La table ronde organisée par Dualsun et la Fondation GoodPlanet, dans le cadre de l’exposition Vivre Ensemble à Paris, a mis en lumière les défis spécifiques de l’autoconsommation collective (ACC). Ce modèle, techniquement mature, bute encore sur des verrous organisationnels et réglementaires. Au-delà de la simple production solaire, le débat s’est concentré sur la capacité des différents acteurs – hors industries – à déployer des boucles locales efficaces et dispersées sur le territoire.

Réseau électrique : un modèle à réinventer

Le modèle historique du réseau français, conçu pour une énergie descendante et continue, montre ses limites face à l’injection croissante des énergies renouvelables. Christophe Gros (Enedis) le rappelle : « aujourd’hui on doit prendre en compte des pointes d’injection avec peu de consommation en face et la solution c’est d’augmenter la consommation, pas en consommant plus d’énergie mais en électrifiant plus d’usages et en alignant la consommation quand les prix sont bas. » Un discours pertinent, mais qui n’est pas encore totalement suivi par la tendance actuelle.

L’inversion des flux impose une nouvelle gestion de l’électricité au niveau local. Le concept d’îlot, qui permet d’augmenter la taille et la flexibilité de la consommation au sein d’une opération d’ACC, est particulièrement intéressant. Comme le souligne Rémi Bastien (Enogrid), « avant le réseau était alimenté par les producteurs en continu, aujourd’hui il y a un pas de 15 minutes entre production et consommation. » L’ACC devient alors le levier technique pour lisser ces décalages et valoriser la production locale au plus près du consommateur.

Paris : une dérogation demandée à la DGEC

Sur le terrain, la contrainte patrimoniale est un frein important, même pour les propriétaires de grands parcs. Alice Timsit (Mairie de Paris) admet que « toutes les toitures ne pourront pas être équipées » dans la capitale, sous la surveillance des Bâtiments de France – bien qu’elle affirme que seuls 10 % des projets photovoltaïques soient actuellement recalés. Pour dépasser ce plafond de verre, Paris a demandé une dérogation à la DGEC pour étendre le périmètre de l’ACC à deux kilomètres. L’objectif est de créer des opérations à plus grande échelle en intégrant non seulement les 25 % de logements sociaux parisiens, mais aussi le parc immobilier municipal situé en banlieue.

Le parc social : un gisement majeur pour l’autoconsommation collective

Les logements sociaux représentent un potentiel point de bascule dans le développement de l’ACC. Emmanuelle Cosse (Union sociale pour l’habitat) souligne que plus de 50 % du parc social français est encore dépendant des énergies fossiles – un choix politique historique. Pour la présidente de l’USH, la solution ne réside pas dans des actions isolées mais « à l’échelle d’un îlot ou d’un quartier » pour offrir plus de flexibilité. Cette approche complexe nécessite de « mettre tout le monde autour de la table ». Elle insiste également sur l’importance de garantir une sécurité d’approvisionnement et un niveau de service équivalent aux chaudières gaz actuelles, ce qui implique de développer un réseau de professionnels fiables et capables d’intervenir rapidement.

Le décret sur la clé de répartition : un enjeu technique plutôt qu’un blocage ?

Interrogé par pv magazine France sur le potentiel décret à venir concernant les clés de répartition, l’auditoire a été surpris d’entendre que cet enjeu serait finalement « une question technique plutôt qu’un vrai blocage ». Les consommateurs et opérateurs semblaient particulièrement concernés, et ont été étonnés qu’un acteur comme Enogrid, qui considérait pourtant l’enjeu comme critique dans nos colonnes, évacue le sujet aussi rapidement. Affaire à suivre.

Conclusion

L’autoconsommation collective est un levier prometteur pour la transition énergétique, mais elle nécessite une évolution des modèles organisationnels et réglementaires. Les initiatives locales, comme la demande de dérogation de la Ville de Paris, montrent une volonté d’avancer. Le déploiement à grande échelle passera par une coordination entre acteurs publics, gestionnaires de réseau et bailleurs sociaux.

Pour approfondir, consultez les ressources de Enedis sur l’autoconsommation collective, ou le guide de la DGEC sur les énergies renouvelables.

Inscrivez-vous en avant-première pour ne rien manquer de nos prochaines actualités.

Espace d'échanges et avis

  • Soyez le premier à partager votre expérience ou à poser une question.
La parole est à vous !

Vérification SMS

Saisissez le code reçu par SMS :

Vérification SMS

Entrez le code de validation envoyé sur votre mobile pour finaliser votre demande.