Photovoltaïque en france : quel avenir après le plan « place au soleil » ?

En 2018, le gouvernement français lançait le plan « Place au soleil », un programme ambitieux destiné à faire du solaire un pilier de la transition énergétique. Sept ans plus tard, alors que le pays définit sa nouvelle stratégie énergétique, la filière photovoltaïque observe avec attention les signaux, parfois contradictoires, envoyés par les pouvoirs publics. Entre ambitions affichées, réalités du terrain et nécessité de souveraineté, où en est vraiment le développement de l’énergie solaire en France ?

« place au soleil » : une ambition forte pour le solaire français

Porté par Sébastien Lecornu, alors secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, le plan « Place au soleil » visait à accélérer massivement le déploiement du photovoltaïque. Il s’agissait de libérer le potentiel des énergies renouvelables, avec le solaire en tête, pour décarboner le mix électrique. Le programme reposait sur deux leviers principaux : l’augmentation significative des volumes dans les appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et la mobilisation du foncier, que ce soit sur les toitures, les parkings ou les terrains délaissés.

L’objectif était clair : créer un cadre stable pour attirer les investissements, simplifier les procédures et permettre à la filière industrielle de se structurer. Le photovoltaïque était présenté non comme une option, mais comme la « principale opportunité » pour atteindre les objectifs climatiques de la France, dans la lignée de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) de l’époque.

Les leviers concrets du plan de 2018

Pour concrétiser cette ambition, le gouvernement avait identifié plusieurs axes d’action. Outre les appels d’offres, des mesures visaient à simplifier l’urbanisme pour les installations, à développer l’autoconsommation et à encourager l’agrivoltaïsme. L’idée était de créer une dynamique vertueuse entre l’offre industrielle et la demande, en levant les freins administratifs et économiques qui pesaient sur la croissance du secteur.

Sept ans après : un paysage énergétique contrasté

Le contexte actuel est marqué par une double réalité. D’un côté, le parc solaire français a connu une croissance notable, dépassant les 20 GW de puissance installée fin 2024. Les technologies ont progressé, les coûts ont continué de baisser et la demande des particuliers comme des entreprises reste forte. De l’autre, la filière fait face à des incertitudes politiques et réglementaires.

Alors que Sébastien Lecornu est aujourd’hui Premier ministre, le gouvernement travaille à l’élaboration d’une nouvelle feuille de route énergétique. Plusieurs rumeurs et analyses, comme celles publiées par Connaissance des Énergies, laissent entendre que les objectifs solaires pourraient être revus à la baisse dans les prochaines versions de la PPE. Cette perspective inquiète les professionnels, qui ont besoin de visibilité à long terme pour planifier leurs investissements dans les usines, la R&D et la main-d’œuvre.

Le décalage entre les discours et la trajectoire réelle

Les déclarations volontaristes de 2018 résonnent aujourd’hui avec une certaine amertume pour certains acteurs. Ils pointent un décalage entre l’ambition initiale de faire du solaire un « pilier central » et la place qu’il occupe réellement dans les arbitrages politiques et budgétaires. Les délais d’instruction des projets, la complexité des raccordements au réseau et les débats sur l’artificialisation des sols continuent de freiner le rythme de déploiement nécessaire pour respecter les engagements climatiques de la France.

Les enjeux actuels : visibilité, souveraineté et compétitivité

Face à ces hésitations, les besoins de la filière sont clairs. Elle réclame avant tout une visibilité réglementaire et économique stable. Cela passe par des objectifs nationaux clairs, un calendrier prévisible d’appels d’offres et une simplification administrative durable. La récente loi visant à accélérer la production d’énergies renouvelables va dans ce sens, mais son application sur le terrain reste scrutée.

Par ailleurs, dans un contexte de crise géopolitique et de volonté de souveraineté énergétique, le solaire représente un atout majeur. Développer une chaîne de valeur industrielle en France, de la production des panneaux à leur recyclage, est devenu un impératif stratégique, comme le soulignent les travaux de l’Agence Internationale pour les Énergies Renouvelables (IRENA). L’enjeu est de concilier compétitivité, création d’emplois locaux et réduction de la dépendance aux importations.

L’équation à résoudre pour l’avenir

L’électrification des usages (mobilité, chauffage, industrie) et l’impératif climatique rendent le développement des énergies renouvelables incontournable. Le photovoltaïque, par sa modularité et son acceptabilité, y jouera un rôle clé. La question n’est plus de savoir « si » il faut développer le solaire, mais « comment » le faire de manière optimale, en intégrant les enjeux de réseau, de stockage et de préservation des paysages. La prochaine feuille de route du gouvernement sera donc décisive pour donner (ou non) un nouvel élan à cette énergie promise il y a sept ans à un avenir radieux.

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