La crise géopolitique au Moyen-Orient crée une onde de choc sur les marchés mondiaux de l’énergie, avec des répercussions directes et asymétriques sur le coût et la sécurité de l’approvisionnement électrique. Une étude approfondie du cabinet d’analyse Wood Mackenzie, intitulée « The Great Power Divide », révèle une fracture nette entre les pays vulnérables et ceux mieux protégés. Cet article détaille les marchés les plus exposés, les mécanismes en jeu et les perspectives pour les années à venir.

Une fracture mondiale entre gagnants et perdants

L’étude de Wood Mackenzie analyse l’impact sur 13 marchés électriques majeurs : Brésil, Chine, France, Allemagne, Inde, Italie, Japon, Corée du Sud, Espagne, Thaïlande, États-Unis, Royaume-Uni et Vietnam. Depuis l’escalade du conflit, les prix spot du GNL en Asie ont bondi de 94%, et ceux du charbon ont augmenté de 17% à 31%. Cette flambée des prix des combustibles fossiles affecte directement les pays dont la production d’électricité en dépend fortement.

Les marchés les plus exposés : Japon, Corée du Sud et Italie

La vulnérabilité d’un pays est directement corrélée à sa dépendance aux importations de charbon et de gaz. Selon l’étude, les marchés les plus à risque sont :

  • Japon : 64% de sa production électrique dépend des importations de combustibles fossiles.
  • Corée du Sud : avec une dépendance de 56%.
  • Italie : 47% de son mix électrique est concerné.

Ces pays font face aux plus fortes hausses de coûts de production et à des risques accrus de tensions sur leur approvisionnement.

Les marchés les plus résilients : États-Unis, Brésil, Chine et Inde

À l’opposé, certains grands pays bénéficient d’une forte autonomie énergétique. Les États-Unis et le Brésil affichent une vulnérabilité extrêmement faible, entre 0% et 1%. La Chine et l’Inde sont également mieux protégées grâce à leurs importantes ressources domestiques en énergies fossiles et à leurs investissements massifs dans les renouvelables. Le Brésil se distingue par un mix électrique largement dominé par l’hydroélectricité.

Les énergies renouvelables et nucléaires, amortisseurs limités à court terme

Interrogé sur le rôle des énergies vertes, Xizhou Zhou, vice-président exécutif chez Wood Mackenzie, tempère les attentes. Il explique que les investissements dans les capacités non fossiles mettent du temps à modifier significativement le mix énergétique. Par exemple, malgré une décennie de croissance spectaculaire, la Chine produit encore 56% de son électricité à partir du charbon et du gaz.

Il souligne également le rôle-clé du nucléaire, capable d’amortir les chocs, mais dont le potentiel est sous-utilisé dans certains pays exposés :

  • L’Allemagne a choisi de fermer l’ensemble de ses centrales nucléaires.
  • Le Japon peine à redémarrer son parc après l’accident de Fukushima.
  • La Corée du Sud a connu des politiques contradictoires sur le sujet.

Scénarios de coûts et défis politiques à venir

L’analyse propose deux scénarios principaux pour les 13 marchés étudiés :

  • Scénario central (désescalade en 2026) : Le coût moyen de production augmenterait d’environ 2,30 $/MWh (2,10 €/MWh).
  • Scénario de prix élevés persistants : La hausse moyenne serait de 26%, soit environ 8,30 $/MWh (7,60 €/MWh).

Pour les pays les plus touchés, les surcoûts seraient bien plus lourds, atteignant par exemple 22,40 $/MWh en Italie ou 17,00 $/MWh au Japon.

Allen Wang, vice-président de Wood Mackenzie pour l’Asie-Pacifique, estime que ces hausses poseront des défis politiques majeurs. Les gouvernements devront arbitrer entre subventions, interventions réglementaires et ajustements tarifaires pour les consommateurs. Dans les économies émergentes, la hausse des coûts menace directement la fiabilité des systèmes électriques, rendant plus difficile la sécurisation d’approvisionnements d’urgence.

La gestion de la demande, un levier sous-estimé

Xizhou Zhou rappelle que l’adaptation de la consommation est un outil puissant. Il cite l’exemple du Japon post-Fukushima, où la fermeture du parc nucléaire (30% de la production) a été compensée non seulement par du gaz et du charbon, mais aussi par des mesures de sobriété énergétique, comme l’acceptation des tenues légères en été pour réduire la climatisation. La consommation d’électricité du pays n’est jamais revenue à son niveau d’avant 2011.

En conclusion, la crise au Moyen-Orient agit comme un révélateur des vulnérabilités structurelles des systèmes électriques mondiaux. La transition vers des mix plus résilients, combinant renouvelables, nucléaire et sobriété, apparaît plus que jamais comme une nécessité stratégique, tant pour la sécurité énergétique que pour la stabilité économique.

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