Dans le paysage énergétique français en pleine mutation, les prairies d’élevage émergent comme un actif foncier stratégique pour le développement du photovoltaïque. Loin d’être une simple tendance, cette orientation redéfinit les modèles de prospection et incarne le cœur de l’agrivoltaïsme, conciliant production d’énergie renouvelable et maintien de l’activité agricole. Une analyse des données de prospection révèle l’ampleur et les caractéristiques de ce mouvement.
Depuis janvier 2025, l’analyse de plus de 900 fiches de prospection couvrant près de 14 000 hectares démontre un changement de paradigme. Près de la moitié (45%) des projets sécurisés par les développeurs ne concernent plus uniquement les friches industrielles ou les carrières, mais bien des prairies. Cette typologie de foncier a permis de sécuriser plus de 1 170 MWc de puissance, devenant ainsi le socle principal de l’agrivoltaïsme en France.
Ce succès s’explique par une compatibilité naturelle avec plusieurs enjeux clés : la présence d’un exploitant actif, le maintien d’un usage agricole (notamment l’élevage) sous les panneaux, et une acceptabilité locale souvent renforcée comparée à d’autres types de projets. La prairie représente ainsi une solution « gagnant-gagnant », offrant aux éleveurs un complément de revenu stable tout en permettant à la France d’accélérer le déploiement de ses capacités renouvelables, conformément aux objectifs de la Stratégie Française pour l’Énergie et le Climat.
L’examen des données permet de dresser un profil précis des parcelles recherchées pour l’implantation de centrales solaires.
La surface moyenne des prairies prospectées est de 15,1 hectares, avec une médiane de 11,3 hectares. La grande majorité (63%) des fiches se situe dans une fourchette de 5 à 20 hectares. Les très grandes parcelles de plus de 50 hectares restent marginales (2% du total). Ces chiffres indiquent une cible privilégiée : des surfaces intermédiaires, suffisamment étendues pour assurer la rentabilité économique d’un projet solaire, sans être excessivement rares sur le marché foncier, ce qui permet d’envisager un développement à grande échelle.
Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas de spéculateurs fonciers. Les exploitants concernés sont majoritairement des éleveurs en activité, souvent spécialisés en bovins ou ovins, avec un âge moyen de 54,5 ans. Pour beaucoup, l’installation de panneaux solaires intervient à un moment charnière de réflexion sur l’avenir de leur exploitation. Le photovoltaïque représente alors une opportunité de valoriser un patrimoine foncier sans le vendre et de sécuriser un revenu complémentaire à long terme, participant ainsi à la pérennité des exploitations.
Sans surprise, les régions les plus ensoleillées et à forte densité d’élevage concentrent l’essentiel des projets. La Nouvelle-Aquitaine arrive en tête (22% des fiches), suivie de l’Occitanie (16%), d’Auvergne-Rhône-Alpes (13%), des Pays de la Loire (10%) et du Grand Est (7%). Au niveau départemental, l’Allier est le plus représenté. La présence notable de régions comme le Grand Est prouve que le potentiel agrivoltaïque sur prairie ne se limite pas au sud de la France et existe partout où l’élevage est présent.
L’analyse des types d’élevage révèle une domination de l’ovin, mentionné dans 54% des cas. Cette espèce est réputée pour sa grande compatibilité avec les installations photovoltaïques au sol. Viennent ensuite les bovins (35%), les équins (7%) et les volailles (4%). La progression significative des projets associés aux bovins constitue un signal fort. Elle démontre que l’acceptabilité technique et sociale de l’agrivoltaïsme pour ce type d’élevage est désormais acquise, pourvu que les projets soient bien conçus et menés en concertation étroite avec l’éleveur.
Contre toute attente, l’analyse des données infirme l’idée que l’ensoleillement (mesuré par le Global Horizontal Irradiation ou GHI) soit le critère décisif sur les prairies. Les valeurs de GHI sont quasiment identiques entre les projets retenus et ceux encore en prospection (autour de 1270-1280 kWh/m²).
Le succès d’un projet repose en réalité sur une combinaison de facteurs plus complexes : la surface disponible, la proximité d’un poste de raccordement au réseau électrique, le contexte urbanistique (plan local d’urbanisme, servitudes) et, surtout, la qualité de la relation et du dialogue établi avec l’éleveur. C’est cette approche partenariale, intégrant le projet solaire au projet agricole, qui devient le véritable levier d’acceptation et de réussite.
À propos de l’auteur : Fondée en 2020, Ferme Solaire est une plateforme spécialisée dans l’identification et la qualification de foncier pour le compte de développeurs photovoltaïques. Elle a étudié plus d’un million d’hectares et accompagne la filière dans le déploiement de projets d’agrivoltaïsme durables.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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