Après plusieurs mois de reports et de débats intenses, le gouvernement français s’apprête à publier la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Ce document stratégique, attendu pour la fin de la semaine, fixe les objectifs de production et de consommation d’énergie de la nation jusqu’en 2035. Issu d’un compromis délicat, il marque un tournant en réaffirmant la place centrale du nucléaire tout en maintenant le cap sur le développement des énergies renouvelables.
La Programmation pluriannuelle de l’énergie est le pilier de la politique énergétique française. Elle définit les priorités d’action des pouvoirs publics pour atteindre les objectifs de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Son rôle est crucial : planifier la manière dont la France produira et consommera son énergie pour chauffer les bâtiments, alimenter l’industrie et décarboner les transports.
L’enjeu est de taille. En 2024, les énergies fossiles (pétrole et gaz) représentaient encore environ 60% de la consommation énergétique nationale, générant une facture d’importation de 64 milliards d’euros et une dépendance stratégique. La PPE a pour mission de réduire cette vulnérabilité en portant la part des énergies décarbonées à 60% de la consommation finale d’ici 2030. La France dispose d’un atout majeur : un mix électrique déjà décarboné à plus de 90%, grâce au nucléaire historique, à l’hydraulique et à la croissance des renouvelables.
Initialement prévue pour mi-2023, la PPE 3 a été reportée à plusieurs reprises en raison de clivages politiques profonds. Le gouvernement avait d’abord envisagé une loi, avant d’y renoncer face aux fortes tensions entre partisans d’une relance du nucléaire et défenseurs d’un développement accéléré des énergies renouvelables.
Le choix final de publier la stratégie par décret, jugé plus rapide, a lui-même été une source de conflit. Le Rassemblement National a critiqué cette méthode, y voyant un passage en force et un déséquilibre en faveur des renouvelables, qu’il accuse de fragiliser le réseau et de peser sur les finances publiques. La crise politique suivant la dissolution de l’Assemblée nationale à l’été 2024 a encore complexifié l’adoption du texte. Malgré ces retards, le Premier ministre Sébastien Lecornu a assuré que les nombreux débats et consultations menés depuis 2021 ont été intégrés dans la version finale.
La PPE 3 est présentée comme un texte d’équilibre. Elle acte un changement de paradigme par rapport à la précédente édition (2019-2024), qui prévoyait une réduction de la part du nucléaire.
Le gouvernement donne un signal fort en faveur de l’atome. Conformément aux annonces du président Emmanuel Macron en 2022, la PPE acte la construction de six nouveaux réacteurs EPR2, avec huit supplémentaires en option. Cette orientation vise à renforcer la souveraineté énergétique et à accompagner la réindustrialisation, tout en s’appuyant sur une filière qui emploie environ 250 000 personnes. Cette relance est également scrutée par les instances européennes, comme le rappelle un récent rapport de la Agence internationale de l’énergie sur la sécurité énergétique.
Si la stratégie en faveur du solaire, de l’éolien en mer et de la géothermie est préservée, un infléchissement est prévu pour l’éolien terrestre. Face aux tensions locales sur l’acceptabilité, la priorité sera donnée à l’optimisation des parcs existants (repowering) plutôt qu’à la création de nouveaux sites. La filière des renouvelables, qui représente 80 000 emplois, reste vigilante. Elle craint qu’un objectif trop modeste pour 2030, notamment dans le solaire où la France dispose d’un fort potentiel, ne soit perçu comme un frein. Ce ralentissement s’explique aussi par un contexte temporaire de surcapacité électrique et de stagnation de la demande.
La publication de la PPE ne sera qu’une première étape. Le gouvernement l’associe à la promesse d’un « grand plan » pour l’électrification des usages dans les transports, le bâtiment et l’industrie. L’objectif est d’accélérer le remplacement des énergies fossiles dans ces secteurs et de créer une demande pour la nouvelle production électrique décarbonée.
Enfin, dans un contexte où le prix de l’énergie reste une préoccupation majeure des ménages et des entreprises, le Premier ministre a garanti que cette « stratégie ambitieuse d’offre » permettrait de stabiliser le prix de l’électricité en France dans les années à venir.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
Abonnez-vous maintenant à la Newsletter.
Inscription gratuite !