Une étude récente révèle que la transition énergétique du Pakistan est bien plus avancée que ne le suggèrent les chiffres officiels. Portée par les consommateurs et les entreprises, l’explosion du solaire distribué redéfinit en silence le paysage énergétique national, avec des implications majeures pour l’économie et la sécurité énergétique du pays.

Un déploiement solaire massif invisible dans les statistiques

Selon un rapport du groupe de réflexion Renewables First, basé à Islamabad, la capacité solaire installée au Pakistan a atteint environ 32 GW en juin 2023. Le constat est saisissant : les données officielles, qui ne recensent que l’électricité du réseau et les grands projets, n’en captaient qu’une faible partie. Elles indiquaient environ 6,8 GW en facturation nette et 780 MW pour les centrales à grande échelle à la même période. Cela signifie qu’un segment de marché distribué estimé à plus de 24 GW évoluait en dehors des radars des institutions.

Nabiya Imran, co-auteure de l’étude, confirme à pv magazine International l’absence d’une source unique et vérifiable offrant une vue d’ensemble complète du solaire en net-metering, en autoconsommation et hors réseau. Ce manque de visibilité complique la planification d’un avenir énergétique stable et optimisé.

Les conséquences d’une comptabilité énergétique incomplète

Cette sous-déclaration a des répercussions directes sur la perception de l’économie pakistanaise. Elle donne l’impression d’une stagnation de la consommation d’énergie malgré la croissance démographique, l’urbanisation et l’expansion économique. Lorsque l’on intègre la production solaire distribuée non comptabilisée, la consommation énergétique du Pakistan s’aligne enfin avec sa trajectoire économique réelle.

Plus fondamentalement, cette opacité maintient artificiellement l’illusion d’une dépendance continue aux combustibles fossiles, retardant les ajustements politiques et réglementaires nécessaires.

Un potentiel colossal d’économies et de résilience

L’analyse de Renewables First, intitulée « Des électrons entrants, des hydrocarbures sortants », quantifie les bénéfices de cette révolution silencieuse. Les importations de modules solaires, qui devraient atteindre 51,5 GW d’ici juin 2025, représentent un potentiel extraordinaire :

  • Éviter jusqu’à 180 milliards de dollars d’importations de combustibles fossiles sur la durée de vie des installations.
  • Générer environ 1 730 TWh d’électricité propre sur la même période.
  • Réduire la vulnérabilité du pays aux chocs des prix mondiaux et à la volatilité des devises.

L’étude oppose l’inefficacité du système fossile – où près de 60% de l’énergie primaire est perdue – à la résilience et à la haute efficacité du solaire distribué, surtout lorsqu’il est couplé à des usages finaux électrifiés.

La « réorientation silencieuse » de l’économie énergétique

Le rapport souligne que le système énergétique pakistanais subit déjà une transformation profonde, dictée par la rationalité économique des consommateurs bien avant les décisions politiques. L’électrification par le solaire devient la caractéristique déterminante de la satisfaction de la demande énergétique.

Ce marché porté par les particuliers et les entreprises a le potentiel de faire passer le Pakistan d’un État purement consommateur d’électricité à un pays développant une véritable capacité de production nationale dans les technologies propres.

Le défi politique : accompagner une transition inéluctable

La question centrale pour les décideurs n’est plus de savoir si cette électrification massive aura lieu, mais comment les institutions, la réglementation et les modèles économiques des services publics vont s’adapter pour l’accompagner. Le rapport met en garde contre les risques d’une transition non coordonnée :

  • Une pression fiscale accrue sur les utilities publiques.
  • Un prolongement de l’exposition à la volatilité des importations de carburants.
  • Une planification du réseau rendue inefficace par le manque de données.

L’intégration urgente du solaire distribué dans les méthodologies officielles de comptabilité énergétique est présentée comme une première étape indispensable pour une gestion éclairée de cette transition. Pour en savoir plus sur les politiques énergétiques mondiales, vous pouvez consulter les analyses de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE).

En conclusion, le Pakistan vit une révolution énergétique menée par son secteur privé et ses citoyens. La capacité solaire réelle, largement sous-estimée, offre une opportunité historique de sécurité énergétique et de croissance économique. La balle est maintenant dans le camp des politiques pour créer un cadre qui transforme ce boom non officiel en une stratégie nationale cohérente et bénéfique pour tous.


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