Emploi dans les énergies renouvelables : le ralentissement en 5 questions



Le secteur des énergies renouvelables connaît un paradoxe saisissant. Alors que les nouvelles installations, notamment solaires, battent des records chaque année, la croissance de l’emploi montre des signes de décélération. Selon les dernières données de l’Agence Internationale pour les Energies Renouvelables (IRENA), le nombre d’emplois dans le secteur mondial des renouvelables a atteint 16,6 millions en 2024, soit une augmentation de seulement 2,3% par rapport à l’année précédente. Cette croissance modérée, la plus faible depuis des années, intervient dans un contexte de boom des capacités installées. Décryptage des dynamiques à l’œuvre.

Le solaire photovoltaïque, principal moteur de l’emploi

Malgré le ralentissement global, le sous-secteur du solaire photovoltaïque (PV) confirme sa position de leader incontesté. À lui seul, il représentait près de 7,3 millions d’emplois en 2024. Cette domination s’explique par une dynamique industrielle et d’installation soutenue à l’échelle mondiale. La baisse continue des coûts des panneaux, les politiques de soutien dans de nombreux pays et la course à la sécurité énergétique stimulent les déploiements. La production de panneaux, concentrée en Asie, mais se diversifiant en Europe et aux États-Unis grâce à des politiques comme l’Inflation Reduction Act, reste un gros pourvoyeur d’emplois industriels.

Les facteurs expliquant le ralentissement de la croissance de l’emploi

Plusieurs éléments convergents permettent de comprendre pourquoi la création d’emplois ne suit pas le rythme effréné des nouvelles installations :

  • Gains de productivité et industrialisation : Les processus de fabrication, d’installation et de maintenance deviennent plus efficaces et standardisés, réduisant le besoin en main-d’œuvre par unité de capacité installée.
  • Incertitudes économiques et goulots d’étranglement : L’inflation, les coûts des matières premières et les difficultés persistantes dans les chaînes d’approvisionnement peuvent retarder certains projets ou inciter à une optimisation accrue des coûts, incluant la main-d’œuvre.
  • Maturité de certains marchés : Dans des régions où les énergies renouvelables sont bien établies, la phase de construction massive initiale laisse place à une phase d’exploitation et de maintenance, qui génère des emplois plus stables mais moins nombreux que lors des pics d’installation.

Une cartographie mondiale en mutation

La géographie de l’emploi dans les renouvelables continue d’évoluer. L’Asie demeure le géant, abritant la majorité des emplois manufacturiers, notamment pour le solaire PV. Cependant, on observe une poussée des politiques industrielles en Amérique du Nord et en Europe visant à relocaliser des segments de la chaîne de valeur, ce qui pourrait redistribuer la carte des emplois dans les prochaines années. Par ailleurs, des régions comme l’Amérique du Sud et l’Afrique affichent des taux de croissance prometteurs, portés par le développement de l’éolien, du solaire et de la géothermie.

Quelles perspectives pour l’emploi vert ?

Malgré ce ralentissement ponctuel, les perspectives à moyen et long terme restent robustes. La transition énergétique, impérative pour atteindre les objectifs climatiques internationaux, nécessitera une main-d’œuvre massive et qualifiée. Les besoins se déplaceront progressivement :

  • Vers des compétences plus spécialisées : L’avenir appartient aux techniciens de maintenance de parcs éoliens ou solaires, aux ingénieurs en intégration de réseaux électriques intelligents, aux experts en stockage d’énergie et en hydrogène vert.
  • Vers l’innovation : Les emplois dans la R&D pour les technologies émergentes (énergie marine, géothermie avancée, agrivoltaïsme) vont gagner en importance.
  • Vers une formation accélérée : Le défi majeur sera de former et de recycler rapidement la main-d’œuvre pour combler l’écart entre les compétences disponibles et les besoins des industries vertes, comme le souligne régulièrement l’Agence Internationale de l’Energie (AIE).

Conclusion : Un marché de l’emploi en phase de consolidation

Le léger ralentissement de la croissance de l’emploi dans les énergies renouvelables en 2024 n’est pas nécessairement un signal alarmant, mais plutôt le signe d’un secteur qui entre dans une phase de maturation. Il reflète des gains d’efficacité et une évolution naturelle du cycle de vie des technologies. La demande fondamentale pour une transition vers une énergie propre reste plus forte que jamais, garantissant que le secteur des renouvelables restera un pilier essentiel de la création d’emplois durables et résilients au cours des prochaines décennies. L’enjeu n’est plus tant le nombre brut d’emplois, mais leur qualité, leur localisation et l’adéquation des compétences.


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