La Pologne, historiquement dépendante du charbon pour sa production d’électricité, amorce une transformation profonde de son mix énergétique. Une étude récente de l’Université AGH de Cracovie, publiée dans la revue Scientific Reports, montre que le développement du photovoltaïque pourrait générer entre 20 000 et 40 000 emplois directs à temps plein d’ici 2040, selon les scénarios d’investissement et de maintenance. Ces résultats offrent une perspective concrète sur les retombées économiques de la transition énergétique polonaise.

Une étude pionnière pour évaluer l’impact socio-économique du solaire

L’équipe dirigée par Łukasz Lach a utilisé les données de l’Office central des statistiques de Pologne et de l’Observatoire de la transition énergétique pour modéliser l’évolution du secteur photovoltaïque entre 2026 et 2040. Contrairement au Plan national énergie-climat (PNEC) polonais, qui s’appuyait jusqu’ici sur des estimations étrangères, cette recherche propose une analyse locale et quantitative. « S’appuyer sur des données d’autres pays relève davantage de la conjecture que d’une analyse pertinente », explique Lach. L’objectif était donc de fournir aux décideurs des indicateurs fiables pour piloter la transition.

L’étude examine trois scénarios distincts :

  • Scénario de référence : prolongement du cadre législatif et commercial actuel, avec environ 20 000 emplois directs.
  • Scénario PEP2040 : basé sur la politique énergétique polonaise à l’horizon 2040, avec environ 25 000 emplois.
  • Scénario optimal pour l’industrie (SOI) : développement accéléré aligné sur les besoins stratégiques, avec 35 000 à 40 000 emplois.

Les auteurs recommandent la mise en œuvre du scénario SOI, car il maximise les retombées tout en répondant aux objectifs climatiques.

Évolution des types d’emplois : de la construction à la maintenance

Le profil des emplois évolue au fil du temps. Dans les premières années, la construction de petites installations (notamment les toitures résidentielles) domine. Mais à mesure que le parc solaire mûrit, les emplois liés à la maintenance des grandes centrales et des infrastructures deviennent prépondérants. « Le nombre d’emplois permanents de maintenance compense le déclin des emplois de construction », précise Łukasz Lach. Cette stabilité est cruciale pour les territoires touchés par la fermeture des mines de charbon.

L’étude ne prend pas en compte les emplois dits « induits » (créés indirectement via la consommation des salaires), mais la littérature estime qu’ils pourraient représenter 33 % à 100 % des emplois directs et indirects. Cela signifie que l’impact réel sur l’emploi pourrait être significativement plus élevé.

Le charbon encore présent, mais le solaire offre une reconversion

Malgré la progression des renouvelables, le charbon reste la première source d’électricité en Pologne. Le nombre d’emplois dans ce secteur demeure élevé, mais la tendance est à la baisse. « Le développement du photovoltaïque offre des opportunités évidentes aux anciens mineurs licenciés », souligne Lach. Des programmes de reconversion et de formation sont nécessaires pour accompagner cette transition juste.

Selon des données récentes de l’IRENA, la Pologne figurait parmi les dix premiers marchés solaires européens en 2023, avec une capacité installée dépassant les 17 GW. La dynamique devrait se poursuivre grâce aux prix élevés de l’électricité, à la demande industrielle en contrats d’achat d’électricité (PPA) et aux objectifs climatiques de l’Union européenne.

Les défis à surmonter : réseau et rentabilité

Łukasz Lach identifie plusieurs obstacles majeurs. Le plus urgent est la saturation du réseau électrique, qui entraîne des refus de raccordement et des limitations de production. « Des investissements substantiels dans les infrastructures de transport et de distribution sont essentiels », explique-t-il. Il préconise un modèle intégré combinant production solaire, stockage d’énergie, solutions de flexibilité et consommation locale efficace.

Les prix négatifs de l’électricité en période de forte production solaire constituent un autre défi. Sans mécanismes de stockage ou de flexibilité, les retours sur investissement risquent de diminuer. La Pologne doit également moderniser son cadre réglementaire pour encourager l’autoconsommation et les communautés énergétiques.

Pour approfondir, consultez l’analyse de pv magazine sur les perspectives du solaire polonais.

Perspectives à long terme : un modèle pour l’Europe centrale

La transition du charbon au solaire en Pologne pourrait servir de référence pour d’autres pays d’Europe centrale encore dépendants des combustibles fossiles. L’étude de l’Université AGH démontre qu’avec une volonté politique forte et des investissements ciblés, il est possible de créer des emplois stables tout en réduisant les émissions de CO₂.

Le scénario SOI, le plus ambitieux, nécessite une montée en puissance rapide des capacités de production et de stockage, ainsi qu’une simplification des procédures administratives. Si ces conditions sont réunies, la Pologne pourrait non seulement atteindre ses objectifs climatiques, mais aussi devenir un leader régional du photovoltaïque.

En conclusion, le solaire polonais ne se limite pas à une question environnementale : c’est un levier de développement économique et social, capable d’offrir des emplois durables aux travailleurs du charbon et de dynamiser les territoires.

Article basé sur l’étude « Economic and environmental impacts of growing photovoltaic deployment in Poland », publiée dans Scientific Reports (2025).

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