel, la start-up nantaise Beem Energy, confrontée au ralentissement du marché du solaire en toiture, a été placée en procédure de sauvegarde fin novembre 2025. Cette vague de défaillances illustre les difficultés structurelles que traverse la filière solaire française, malgré des objectifs nationaux ambitieux à long terme.
Pour Urbasolar, l’enjeu est de survivre à cette phase de turbulences tout en se positionnant pour la reprise attendue du marché. Le groupe mise sur un recentrage sur ses marchés les plus porteurs, une optimisation de ses processus internes et une diversification de ses sources de revenus, notamment via les contrats de gré à gré et l’autoconsommation. Si les suppressions de postes sont douloureuses, la direction affirme sa volonté de préserver l’essentiel de ses compétences et de son ancrage territorial. La restructuration d’Urbasolar pourrait ainsi servir de test pour l’ensemble de la filière, appelée à s’adapter à un environnement plus concurrentiel et moins dépendant des subventions publiques.
En définitive, l’annonce d’Urbasolar reflète les tensions qui parcourent le secteur photovoltaïque français, entre ambitions climatiques et réalités économiques. La réussite de ce plan de restructuration dépendra de la capacité de l’entreprise à innover, à réduire ses coûts et à trouver de nouveaux relais de croissance, dans un marché européen en pleine mutation.
Sources complémentaires : Article original sur pv magazine France et site de la Commission de régulation de l’énergie.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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