Les compagnies pétrolières restent prudentes en renouvelables, TotalEnergies fait figure d’exception

Alors que la production mondiale d’électricité connaît un tournant historique vers les sources renouvelables, les géants du pétrole et du gaz avancent avec une prudence mesurée. Parmi eux, TotalEnergies se distingue comme un acteur majeur, bien loin de ses homologues américains. Le paradoxe est frappant : d’un côté, les énergies vertes explosent, de l’autre, les majors fossiles hésitent à s’y engager pleinement. Décryptage d’une transition énergétique à plusieurs vitesses.

Un marché des renouvelables en pleine croissance, mais une adoption timide par les pétroliers

Selon le dernier rapport stratégique de GlobalData, la production d’électricité renouvelable est passée de 7,4 PWh (7 400 TWh) en 2020 à une projection de 16,1 PWh en 2030, soit un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 8,1 %. La part des combustibles fossiles dans le mix électrique mondial devrait chuter de 62 % en 2020 à 50 % d’ici 2030. Cette dynamique est portée par la baisse des coûts des technologies solaires et éoliennes, les économies d’échelle et les politiques de décarbonation.

Pourtant, les compagnies pétrolières et gazières restent en retrait. Ravindra Puranik, analyste pétrole et gaz chez GlobalData, explique : « L’essor des renouvelables est influencé par les efforts mondiaux de décarbonation et les préoccupations de sécurité énergétique dans un contexte géopolitique tendu. Mais les majors fossiles diversifient leurs portefeuilles avec une certaine réserve. » Cette hésitation s’explique par des réalités financières et réglementaires contrastées entre régions.

TotalEnergies, leader européen des énergies renouvelables parmi les majors

TotalEnergies se démarque nettement. Avec des projets ambitieux dans l’éolien offshore et le solaire, le groupe français pourrait devenir l’un des plus grands producteurs mondiaux d’énergie éolienne d’ici la fin de la décennie. La compagnie mise sur un portefeuille diversifié : fermes éoliennes en mer du Nord, parcs solaires en Espagne et au Moyen-Orient, et investissements dans l’hydrogène vert. Cette stratégie contraste avec celle de BP et Shell, qui ont récemment freiné leurs ardeurs.

BP s’est ainsi retiré du projet Beacon Wind au large de New York, tandis qu’Equinor a ajusté ses objectifs renouvelables en raison de difficultés financières. TotalEnergies maintient le cap, profitant d’un environnement réglementaire favorable en Europe et d’incitations fiscales attractives. Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) de 2024, l’Europe reste le pôle le plus dynamique pour les investissements renouvelables des compagnies pétrolières.

Les majors américaines freinées par l’incertitude politique et les coûts

Aux États-Unis, le tableau est moins rose. Les coûts élevés des projets, les processus d’obtention de permis complexes et l’incertitude réglementaire – amplifiée par les positions de Donald Trump en faveur des fossiles – ont entraîné des retards, des pauses ou des annulations. ExxonMobil et Chevron restent très en retrait sur le renouvelable, préférant miser sur le gaz naturel et le captage de carbone.

Comme le souligne Puranik : « Des réglementations et incitations favorables en Europe et en Asie encouragent des flux de capitaux importants, tandis qu’aux États-Unis, les obstacles persistent. Malgré cela, les principales compagnies pétrolières continuent de progresser sur des projets phares là où l’environnement est le plus favorable. » Cette divergence géographique explique pourquoi les investissements des majors dans le solaire et l’éolien restent inférieurs à 5 % de leurs dépenses totales en 2024, selon une analyse de Reuters.

Vers 2030 : une transition à plusieurs vitesses

Les perspectives pour 2030 restent contrastées. Si les renouvelables doivent représenter plus de 40 % de l’électricité mondiale, la contribution des compagnies pétrolières à cet essor demeure modeste. TotalEnergies fait figure d’exception, mais BP, Shell et Equinor tentent de trouver un équilibre entre rentabilité pétrolière et impératifs climatiques. Les investisseurs exigent des rendements rapides, ce qui freine les projets verts à long terme.

Pour accélérer, les experts recommandent des politiques publiques plus stables – comme le Green Deal européen – et un prix du carbone élevé. Les majors pourraient alors jouer un rôle clé en apportant leur expertise industrielle et financière. En attendant, le monde regarde avec attention les prochains mouvements de TotalEnergies, qui pourrait bien redéfinir les standards du secteur.

Pour approfondir, consultez le rapport complet de GlobalData sur les énergies renouvelables dans le pétrole et le gaz.

Article mis à jour en juillet 2025.

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