État des lieux des appels d’offres PPE2 : la CRE fait le point sur le déploiement des énergies renouvelables

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié début 2026 une analyse complète de l’avancement des appels d’offres lancés dans le cadre de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) 2019-2028. Ce bilan, portant sur les dispositifs initiés en 2021, dresse un panorama du soutien au développement des énergies renouvelables électriques en France métropolitaine et évalue leur contribution aux objectifs de transition énergétique.

Un objectif de 29 GW en bonne voie d’être instruit

Le rapport de la CRE indique que, fin 2025, plus de 80 % des volumes d’électricité renouvelable mis en concurrence ont été instruits. Concrètement, sur l’objectif total de 29 gigawatts (GW) prévu d’ici à 2026, 23 GW ont été examinés et 18,2 GW ont été attribués à des lauréats. Ce volume retenu représente 63 % de l’ambition globale fixée par l’État, marquant une accélération significative du rythme des attributions.

Une dynamique redémarrée après des débuts difficiles

Le lancement de ces appels d’offres en 2021-2022 avait été fortement impacté par la crise énergétique et l’inflation des coûts des matériaux et de la construction, entraînant des taux de participation initialement faibles. Pour relancer la machine, la CRE a adapté les cahiers des charges, en y intégrant notamment un mécanisme d’indexation des tarifs. Ce dispositif, crucial, permet de mieux prendre en compte l’évolution des coûts entre le dépôt d’une offre et la mise en service effective du projet, offrant une meilleure visibilité aux porteurs de projets.

Grâce à ces ajustements, la dynamique s’est nettement redressée à partir de mi-2023. Fin 2025, les volumes attribués couvrent 78 % des volumes qui avaient été mis en appel d’offres, contre seulement 68 % fin 2023. Cette reprise a permis de stimuler le déploiement du solaire photovoltaïque et de l’éolien terrestre, même si un décalage persiste par rapport au calendrier initialement espéré.

L’évolution des prix : entre baisse des coûts et pression financière

La période de crise a laissé des traces sur les prix des projets. Entre 2021 et mi-2023, les tarifs proposés par les candidats ont fortement augmenté : +40 % pour le photovoltaïque au sol, +22 % pour le photovoltaïque sur bâtiment et +35 % pour l’éolien terrestre.

Un décalage entre baisse des investissements et prix de l’électricité

Une tendance paradoxale est observée depuis 2023 : tandis que les prix du solaire commencent à baisser et ceux de l’éolien se stabilisent, les coûts d’investissement initiaux (CAPEX) ont, eux, nettement diminué, en particulier dans le secteur photovoltaïque. La CRE explique ce décalage par deux facteurs majeurs :

  • Le maintien de taux d’intérêt élevés (autour de 3 à 4 % en 2025, contre moins de 2 % fin 2021), qui alourdissent le financement des projets.
  • La hausse continue des coûts d’exploitation (assurances, maintenance, fiscalité), dont le poids dans l’économie globale des parcs ne cesse de croître.

Malgré ce contexte, la CRE anticipe qu’une concurrence accrue entre les développeurs pourrait conduire à une baisse plus marquée des prix dans les prochains appels d’offres.

Un soutien public conséquent, mais des incertitudes sur le long terme

L’accompagnement financier de l’État représente un levier essentiel. Les projets lauréats identifiés à mi-2025 pourraient bénéficier d’environ 5,7 milliards d’euros d’aides publiques sur la durée totale des contrats. Ce chiffre, exprimé en euros constants 2025, est calculé dans un scénario de prix de marché médian et intègre une hypothèse de taux de non-réalisation des projets (taux de chute) de 20 %.

Une sensibilité extrême aux prix du marché de l’électricité

La CRE souligne que le montant final du soutien public reste très volatile, car il dépend directement des prix futurs de l’électricité sur les marchés. Dans un scénario de prix bas, les aides pourraient plus que doubler. À l’inverse, dans un contexte de prix de marché durablement élevés, le mécanisme des appels d’offres pourrait devenir une source nette de recettes pour l’État, les lauréats reversant alors de l’argent au lieu d’en percevoir.

À court terme, les sommes effectivement déboursées restent limitées, car la majorité des projets attribués sont encore en phase de développement et peu ont atteint la mise en service.

Le défi industriel : une dépendance aux importations pour le solaire

Au-delà des aspects économiques et réglementaires, le rapport de la CRE met en lumière un enjeu stratégique de souveraineté industrielle. Si les turbines pour l’éolien terrestre proviennent majoritairement de fabricants européens, la filière photovoltaïque reste très dépendante des importations. La grande majorité des panneaux solaires utilisés par les lauréats des appels d’offres sont encore produits en Chine, ce qui expose la chaîne d’approvisionnement à des risques géopolitiques et logistiques. Cet état de fait renforce l’urgence des initiatives visant à rebâtir une industrie solaire européenne, comme le soutien à la création de gigafactories sur le sol français et européen.

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