L’agrivoltaïsme, qui associe production agricole et énergie solaire, explore de nouveaux modèles économiques. Parmi eux, l’autoconsommation collective (ACC) émerge comme une solution prometteuse pour valoriser l’électricité produite localement, renforcer l’acceptabilité des projets et offrir une énergie à prix compétitif. Encadrée par des lois récentes, cette pratique se déploie à travers plusieurs projets pilotes en France, redéfinissant les liens entre énergie, agriculture et territoire.
Le développement de l’agrivoltaïsme a été significativement accéléré par l’adoption de la loi APER de mars 2023 et son décret d’application du 8 avril 2024. Ce cadre légal définit précisément ce qu’est une installation agrivoltaïque : elle doit être réversible, maintenir ou développer la production agricole, et apporter des services clairs à l’exploitation. Cette clarification juridique offre une sécurité aux porteurs de projets et facilite les démarches administratives, tout en garantissant la primauté de l’activité agricole.
L’autoconsommation collective permet à un groupe de consommateurs proches (particuliers, entreprises, collectivités) de partager l’électricité produite par une ou plusieurs installations de production locale. Dans le contexte agrivoltaïque, ce modèle crée un circuit court énergétique.
À Champagné-Saint-Hilaire dans la Vienne, le producteur Valeco a mis en service un démonstrateur agrivoltaïque de 380 kWc. L’originalité du projet réside dans son mode de valorisation : l’électricité est distribuée via une boucle d’autoconsommation collective regroupant une vingtaine de participants (particuliers et communes). Le prix proposé est d’environ 0,16 €/kWh, soit 20% de moins que le tarif réglementé. Pour Maxime Peuziat, responsable développement chez Valeco, ce modèle « change complètement la donne en matière d’acceptabilité » en permettant aux territoires de bénéficier directement d’une électricité moins chère et locale.
Si le prix est attractif, la rentabilité financière immédiate n’est pas toujours l’objectif premier. Adrien Caritg, directeur du développement territorial chez Valeco, le souligne : « Cette expérimentation n’a pas vocation à rapporter de l’argent. L’autoconsommation, ce n’est que du “plus”. » À Champagné-Saint-Hilaire, seulement 10% de la production est actuellement autoconsommée, montrant la marge de progression et la nécessité d’élargir le cercle des participants pour optimiser le modèle.
L’ACC ouvre la voie à de nouveaux services et à une électrification décarbonée des pratiques agricoles.
Christian Dupraz, directeur de recherche à l’INRAE, met en avant le potentiel pour les exploitations non raccordées au réseau. Près de Montpellier, un agriculteur utilise ainsi sa centrale agrivoltaïque pour charger un tracteur électrique, remplaçant le fioul. D’autres pistes existent : production d’engrais azoté sur place ou installation de bornes de recharge ouvertes au voisinage.
À Souleuvre-en-Bocage (Calvados), TSE a lancé une boucle d’ACC s’appuyant sur une canopée agrivoltaïque de 2,9 MWc. Des entreprises locales comme le Zoo de Jurques, McDonald’s ou la Caisse d’Épargne Normandie y participent. Pour Geoffroy d’Anselme de la Caisse d’Épargne, l’objectif n’est pas l’économie immédiate mais de « tester le modèle » et de soutenir une production locale vertueuse, en restant « pragmatique sur les résultats ».
L’ACC agrivoltaïque trouve naturellement sa place en zone rurale, malgré la faible densité de population. À Saint-Goazec (Finistère), un projet pilote d’1 MWc porté par la Chambre d’agriculture et le groupe IEL vise à créer un référentiel breton. Mathieu Audic, chargé de projet chez IEL, souligne les atouts du cadre réglementaire actuel (périmètre étendu, puissance jusqu’à 5 MWc) et l’enjeu crucial : « pouvoir proposer un prix du kWh attractif » pour fédérer les consommateurs.
L’autoconsommation collective est de plus en plus perçue comme un moyen essentiel de valoriser et de rentabiliser les projets agrivoltaïques à moyen terme. Des acteurs comme Énergies de Loire intègrent désormais cette solution dans leur offre pour les agriculteurs. Si les volumes autoconsommés restent parfois modestes au lancement, le modèle prouve sa capacité à créer des communautés énergétiques résilientes, à ancrer les projets dans leur territoire et à offrir une réponse concrète aux enjeux de transition énergétique et agricole.

Engagée pour la transition énergétique, je me consacre à l’exploration des opportunités offertes par l’énergie solaire et à son évolution. J’accompagne les professionnels du secteur et favorise les collaborations pour accélérer l’adoption de solutions durables et innovantes.
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