Dans le cadre d’une rationalisation de ses actifs, TotalEnergies a lancé la vente d’un portefeuille de centrales solaires historiques d’une puissance cumulée de 17 mégawatts-crête (MWc), situées dans les départements et régions d’outre-mer (DROM). Cette opération marque une volonté du groupe énergétique de se concentrer sur des projets de plus grande envergure dans ces territoires, sans pour autant signifier un désengagement. Cette évolution stratégique intervient dans un contexte de fort potentiel de développement mais aussi de défis économiques et réglementaires spécifiques aux zones non interconnectées (ZNI).

Les détails de la cession d’actifs solaires historiques

Le portefeuille mis en vente par TotalEnergies Renouvelables comprend 32 centrales photovoltaïques, principalement installées en toiture et sur des ombrières de parking. Ces actifs, dont la plupart sont en service depuis plus de dix ans, sont répartis sur quatre territoires : La Réunion, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane. D’une puissance unitaire souvent inférieure à 1 MWc, ils représentent les premières générations de projets solaires du groupe dans ces régions.

Comme l’explique Gaël Vallée, Directeur du Développement chez TotalEnergies Renouvelables, cette démarche s’inscrit dans une stratégie de rationalisation et d’industrialisation. L’objectif est désormais de privilégier le développement, la construction et l’exploitation d’actifs plus récents et d’une puissance significativement plus élevée, généralement supérieure à 3 MWc. Cette approche vise à optimiser les coûts et à améliorer la compétitivité de la production d’énergie solaire dans des contextes insulaires où les coûts de logistique et de construction peuvent être élevés.

Une stratégie tournée vers l’avenir et les grands projets

Contrairement à ce que la vente de ces actifs pourrait laisser penser, TotalEnergies réaffirme son engagement de long terme dans les DROM et les ZNI. Le groupe y est présent depuis plus de 70 ans dans les énergies fossiles et depuis deux décennies dans les énergies renouvelables. Actuellement, TotalEnergies exploite 280 MWc de capacités éoliennes, solaires et hydrauliques en outre-mer, et dispose de 48 MWc supplémentaires en construction.

Le groupe mise sur un potentiel de développement estimé à environ 700 MWc. Pour concrétiser cette ambition, il se concentre sur des projets de taille industrielle. Parmi les exemples en cours figurent la solarisation du marché de gros de Saint-Pierre à La Réunion, ou encore le développement d’une centrale solaire de 6,5 MWc sur un terrain de l’aéroport Guadeloupe Maryse Condé, suite à un Appel à manifestation d’intérêt (AMI). Pour comprendre le cadre réglementaire de ces développements, on peut se référer aux informations publiées par la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Les défis du développement solaire dans les zones non interconnectées

Le développement de nouveaux projets d’énergies renouvelables en outre-mer se heurte à plusieurs difficultés structurelles, comme en témoignent les récents appels d’offres de la CRE. Ces derniers ont été largement sous-souscrits, avec seulement cinq projets retenus en décembre 2025 pour un volume initial de 99 MWc. Cette tendance s’explique par une équation économique devenue complexe.

D’une part, les contraintes administratives et les exigences techniques spécifiques (comme la résistance au risque cyclonique à La Réunion) alourdissent considérablement les coûts de développement et d’investissement. D’autre part, les plafonds de prix fixés par les appels d’offres ne reflètent pas toujours ces réalités terrain. Gaël Vallée indique ainsi que pour ses trois derniers projets déposés à La Réunion, les prix étaient trois fois supérieurs au plafond de la CRE, malgré une compétitivité maintenue par rapport au coût du mix énergétique local, encore très dépendant des importations d’énergies fossiles.

Focus sur deux territoires emblématiques : Nouvelle-Calédonie et Guyane

La stratégie de TotalEnergies se décline différemment selon les territoires, en fonction des contextes locaux :

  • En Nouvelle-Calédonie : Malgré un contexte économique difficile lié à la crise du nickel, TotalEnergies porte un projet photovoltaïque majeur de 60 MWc, en attente d’approbation par le gestionnaire de réseau Enercal et le gouvernement. Le groupe estime avoir un pipeline de 300 MWc de projets en développement sur l’île, bien que l’absence de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) stabilisée limite la visibilité tarifaire.
  • En Guyane : Le groupe a dû abandonner un projet de 20 MWc avec stockage, développé pour répondre à l’ancienne PPE qui privilégiait la puissance garantie. L’évolution des prévisions de consommation et des orientations de la nouvelle PPE en discussion a rendu ce projet inadapté aux nouveaux besoins du territoire. Pour plus d’informations sur les enjeux énergétiques des territoires ultramarins, le site du Ministère de la Transition écologique constitue une source utile.

Conclusion : rationalisation et poursuite des ambitions

La vente du portefeuille de 17 MWc par TotalEnergies est donc bien plus qu’une simple cession d’actifs. Elle symbolise une maturation du marché solaire ultramarin et l’évolution des stratégies des grands énergéticiens. En se désengageant de petits actifs historiques pour se concentrer sur des projets de taille industrielle, TotalEnergies cherche à renforcer sa rentabilité et son impact dans la transition énergétique des territoires non interconnectés. Cette réorientation se fait dans un environnement exigeant, où la réussite des projets dépendra de la capacité à aligner les modèles économiques avec les réalités techniques, les contraintes réglementaires et les besoins spécifiques de chaque île.

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