L’autoconsommation collective (ACC), qui permet à des voisins, des entreprises ou des collectivités de partager localement l’électricité produite par des panneaux solaires, connaît un essor fulgurant en France. Avec près de 2 000 opérations recensées fin mars 2026, soit une progression de plus de 120 % sur un an, le pays affiche un record européen. Pourtant, un projet de réforme réglementaire porté par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) menace aujourd’hui ce modèle en supprimant la souplesse de répartition de l’énergie. Décryptage d’une controverse qui agite le secteur solaire.
L’ACC incarne une forme de démocratie énergétique où les citoyens et les acteurs locaux se réapproprient leur production d’électricité. En mutualisant l’énergie solaire au sein d’une même boucle géographique, ce dispositif permet de réduire les factures, de favoriser la solidarité entre consommateurs et de limiter les pertes sur le réseau. Mais ce succès semble susciter des inquiétudes au sein de l’administration. Mi-avril 2026, le Conseil supérieur de l’énergie (CSE) a examiné un arrêté visant à réformer les règles de répartition de l’énergie dans les opérations d’ACC.
Jusqu’à présent, les participants à une boucle d’ACC pouvaient ajuster a posteriori la répartition de l’énergie produite en fonction de la consommation réelle de chacun. Cette flexibilité permettait d’optimiser le taux d’autoconsommation et de tenir compte des aléas météorologiques ou des variations de production. Le nouveau texte, inspiré par la DGEC, impose de figer à l’avance les clés de répartition, jusqu’à deux jours avant la livraison, en maximisant le taux d’autoconsommation. Concrètement, les consommateurs devraient anticiper leurs besoins sans possibilité d’ajustement en temps réel.
Officiellement, la DGEC justifie cette mesure par la volonté de prévenir des « arbitrages opportunistes ». Selon elle, certains professionnels pourraient utiliser cette flexibilité pour optimiser la répartition en fonction des prix du marché, au détriment de l’équilibre du réseau. La DGEC propose également la création d’un « bandeau » qui réserverait un pourcentage fixe de la production à la boucle ACC, mais figé sur plusieurs années, ce qui empêcherait d’intégrer de nouveaux consommateurs au fil du temps.
Le syndicat Enerplan, qui représente les acteurs de la filière solaire, a vivement réagi en déposant plusieurs amendements. L’un d’eux proposait un bandeau mensuel ajustable, permettant une flexibilité tout en encadrant les pratiques. Malheureusement, cet amendement a été rejeté par le CSE le 16 avril 2026. Pour Enerplan, cette réforme « remet en cause la viabilité économique des projets d’ACC et ébranle la confiance des investisseurs ».
Le modèle de l’autoconsommation collective, qui repose sur la solidarité et la souplesse, se trouve aujourd’hui fragilisé. Les professionnels redoutent un ralentissement brutal des projets en cours et à venir. « À chaque avancée du solaire, une mesure vient contraindre son développement », déplore un expert du secteur. Si la mesure est confirmée par arrêté, la France pourrait voir son leadership européen dans l’ACC menacé. Selon les données du ministère de la Transition écologique, le pays comptait 1 980 opérations d’ACC au premier trimestre 2026, contre 900 un an plus tôt.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Une relance des discussions entre la DGEC, les professionnels et les associations est espérée avant la publication officielle de l’arrêté. Les acteurs de la filière appellent à un « dialogue constructif » pour trouver un équilibre entre encadrement nécessaire et flexibilité indispensable au développement de l’ACC. Comme le rappelait Albert Camus : « Quand il n’y a pas d’espoir, il faut inventer l’espoir. »

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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