Réforme du solaire en 2025 : Un frein brutal pour les petites installations et l’autoconsommation

Réforme du solaire en 2025 : Un frein brutal pour les petites installations et l’autoconsommation

Le secteur du photovoltaïque français, et particulièrement celui des petites installations, traverse une période de grande incertitude. Alors que la transition énergétique est plus que jamais d’actualité, une série de réformes annoncées par le gouvernement au printemps 2025 suscite l’inquiétude des professionnels et des particuliers. Ces changements, perçus comme brutaux et peu concertés, pourraient significativement ralentir le déploiement des panneaux solaires sur les toits des maisons, des entreprises et des collectivités.

Une annonce gouvernementale en deux temps

Le 2 avril 2025, les ministres Roland Lescure et Maud Brégeon ont présenté le calendrier des appels d’offres pour les grandes installations renouvelables. Dans ce cadre, ils ont évoqué, de manière peu détaillée, une future évolution du dispositif de soutien pour les installations de moins de 100 kWc (kilowatt-crête), orientant celui-ci vers l’autoconsommation. Une réforme du cadre de l’autoconsommation collective était également mentionnée.

Sur le principe, la profession, représentée par le syndicat des professionnels de l’énergie solaire Enerplan, partageait ces objectifs de valorisation de l’énergie consommée sur place. La surprise fut totale lorsque, le soir même, deux projets d’arrêtés détaillant ces réformes ont été envoyés au Conseil supérieur de l’énergie (CSE) pour avis, sans aucune concertation préalable avec la filière.

Une baisse drastique du tarif de rachat du surplus

Le premier texte concerne le « guichet ouvert » pour les installations inférieures à 100 kWc. Il prévoit une refonte complète des soutiens publics, avec des conséquences financières majeures pour les petits producteurs (particuliers, PME, collectivités) :

  • Division par plus de 4 du tarif de rachat du surplus : Le tarif passerait à environ 0,011 €/kWh lorsque les prix de marché sont positifs.
  • Une chute vertigineuse pour les très petites installations : Pour le segment 0-9 kWc, cela représenterait une division par plus de 12 par rapport au tarif en vigueur en mars 2025 (environ 0,04 €/kWh).
  • Suppression de la prime à l’autoconsommation : Un dispositif incitatif supplémentaire disparaîtrait.
  • Tarif nul en période de prix négatifs : Les producteurs ne seraient plus rémunérés lors des épisodes où le prix de l’électricité est négatif sur les marchés.

Pour comprendre le contexte des prix de marché de l’électricité, il est utile de se référer aux analyses publiées par RTE, le gestionnaire du réseau de transport français.

Un coup dur pour la filière et les territoires

Cette réforme brutale intervient après une année 2024 déjà marquée par des changements ayant fragilisé les installateurs. Elle risque, selon Enerplan, de supprimer toute rémunération significative pour le surplus d’électricité injecté sur le réseau par les petits producteurs. Ces derniers, n’étant pas des acteurs aguerris du marché, dépendent de la stabilité des dispositifs de soutien pour rentabiliser leur investissement.

Cette instabilité réglementaire menace directement l’activité des milliers d’entreprises d’installation, souvent des TPE-PME ancrées dans les territoires ruraux, et pourrait entraîner des pertes d’emplois. Elle sape également la confiance des citoyens et des collectivités désireux de s’engager dans la production d’énergie renouvelable.

L’autoconsommation collective remise en cause

Le second projet d’arrêté transmis au CSE vise à réformer l’autoconsommation collective (le partage d’électricité produite localement entre plusieurs consommateurs). Si l’objectif affiché de « maximiser l’autoconsommation » est partagé, la méthode est vivement critiquée.

Le texte supprimerait la liberté pour les communautés de participants (un immeuble, un quartier) de répartir la production comme elles l’entendent. Il imposerait une répartition favorisant mécaniquement les plus gros consommateurs, au détriment des règles établies d’un commun accord par les membres. Cette mesure s’appliquerait même de manière rétroactive, remettant en cause la viabilité économique des opérations déjà lancées.

Cette approche est jugée contradictoire avec la volonté politique de développer les boucles locales et la production citoyenne. Pour en savoir plus sur les modèles d’autoconsommation, le site du Commission de régulation de l’énergie (CRE) propose des ressources détaillées.

Un appel urgent au dialogue et au retrait des textes

Daniel Bour, président d’Enerplan, a exprimé son incompréhension et son inquiétude. Il souligne que le tarif de rachat proposé (1,1 centime/kWh) est inférieur au prix de marché moyen de l’électricité solaire (environ 4,2 c€/kWh), ce qui envoie selon lui un signal économique absurde et décourageant.

Face à cette situation, Enerplan demande :

  1. Le retrait immédiat des deux projets d’arrêtés de l’ordre du jour du CSE.
  2. La tenue d’une concertation d’urgence entre le ministère de la Transition énergétique et les représentants de la filière solaire.
  3. L’élaboration conjointe d’une réforme équilibrée, qui accompagne la transition vers l’autoconsommation sans anéantir la rentabilité des projets et sans détruire la confiance des acteurs.

L’enjeu dépasse la simple adaptation d’un tarif. Il s’agit de la crédibilité de la politique énergétique française et de la capacité du pays à mobiliser tous les acteurs, des plus grands groupes aux plus petits producteurs, dans la course contre la montre pour la transition écologique.

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