Les infrastructures solaires, qu’elles soient résidentielles, tertiaires ou industrielles, sont de plus en plus connectées. Cette digitalisation accrue s’accompagne de risques cybernétiques majeurs, notamment en raison de l’utilisation de systèmes peu sécurisés et de mots de passe faibles ou par défaut. La prise de contrôle à distance de ces installations devient alors une menace réelle pour la sécurité énergétique.

Un cadre réglementaire en évolution

Face à ces vulnérabilités, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont renforcé leur arsenal législatif. La directive RED (2014/53/UE) et la loi sur la sécurité des produits et des infrastructures de télécommunications (PSTI) imposent désormais des mots de passe uniques et une meilleure protection des données. Ces mesures constituent une première étape vers la sécurisation des objets connectés, y compris dans le secteur solaire.

Le paysage réglementaire continue d’évoluer avec l’arrivée du règlement sur la cyberrésilience (CRA) qui entrera en vigueur progressivement dans les deux prochaines années. Ce texte impose aux fabricants d’objets connectés des exigences de sécurité plus strictes. Parallèlement, la directive NIS2 étend les obligations de cybersécurité aux propriétaires d’actifs, exploitants et fournisseurs de services vitaux.

Responsabilités élargies pour les acteurs du solaire

Dans le secteur photovoltaïque, installateurs, développeurs, propriétaires, investisseurs et assureurs seront tenus légalement responsables des infrastructures et des conséquences potentielles d’une cyberattaque. Cette évolution réglementaire marque un tournant dans la gestion des risques cybernétiques pour l’ensemble de la filière.

Vulnérabilités persistantes et défis techniques

Malgré les avancées réglementaires, des faiblesses importantes subsistent. La surveillance des flux de données entre les fabricants et les équipements, particulièrement via les onduleurs, reste perfectible. Les petites centrales solaires, majoritaires en Europe, présentent également des vulnérabilités significatives, souvent dues à l’absence de réglementation spécifique sur les pare-feux.

Les onduleurs, composants essentiels des installations solaires, représentent un point critique de sécurité. Leur connexion permanente à Internet en fait des cibles privilégiées pour les cyberattaquants, comme le rappelle l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information dans ses recommandations.

Anticiper les obligations futures

La réglementation continue de progresser sous l’impulsion des institutions européennes et nationales. La Commission européenne évalue désormais spécifiquement les risques photovoltaïques, tandis que des pays comme l’Allemagne consultent les acteurs du secteur et que la Lituanie impose des restrictions sur les équipements non sécurisés, y compris de façon rétroactive.

Mesures concrètes pour les professionnels

Les acteurs du solaire doivent dès aujourd’hui adapter leurs pratiques :

  • Vérifier la fiabilité cybersécurité des fabricants d’onduleurs
  • Établir des conditions contractuelles claires avec les installateurs et prestataires de maintenance
  • Maintenir un inventaire précis des équipements
  • Investir dans des solutions logicielles et matérielles sécurisées

Solutions techniques et bonnes pratiques

Les installateurs solaires jouent un rôle crucial dans la protection contre les risques cybernétiques. Le choix d’onduleurs sécurisés dès la phase de conception, équipés de communications cryptées et de mots de passe renforcés, doit devenir la norme. Les fabricants, quant à eux, doivent intégrer la cybersécurité dès la conception, sans complexifier l’usage pour les utilisateurs finaux.

Des solutions innovantes comme la configuration par QR code, les clés cryptées ou la vérification biométrique offrent un équilibre entre sécurité renforcée et simplicité d’utilisation. Les exploitants solaires doivent gérer l’accès et le contrôle des sites de toute taille avec la même rigueur que pour les infrastructures critiques.

Investir aujourd’hui pour sécuriser demain

La cybersécurité n’est plus une option mais une nécessité, comparable aux ceintures de sécurité dans l’automobile. Anticiper les vulnérabilités permet d’éviter les conséquences financières et réglementaires. Compte tenu de la durée de vie des systèmes solaires, l’adoption de bonnes pratiques dès aujourd’hui est essentielle pour garantir la pérennité du secteur photovoltaïque.

Les fabricants qui tardent à s’adapter s’exposent à des sanctions réglementaires et risquent de devenir le maillon faible face aux cyberattaques. Investir dans la cybersécurité représente donc non seulement une obligation réglementaire, mais aussi un impératif stratégique pour l’avenir de l’énergie solaire.

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